CQFD : Les médias doivent-ils trouver des solutions ?

De plus en plus de rédactions adoptent une démarche de journalisme constructif dans certains de leurs reportages. C’était d’ailleurs la semaine du journalisme constructif du 21 au 27 octobre. La RTBF y a participé dans ses JT, journaux parlés, sur internet, en mettant en lumière des initiatives citoyennes, des personnalités inspirantes, des pistes de solutions aux crises environnementales, sociales,… Mais est-ce bien le rôle du journalisme de trouver des solutions ? Les médias doivent-ils parler d’autre chose que des catastrophes ? Deux invités pour en parler autour de la table de CQFD : Yasmine Boudaka, journaliste et coordinatrice de New6s une association de promotion du journalisme constructif et Florian Tixier, sociologue des médias et professeur de journalisme à l’ULB.

Le débat commence par préciser la définition de ce dont on parle parce qu’entre journalisme "constructif", "de solution", "d’impact", "positif", il y a parfois confusion. "On évite le terme positif prévient d’emblée Yasmine Boudaka. Ça a une connotation un peu galvaudée. L’idée c’est plutôt de rétablir un équilibre : De parler aussi de ce qui va bien. Il y a des crises, c’est une réalité mais est-ce que le monde qui nous entoure n’est fait que de cela ? Montrer qu’en économie, en politique, dans la société, des choses constructives se passent. C’est important à montrer".

Il y a des crises, c’est une réalité mais est-ce que le monde qui nous entoure n’est fait que de cela ?

Pour Florian Tixier, le journalisme constructif questionne les rapports entre les médias et leurs publics, "il est le fruit d’une histoire qui permet de réévaluer le rapport entre les journalistes et les citoyens". La volonté, c’est de remettre le public au cœur du journalisme. C’est évidemment un enjeu pour les médias dans un contexte de défiance vis-à-vis d’eux : "Les entreprises médiatiques cherchent des solutions à la crise qu’elles traversent. Le journalisme constructif en est peut-être une. On peut donc y voir une certaine approche marketing". Certains responsables de rédactions confirment d’ailleurs que les audiences de ces sujets sont bonnes.

Mais le professeur de l’ULB met en garde. A trop vouloir remettre le public au centre on verse dans le journalisme de service : "Ça devient de l’info service pour lecteur plutôt que du journalisme dans son sens originel".

Le journalisme constructif est peut-être une solution à la crise des médias

Pour Yasmine Boudaka, en Belgique, le journalisme constructif est à l’opposé du marketing : "D’ailleurs certaines rédactions qui ont participé à la Semaine nous ont dit qu’ils faisaient déjà, depuis toujours, du journalisme constructif et qu’ils n’avaient pas besoin de ce branding parce que ça voudrait dire qu’en dehors, on n’en fait pas".

Un journalisme de Bisounours ?

Cette démarche a aussi ses détracteurs. Pour certains c’est une approche naïve du monde, vouloir montrer ce qui va plutôt que ce qui ne va pas c’est même l’inverse du journalisme qui devrait, au contraire pointer les dysfonctionnements du monde, "porter la plume dans la plaie" comme disait Albert Londres. Yasmine Boudaka juge au contraire que le journalisme constructif, c’est à l’inverse un changement de mentalité : "Ce n’est être dans l’enchaînement de faits, dans l’actu pure et dure mais plutôt dans la réflexion, c’est de se demander pourquoi ça fonctionne au lieu de pourquoi ça ne fonctionne pas. En quoi l’information est moins pertinente si on inverse la question ?".

Le problème, pour Florian Tixier, ce sont les moyens dont disposent les rédactions. "Les médias doivent réfléchir à de nouveaux modèles économiques pour recréer de la proximité pour rétablir la confiance du public".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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