Dans le smartphone d'Héloïse (17 ans): "Ce que je fais avec Snapchat, c'est un peu inutile"

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Que font vraiment les adolescents avec leur smartphone ? Quels sont les réseaux sociaux qu'ils consultent le plus ? Quelle place occupe encore la télévision dans leur vie ? Comment consomment-ils les médias ? Pour répondre à toutes ces questions, la RTBF vous propose une série de portraits d'adolescents. Objectif : parcourir avec eux le contenu de leur téléphone pour savoir ce qu'ils en font vraiment. Premier épisode : Héloïse, 17 ans.

>>> À lire aussi, le détail de notre démarche : Mais que font vraiment les ados avec leur smartphone ? On leur a posé la question...

Quand le premier iPhone est sorti sur le marché, elle avait 7 ans à peine. Héloïse fait partie de cette génération de l'an 2000 née avec internet, les réseaux sociaux et le Wifi. Une génération qui aura 18 ans cette année... des "digital natives" dont les médias tentent désespérément de capter l'attention.

Pour l'heure, Héloïse termine sa rhéto dans les environs de Namur. Pour l'année prochaine, elle hésite. Le droit ou la psycho ? On verra bien. En attendant elle jongle entre la musique ("J'ai fait du piano pendant plusieurs années"), les amis et les séries télé consommées en streaming, le plus souvent sur Netflix. "J'ai commencé la Casa de Papel, je viens de finir Sense 8. Il y a aussi American Horror Story, Hannibal...", détaille-t-elle.

Son premier téléphone, c'était à l'âge de 12 ans. Un Samsung Galaxy Y ("un bon petit smartphone pour ado", écrivait à l'époque de sa sortie un site spécialisé). Avec son écran d'une résolution de 320 par 240 pixels, ce GSM ferait sourire avec nostalgie un ado d'aujourd'hui.

"Mes parents avaient mis la limite à 12 ans. Pour mon anniversaire ils m'ont offert mon premier téléphone. Au début, c'était surtout pour envoyer des SMS à mes amis. À l'époque, je n'avais pas Facebook. Mes parents voulaient respecter la limite d'âge." Une limite fixée à 13 ans par le réseau social lui-même, mais qu'il n'est pas difficile de contourner en mentant sur sa date de naissance.

Aujourd'hui, Héloïse ne se sépare presque jamais de son iPhone SE acheté avec ses économies... contre l'avis de ses parents. "Ils trouvaient que c'était beaucoup d'argent dépensé pour ça. En plus avec l'obsolescence programmée, au final après un ou deux ans il faut le changer". Mais le format de ce smartphone commercialisé en 2016 par Apple lui convient bien. "Un téléphone trop grand, ce n'est pas pratique parce que ça ne rentre pas dans la poche", observe-t-elle.

Quand je m'ennuie, par réflexe, je prends mon téléphone

Depuis un an et demi, Héloïse ne lâche presque plus son smartphone. Au point de trop l'utiliser ? "Oui, souffle-t-elle tout en reconnaissant qu'elle ne pourrait "pas vraiment" s'en passer. "Je l'ai toujours avec moi, dans ma poche ou dans mon sac. Il est toujours à portée de main. Dès que je reçois un message, je réponds. Je pense que ça devient un peu 'obsessif'. Ce n'est pas facile de s'en détacher. Mon papa dit que c'est compulsif. Quand je m'ennuie, par réflexe, je prends mon téléphone. Ça dépend de mes activités, mais c'est quand même très régulier."

Sa maman confirme : pas toujours facile de capter l'attention des ados de 2018 rivés sur leur écran. "Quand on est en conversation et que la personne qui est devant soi est en train de regarder son téléphone ça me dérange. Elle me dit qu'elle m'écoute. Mais j'aime bien avoir un contact visuel, un échange et pas juste un aller sans retour."

Même à l'école, le smartphone semble aujourd'hui faire partie des fournitures scolaires indispensables. Dans l'établissement d'Héloïse, bien que le téléphone soit - en principe - interdit pendant les cours, les élèves de rhéto ont accès au réseau wifi. "Ils ont mis ça au cas où on devait faire des travaux. Mais au final ça nous sert plus pour notre intérêt personnel. On a aussi un local rhéto dans lequel le téléphone est autorisé."

Orthographe impeccable et dossiers bien rangés

Dans la vie, Héloïse est plutôt du genre organisée au cordeau. On avait déjà été surpris par son orthographe impeccable lors d'une discussion sur Facebook ("C'est une qualité, il parait")... et l'impression a été confirmée à la vue de l'écran de son téléphone. "J'ai fait des dossiers avec les applications principales que j'utilise", explique-t-elle. Un dossier pour les réseaux sociaux, un autre pour les jeux ("J'ai un peu honte parce que j'en ai plein"), un troisième pour tout ce qui concerne la photo...

Et puis il y a ce dossier que certains utilisateurs d'iPhone connaissent bien, celui où on glisse les applications qui ne servent jamais : Apple Wallet (pour les cartes de fidélité et les bons de réduction), Bourse, Santé, Apple Watch... 

Mais un téléphone ça sert quand même avant tout à passer des appels, non ? Non... ou plus vraiment. La génération d'Héloïse préfère largement envoyer des messages écrits. "C'est plus facile pour moi d'envoyer un truc écrit que d'appeler et de le dire à haute voix. Je trouve ça plus rapide. Ça me prend 30 secondes d'envoyer un message. Mes amis me disent que je tape super vite. Alors que si j'appelle je perds du temps à dire : 'Salut, ça va ? Je te dérange pas ?'"

La fin de Facebook ? Pas tout à fait

Alors que plusieurs études affirment que les jeunes se détournent de Facebook, le réseau social semble encore bien présent dans la vie d'Héloïse et de ses camarades. L'outil Messenger fait partie des incontournables. "Je l'utilise pour communiquer avec mes amis. On peut aussi créer des groupes. C'est pratique. Par exemple, on a un groupe sur Messenger avec les gens de ma classe." C'est là que s'échangent les tuyaux pour les examens, les dernières infos sur les travaux à rendre, les questions sur un point de matière mal compris...

Il n'empêche, Facebook semble bien en perte de vitesse chez les ados. Une impression confirmée par Héloïse. Même si elle a 1300 amis sur le réseau social, elle le consulte de moins en moins. La jeune fille pointe notamment cette impression de voir toujours s'afficher les mêmes messages, presque jamais renouvelés, sur son fil d'actualité. "Je vois trois publications nouvelles, puis je redescends et je vois tous des trucs que j'ai déjà vus avant. Au final ça ne m'apporte rien d'y aller."

Résultat : "Il n'y a pas si longtemps j'avais décidé de désactiver mon compte parce que je trouvais que ça ne m'apportait plus rien. Du coup, je l'ai déconnecté pendant presque deux mois. Ça ne m'a pas tellement manqué, sauf Messenger."

Les flammes, l'idée de génie de Snapchat

Pour raconter sa vie d'adolescente, Héloïse préfère passer par Snapchat et Instagram. Deux réseaux sociaux en vogue qui se copient souvent l'un l'autre quand il s'agit de proposer de nouvelles fonctionnalités. "Ce que je fais avec Snapchat, c'est un peu inutile, avoue-t-elle. Le principe c'est de s'envoyer des photos où on écrit un message. La plupart du temps, c'est des trucs inutiles."

Comment expliquer le succès de Snapchat alors (même si une mise à jour de l'application lui a valu de nombreuses critiques ces dernières semaines) ? "Il ont instauré un truc - j'imagine que c'est justement pour amener les gens à utiliser Snapchat tous les jours -, c'est les flammes. Plus on envoie de snaps, plus le nombre de flammes augmente. C'est devenu un défi : essayer d'avoir le plus de flammes possibles. Il suffit d'un jour où on n'envoie pas de snap et c'est fini, on perd toutes ses flammes."

Le record d'Héloïse ? 137 jours consécutifs à échanger des messages avec une autre personne... "et après j'ai cassé mon téléphone du coup j'ai tout perdu."

Vivre les choses "en vrai", puis les poster sur Snapchat ou Instagram, c'est devenu comme un réflexe. "Je trouve ça triste que la société soit devenue comme ça, déplore Héloïse. Mais en même temps je le fais. Si je vais à une soirée et qu'il se passe un truc drôle, mon réflexe c'est de le filmer. J'ai plein de vidéos que je poste sur Snapchat. Il y a entre 170 et 200 personnes qui voient ce que je poste. Il y a quand même autant de gens qui perdent leur temps à regarder ce que je mets alors que c'est super inutile..."

Le fait que les gens voient mes photos, je m'en fiche un peu.

200 "followers" sur Snapchat, ce n'est presque rien à côté des 900 personnes abonnées à ses publications sur Instagram. Au départ centré sur la photo, avec des filtres qui permettent à n'importe qui de se prendre pour Henri Cartier-Bresson ou Robert Capa, ce réseau social permet de faire toujours plus de choses. "Je l'utilise plus régulièrement que Facebook. Je poste des photos de moi ou des photos de mes amis. Il y a beaucoup plus de personnes qui me suivent parce que mon compte est ouvert à tous. Ça n'engage à rien. Le fait que les gens voient mes photos, je m'en fiche un peu. Il n'y a rien de privé, je n'ai rien à cacher."

Entre Messenger, Snapchat et Instagram, reste-t-il du temps pour d'autres écrans... la télévision par exemple ? Plus tellement, ou alors avec un œil fixé en même temps sur le smartphone. Chez Héloïse, un grand écran plat trône dans un coin du salon. "Mais je ne regarde pas la télé super souvent. Quand je la regarde, c'est que je n'ai vraiment rien à faire et j'utilise mon téléphone en même temps."

Au JT, "on ne nous annonce jamais de bonnes nouvelles"

Zapper d'une chaîne à l'autre, une pratique - presque - dépassée. Le JT se consomme en famille... avec modération. "Je trouve que la plupart des choses qu'on voit au JT ou qu'on lit sur internet, ce sont des trucs négatifs, tout ce qui ne va pas bien dans le monde. Je trouve ça super déprimant. Je ne regarde pas souvent le JT, mais quand je le regarde, c'est toujours la guerre en Syrie ou au Moyen-Orient, un glissement de terrain ou la famine en Afrique... On ne nous annonce jamais de bonnes nouvelles."

Quant à la radio, c'est le média qu'on consomme en voiture, avec les parents forcément. C'est comme ça qu'Héloïse a entendu parler des attentats à Paris en novembre 2015. Et les attentats de Bruxelles, quelques mois après, comment a-t-elle été mise au courant ? Elle réfléchit un instant avant de reconnaître : "Je ne me souviens pas."

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