Coronavirus : quand la Chine accuse la mauvaise gestion américaine... avec des Lego

Les vidéos de Lego font souvent un tabac sur YouTube. Celle-ci, publiée le 29 avril, compte déjà plus d'un million de vues. Mais elle traite d'un sujet beaucoup moins léger que les autres : le conflit de communication entre la Chine et les Etats-Unis sur la gestion de la pandémie de covid-19.

Produite et publiée par l'agence de presse officielle Xinhua (New China, "Chine nouvelle"), la vidéo est un dessin animé ressemblant à un petit théâtre de marionnettes. Elle s'intitule 'Once upon a virus' et fait dialoguer deux minifigurines Lego très reconnaissables : une statue de l'armée de terre cuite de l'empereur Qin Shi Huang, qui représente la Chine, et la statue de la Liberté, qui représente bien entendu les Etats-Unis.

Au-delà du format très surprenant de la vidéo, les arguments développés ne sont pas nouveaux, et correspondent assez bien au discours officiel de la Chine. Sur fond de musique ragtime, pour l'effet comique, la Chine tourne en ridicule le comportement des Etats-Unis depuis le mois de décembre, estimant qu'ils n'ont pas pris au sérieux l'épidémie, mais aussi qu'ils ont menti et qu'ils se sont contredit. Au fur et à mesure de la vidéo, la statue de la Liberté devient de plus en plus malade.

Mais le discours de la Chine dans cette vidéo est-il conforme à la réalité ? Analysons plus précisément. En décembre, la petite statuette chinoise affirme que c'est elle qui a recensé un "cas de pneumonie étrange" à l'OMS. Ce n'est pas totalement vrai : si la Chine a officiellement détecté un premier cas au mois de décembre (indiqué comme le 8 décembre, puis le 1er décembre) et l'a annoncé le 31 à l'OMS, des recherches ont montré que le premier rapport (non publié) de covid-19 en Chine donnait une première date au 17 novembre. De plus, une des premières personnes à avoir alerté sur une possible épidémie d'une maladie de type SRAS était le docteur Li Wenliang. Il s'était fait arrêter et accuser de propager de fausses rumeurs, bien avant que les autorités chinoises reconnaissent l'existence du virus.

Les Etats-Unis n'ont-ils "rien fait pendant trois mois" ?

En janvier, la figurine chinoise affirme avoir "découvert un nouveau virus", ce qui est vrai. Puis elle fait référence à la construction, en dix jours, d'un hôpital spécialisé, que la figurine américaine qualifie de "camp de concentration". Une accusation qui fait référence aux reportages américains montrant que les conditions d'accueil des malades dans l'hôpital étaient désastreuses. A l'époque, la Chine avait dénoncé une "manipulation de l'opinion". Pourtant, en février, de nouvelles images montraient des fuites d'eau dans le bâtiment.

En février, la vidéo évoque la mise en quarantaine de la Chine et le fait que le système de santé était dépassé, une situation moquée par les Etats-Unis. La vidéo estime que le pays n'a rien fait pendant trois mois, à partir du rapport de la Chine à l'OMS fin décembre. C'est en partie vrai, mais pas complètement, comme le note le site Quartz : "Début février, l'administration Trump a bel et bien interdit l'entrée dans le pays de personnes qui se sont rendues en Chine." Même si, comme le déplore une enquête du Washington Post, pendant trois mois, les Etats-Unis "ont été en proie au déni et au dysfonctionnement alors que le coronavirus faisait rage."

La vidéo ne dit pas tout

La vidéo accuse notamment les Etats-Unis de propager l'idée que le virus disparaîtrait en avril avec les beaux jours, mais aussi de s'élever contre le principe de confinement. Deux accusations qui renvoient à des propos et des comportements de Donald Trump. La vidéo ne parle pas, en revanche, du fait que la Chine a soupçonné de son côté l'armée américaine d'être à l'origine du virus.

Enfin, la figurine américaine, sous assistance médicale, reproche à la Chine d'avoir caché des informations, ce que la figurine chinoise dément, affirmant que "les données étaient publiques". Une situation loin d'être tout à fait exacte, comme nous l'avons vu. "Bien sûr, la vidéo ignore le fait que les autorités chinoises ont tardé à prévenir la population sur l'épidémie à Wuhan et réduit au silence les docteurs qui tentaient de s'exprimer sur les réseaux sociaux", note Quartz.

Si la vidéo de propagande devrait être difficilement accessible en Chine, puisque YouTube y est banni, elle a été relayée dans le monde par de nombreux officiels chinois, dont des ambassades sur Twitter. De son côté, la société Lego, basée au Danemark, a déclaré qu'elle n'y était pour rien et ne souhaitait pas être mêlée à cette propagande.

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