Dans le rétro : il y a 50 ans, les Beatles se disaient "Let it be", et se séparaient officiellement

Les Beatles en 1967 et lors de leur concert sur la terrasse d'Abbey Road en 1969
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Les Beatles en 1967 et lors de leur concert sur la terrasse d'Abbey Road en 1969 - © getty images

Il y a un demi-siècle, une page se tournait. Une page musicale qui avait ébranlé la planète et changé, pour toujours, la face du disque en une dizaine d’années. Après un Hello au tout début des années 60, vint l’heure du Goodbye. Le 10 avril 1970, les Fab Four se séparaient officiellement.


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Here Comes the Sun – ("Voici le soleil")

30 janvier 69. Les Beatles se donnent en concert sur le toit du siège d'Apple Corps. Savile Row, n°3, à Londres. Ça faisait 3 ans qu’ils n’avaient plus joué en public. Le concert est en comité restreint. Fini les foules hurlantes, les fans déchaînées et les services d’ordre dépassés. A l’époque, ils avaient scandé Help ! Ils sont maintenant sur ce rooftop. En bas, la rue. Et ce passage clouté, qui servira de cadre à la photo de pochette de l’album. Sous leurs pieds, les studios. Pendant une petite heure, ils ne seront plus confinés. Une quarantaine de minutes, plus exactement. Quarante minutes durant lesquelles les quatre garçons ont les cheveux bien dans le vent. Ils ont même un peu froid. Nous sommes en janvier. Une quarantaine de minutes. Le temps de faire quelques prises pour l’album et le film. Quarante minutes où ils laissent leurs querelles de côté. Ils chantent Get Back. Reviens. Quarante minutes suspendues, dans l’air londonien. Laps de temps devenu mythique. Et qui s’acheva à l’arrivée de policiers. Médusés par le spectacle. Et dire qu’ils sont arrivés sur demande de voisins… Ils se plaignaient du bruit.

Let it be ("Ainsi soit-il")

10 avril 1970. Paul McCartney annonce la nouvelle, un peu maladroitement. Via la presse. Dans une interview (de… lui-même, sous forme de questions/réponses) pour annoncer l’album solo qui sortira la semaine suivante, il se livre dans le Daily Mirror. A la question "Pensez-vous qu’un jour Lennon et McCartney pourront redevenir le tandem d’auteurs-compositeurs qu’ils ont été ?", il répondra non. Il dira quitter le groupe pour "divergences personnelles, financières, musicales, mais surtout parce qu’il se sent mieux avec sa famille". Les autres ne sont pas au courant de ces déclarations. Mais ne sont pas surpris pour autant. "Le rêve est fini", confirmera John Lennon quelques jours plus tard. Selon Moustique, qui revient cette semaine sur l’événement, McCartney dira plus tard aussi "Ce communiqué, c’est comme si j’avais fermé la porte alors qu’il n’y avait déjà plus personne dans la maison".

Don’t Let Me Down – ("Ne me laisse pas tomber")

La décision était déjà dans l’air. Depuis un petit bout de temps. Ils allaient se séparer. Trop de dissensions. Les moments où John, Paul, George et Ringo étaient à quatre dans une même pièce ou un même studio d’enregistrement devenaient rares. Les quelques instants où ils jouaient de la musique ensemble précieux. Et selon les dires des témoins, magiques. Presque mystiques, même.

Depuis l’enregistrement de l’album blanc, en 1968, les tensions étaient palpables. Chaque membre avait à présent son ressenti, pensait à des projets parallèles et vivait de plus en plus mal la cohabitation, aussi productive et géniale soit-elle. Les querelles artistiques, d’argent et d’égo sonneront bientôt le glas du groupe.

John Lennon

Lennon est souvent considéré comme "l’âme" du groupe. En fait, c’est lui le premier qui annoncera aux autres quitter la bande, en été 1969. La décision était restée secrète, pour ne pas handicaper la sortie du projet filmo-musical "Let it be". Mais ce 10 avril 1970, c’est donc Paul qui officialisera la séparation.

John Lennon, génie de la musique, est de plus en plus impliqué dans les causes politiques et sociales. Au grand détriment de Paul, qui aimerait plus d’implication dans le groupe. Chantre du pacifisme, Lennon se met notamment à faire des "bed-ins for peace", sortes de happenings où il est couché dans un lit avec sa compagne Yoko Ono. Cette dernière va prendre de plus en plus de place dans la vie du groupe. Elle assistera aux enregistrements (parfois depuis un lit, installé dans le bâtiment) et voudra de plus en plus mettre son grain de sel dans les compositions. Petit à petit, elle commencera à exaspérer de plus en plus les autres compères.

Paul McCartney

Au fur et à mesure que John Lennon s’orientait vers d’autres centres d’intérêt, Paul avait pris l’ascendant sur le groupe, les choses en mains. Il veut revenir à un son plus rock, et aussi au public. C’est ainsi qu’il pousse à l’idée de faire un film Let it be, qui montrera les répétitions du groupe et dont le point d’orgue sera le concert sur le toit d’Apple Corps. De plus en plus perfectionniste, il se distancie aussi artistiquement des choix de Lennon. McCartney ne cautionne (entre-autres) pas la touche du producteur Phil Spector sur leur musique (on le verra plus en détail plus tard). Suite à la décision prise par John Lennon de quitter le groupe, McCartney, déprimé, avait commencé dans son coin à composer des chansons. En outre, il file le parfait amour avec Linda, avec laquelle il s’est marié un an avant… Sans inviter ses petits camarades, comme le souligne l’Express. Entre décembre 69 et février 70, il conçoit un album solo, appelé sobrement McCartney.

Après la séparation, les deux anciens amis s’enverront des piques par albums interposés (How do You Sleep ? chantera Lennon ; les pochettes des opus se répondent,…). Après Ram, son deuxième album solo, McCartney fondera les Wings. Et ce sera le début d’une nouvelle aventure.

Ringo Starr

Le batteur, dernier arrivé dans le groupe (il ne fera partie des Fab Four qu’à partir de 1962), se sentira souvent un peu mis sur le côté et intervient moins que ses copains dans la composition des chansons. Pourtant, sur Abbey Road, il signera son deuxième morceau : Octopus’s Garden. Comme le veut la tradition du groupe, c’est donc Ringo qui chante. Ringo Starr va voir en 69 un peu du côté du cinéma. Il y tournera avec le grand Peter Sellers. Il entamera, comme les autres, une carrière solo. Après de beaux succès pendant quelques années, un creux de la vague surviendra à partir de 1975.

George Harrison

Le reste du groupe de Liverpool, et surtout ses deux leaders et leurs bisbilles continuelles, donne l’impression d’être dans l’ombre du duo d’enfants terribles. Pourtant, il apaisera souvent les tensions. Pourtant, c’est aussi un moteur, George Harrison. Et un moteur talentueux. Sur l’album Abbey Road, deux titres, signés Harrison, sont considérés comme des chefs-d’œuvre : Something et Here Comes the Sun. Nonobstant, ce n’est que sur ce dernier disque qu’un titre de George apparaîtra sur une face A. George Harrison aurait être davantage reconnu auprès d’un groupe auquel il participe corps et âme et auquel il apporte continuellement de la nouveauté et des sons venus d’ailleurs (notamment d’Inde, et aussi l’usage du synthétiseur Moog sur Abbey Road).

Harrison avait déjà sorti deux albums solo avant la dissolution du groupe, aux succès plus que mitigés. L’après, pour lui, fut presque un soulagement. Se sentant plus libre de créer à sa guise, un triple album en 1970 où figurera My Sweet Lord le propulsera aux sommets des charts. En 1971, il fut le premier artiste à organiser un grand concert de charité (avec entre autres son ami Eric Clapton, Bob Dylan ou encore Ringo), pour aider le Bangladesh.

Get Back – ("Reviens")

8 mai 1970,"Let it be" sort sous forme de coffret. Il s’agit du dernier album ou les quatre garçons dans le vent posent ensemble sur la photo. Mais détrompons-nous. Ce n’est pas le dernier album enregistré par les Beatles. Le vrai dernier, c’est Abbey Road (paru lui, en septembre 1969). On vous conseille à ce sujet ce lien audio de nos collègues de France Culture.

Let it be devait à l’origine s’intituler Get Back. Il s’agit donc d’un projet, initié par McCartney, qui était également une tentative pour rabibocher les membres du groupe. Le retour d’une dynamique se voulant plus rock, et jouée en public. Un retour aux sources. La conception et les répétitions feraient l’objet d’un film, tandis qu’un album sortirait en même temps.

Come Together – ("Rassemblez-vous")

La réussite artistique et commerciale sera au rendez-vous. Mais c’est après l’enregistrement des chansons (et du fameux concert sur le toit d'Apple) que la chose s’avérera périlleuse. 29 heures de bandes à trier. Plus personne, dans le groupe, n’a vraiment le cœur à l’ouvrage. De plus, ils sentent la situation devenir critique. Il faut donc, tous ensemble, sortir un dernier album où tous les talents seront une dernière fois réunis. Un chant du cygne pour se quitter en beauté. Abbey Road sera bientôt en production.

Le producteur Phil Spector, lui, reprendra la matière de l’enregistrement de Get Back et essayera d’en extraire quelque chose. Il n’arrivera à en tirer que quelques chansons, en en laissant sur le côté, et en y insérant des dizaines d’instruments, un chœur, des échos… Tout ça, sans prévenir McCartney, qui, furibard, verra ses aspirations à des morceaux plus épurés et rock, comme aux débuts de Beatles, être réduites à néant.

C’est ainsi que, pourtant réalisé bien avant, le projet Get Back ne sortira qu’après Abbey Road.

Pour info, McCartney donnera maintes années plus tard l’impulsion à la sortie, en 2003, d’un "Let it be… Naked", expurgé des ajouts de Spector sur leur dernier album).

Revolution

Voilà, l’histoire des Beatles se clôt peu à peu, en cette année 1970. La "fin du monde" pour beaucoup. Mais le groupe et sa musique perdurent encore aujourd’hui. Leur influence, après 50 ans, transpire encore dans les airs et les mélodies actuels. Les Fab Four sont encore loin d’avoir tiré leur révérence sur la planète musique. Let it be.

 

Le communiqué de presse, lui, tombera plus tard, en août 70 (extrait INA)

Marc Ysaye est revenu sur l'événement dans ses "Classiques" du 12 avril

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