Lille: des collectionneurs d'arts dévoilent leurs trésors secrets

En principe, il ne peut pas dire quelles œuvres il a prêtées à l'exposition. Mais Filiep Libeert, un des collectionneurs de cette exposition au Tri Postal, ne résiste pas. "La main est à moi, mais aussi le ballon, de Kris Martin, incroyable ça". En parlant de ballon, il fait allusion à une vraie montgolfière de l'artiste belge Kris Martin. Mais qu'est-ce qui lui a plu dans cette œuvre ? "Pour moi, explique Filiep Libeert, cette œuvre c'est mille choses, mais c'est surtout l'ego de l'artiste qui est tellement grand que le bâtiment est trop petit pour lui".

Du contemporain

Dans cette exposition, il n’y a que des œuvres contemporaines. Les collectionneurs de Courtrai qui les ont prêtées n'achètent pratiquement que ça. Et ce qui les intéresse, c'est le côté subversif des pièces qu'ils achètent. Le concept donc plutôt que l'esthétique, quoique… Lieven et Chris Declerck, un couple de collectionneurs, racontent pourquoi ils ont acheté ces deux lavabos aux tuyaux d’évacuation entremêlés et intitulé "Mariage" des artistes danois Elmgreen & Dragset: "Vous connaissez le titre? Le mariage. On se trouve beau. Mais le problème est là, on ne parle pas le même langage. Nous l'avions mis dans notre salon mais maintenant on l'a remplacé par quelque chose d'autre".

Ici, il y a de tout. Comme, par exemple, une installation très connue de l'Allemand Joseph Beuys  "I like America & America likes me". En 1974, il se met en scène dans une Amérique qui n'aime que ses héros. Il y a aussi cette photo de Madonna, prise par Bettina Rheims. La plupart de ces œuvres ont été acquises quand les artistes n'étaient pas encore très connus. Parce que plus tard, elles deviennent inabordables. Mais le sujet est tabou, c’est l’avis de Robert Devriendt, artiste belge : "C'est un peu tabou, oui, parce que l'art est cher...Les bonnes choses, les pierres précieuses, le bon vin, tout est cher". 

Filiep Libeert aussi s’exclame à propos de sa montgolfière : "Je préfère ne pas vous dévoiler son prix. Il est cher, oui, mais cet artiste n'est pas encore tellement connu. Il y a des tableaux ici qui valent des millions de dollars. Cette œuvre ne les vaut pas encore, mais j'espère qu'un jour elle vaudra beaucoup d'argent. Déjà elle vaut de l'argent".

Tout collectionneur, en effet, est fier d'avoir acheté pas cher un artiste qui est devenu très coté. Mais il le jure, ce n'est pas un investissement. D'ailleurs, le vrai collectionneur ne vend pas, il prête. C’est ce que nous explique Bernard Soens : "Il y a beaucoup de prêts qui se font pour des musées internationaux dans le monde entier. Il y a des tas d’œuvres qui sont donc en voyage permanent".

Cent quarante œuvres

Toutes ces pièces ont donc été prêtées par leurs propriétaires, pour cette expo de Lille. Cent quarante œuvres en tout sur les quatre mille qu'ils possèdent. Parce que le collectionneur est compulsif. Il ne peut pas s'arrêter d'acheter. Filiep Libeert, le confirme quand il s’extasie devant l’allégorie de la mort de l’artiste flamande Berlinde De Bruyckere "Oui, je pourrais acheter cette œuvre, oui, tout à fait. Le jour où on comprend une œuvre, le jour où on entre dedans, alors c’est une image qui ne vous lâche plus… C'est ce qui fait les belles œuvres d'art".

Et si les artistes ne survivaient pas sans les collectionneurs? L'hypothèse n'est pas folle. Aujourd'hui, plus aucun musée ne peut se passer de leurs trésors, ceux des collectionneurs, qui heureusement, les font voir partout dans le monde.

Marianne Klaric avec V. Saintpo

Les renseignements pratiques sur l'exposition

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