Crise de l'audiovisuel en Grèce: manifestation et réunion gouvernementale

Les manifestations pour la réouverture de la radio-télévision publique ERT ne faiblissent pas en Grèce
Les manifestations pour la réouverture de la radio-télévision publique ERT ne faiblissent pas en Grèce - © LOUISA GOULIAMAKI

Les trois partenaires au sein de la coalition gouvernementale grecque se sont séparés mercredi soir sans accord pour mettre fin à la crise de l'audiovisuel public, promettant de se retrouver jeudi à 20h30 locales (19h30 heure belge).

"Les discussions vont continuer demain à 20h30", a dit le dirigeant du parti socialiste Evangélos Venizelos après sa rencontre avec le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, et le dirigeant du petit parti de gauche modérée Dimar, Fotis Kouvelis.

Fotis Kouvelis a qualifié la rencontre d'épreuve "pénible", car la crise de l'audiovisuel public semble se transformer en véritable crise politique de gouvernance entre les trois partenaires de la coalition.

"Ce n'est pas seulement le problème de l'ERT (l'organisme de radiotélévision public, NDLR), c'est un problème de gestion du gouvernement de coalition à trois partis (...) Nous devons avoir une collaboration qui assure un terrain d'entente entre les trois partis" a dit M. Kouvelis à la sortie de la résidence du Premier ministre.

M. Samaras peine à sortir d'une crise qu'il a lui même créée en fermant unilatéralement, sans l'accord de ses partenaires, la radio-télévision publique le 11 juin dernier, sans préavis ni discussion, et en décidant de facto de la suppression de près de 2700 salariés.

Cette fermeture de l'audiovisuel public, une première dans un pays démocratique, est justifiée par le Premier ministre par la nécessité de faire des économies alors que le pays est contraint par ses bailleurs de fonds internationaux de mettre en oeuvre des économies budgétaires drastiques.

Manifestations devant le siège de l'ERT

Des milliers de gens manifestaient mercredi soir à Athènes contre la fermeture des antennes de la radiotélévision publique pendant que le Premier ministre recevait ses partenaires de la coalition.

2000 personnes selon la police étaient rassemblées devant le siège de la radiotélévision publique ERT, située en banlieue nord-est d'Athènes pour la huitième soirée consécutive, pour demander la réouverture des chaînes.

Sur certaines bannières, on appelait à "licencier Samaras", et non pas les 2700 "salariés de l'ERT". "Aucun compromis n'est possible en démocratie", a estimé le dirigeant de l'opposition Syriza (gauche radicale) Alexis Tsipras présent sur place pour soutenir les manifestants. Selon lui, la fermeture des chaîne constitue une "attaque brutale de la Constitution et de la démocratie".

Evangélos Vénizélos, qui dirige le parti socialiste Pasok, et Fotis Kouvélis, de la Gauche démocratique Dimar, alliés gouvernementaux de M. Samaras, réclament aussi la réouverture de l'ERT, après une décision du Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative grecque, interprétée différemment par le Premier ministre, et par ses opposants.

Le Conseil d'Etat, saisi par le syndicat des employés de l'ERT menacés de licenciement, a ordonné "un sursis" à la fermeture de l'ERT et demandé une solution provisoire pour relancer les chaînes.

Mais le Premier ministre refuse de rétablir l'ERT telle qu'elle existait jusque-là, affirmant que l'organisme coûte trop cher. Il propose d'indemniser les salariés et de bientôt créer une nouvelle radiotélévision publique avec un personnel réduit.

Mercredi, la presse soulignait que si cette crise entre les partenaires gouvernementaux n'était pas réglée, elle pourrait précipiter la convocation d'élections en Grèce, une hypothèse jugée catastrophique par les partenaires européens et bailleurs de fonds de ce pays en crise, qui ont appelé à la stabilisation de la situation y régnant.

A l'ERT, mercredi soir, les journalistes occupaient toujours le siège et diffusaient un programme d'information retransmis par des sites web et l'Union européenne de radiotélévision (UER).

Les écrans restaient noirs, ou avec des bandes multicolores selon les endroits. Seule la télévision parlementaire Vouli a fait sa réapparition sur le canal de l'ERT diffusé par Nova. Les chaînes de télévision étrangères BBC, TV5, DeutscheWelle et CNN qui auparavant étaient librement accessibles ont aussi disparu des écrans, où ne demeurent que les seules chaînes privées grecques.

Lundi soir, au cours d'une première réunion des dirigeants de la coalition, le Premier ministre a proposé à ses partenaires une reprise provisoire des programmes, avec une sorte de grille minimum de programmes réalisés par une trentaine de journalistes. Il leur avait aussi laissé entendre qu'un remaniement ministériel serait possible vers la fin juin.

La Grèce doit, pour satisfaire aux exigences de la troïka des bailleurs de fonds, Union européenne (UE), Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI), mener à bien de vastes réformes visant à assainir son économie, dans le cadre d'un plan d'aide massif de 240 milliards d'euros.

La suppression de quelque 4000 postes de fonctionnaires d'ici à la fin de l'année, dont 2000 d'ici à la fin juin, l'une des mesures que la Grèce s'est engagée à mettre en oeuvre, avait été discutée la semaine dernière entre les hauts responsables de la troïka, à Athènes, et le ministre de la Réforme d'administration publique Antonis Manitakis.

Belga avec AFP

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK