Coronavirus : la presse écrite belge est en souffrance, mais elle résiste

La semaine dernière, nous vous relations les stratégies d’économie prises par plusieurs groupes de presse en Belgique francophone. Une semaine plus tard, chaque journal tente de s’adapter, avec un nombre conséquent de journalistes en télétravail. Les journaux continuent d’être publiés, les sites web sont particulièrement suivis par les internautes en quête d’informations sur le coronavirus. La pub, elle, a déserté. Il est question de revenus publicitaires en baisse de 80% dans certains groupes de presse belges.

Depuis une semaine, certaines langues se sont déliées. Ainsi, chez "SudPresse", certains se sont plaints d’un traitement différencié, en tout cas sur la forme, sur la communication des mesures d’économie, dont la teneur était, nous dit-on, "sans humanité ni pincette, c’était un chantage à la solidarité".

A tel point que tous les chefs d’édition ont réagi, dans une lettre, pour dénoncer la différence de traitement avec les collègues du "Soir" (les deux journaux appartiennent au groupe Rossel) et appelant leur direction à réfléchir à un "geste" afin de "témoigner [aux équipes] la considération pour le travail accompli."

Entre-temps, la direction du "SudPresse" s’est alignée sur celle du "Soir", concernant le maintien du salaire à 100%, avec possibilité de baisser volontairement de 7,5%.

À "L’Echo", les pages culturelles disparaissent, sauf le week-end

Chez Mediafin, la situation publicitaire est très compliquée, avec une perte de revenus estimée à 2 millions d’euros. Il nous revient que "L’Echo" supprime en semaine les pages "Mon Argent" et culture. Une vingtaine de journalistes pigistes sont concernés, dont 15 rien que pour la culture. Notons que ces piges étaient parfois limitées (une par mois). "On doit concentrer nos efforts sur l’actualité corona. On a revu l’organisation, quasi-tout le monde est en télétravail, on travaille en priorité pour le web" nous explique-t-on à Tour-et-Taxis où se situe la rédaction de "L’Echo".

Le journal revoit totalement son déroulé, tout en gardant le même nombre de contenus et de journalistes. Il n'y pas du d'obligation de réduire la pagination mais celle-ci est en baisse car l'idée est d'assurer la qualité avant la quantité. Les pages "Mon Argent" sont revues à la baisse le week-end et la culture n'a d'espace que le week-end, grâce au seul journaliste culture salarié du journal.

 

"L’Echo" se félicite tout de même de voir ses audiences web exploser, avec un doublement de ses pages vues, et 160.000 internautes quotidiens sur le site qui a préféré garder une très grande majorité de sa production pour ses abonnés payants.

Ailleurs sur le web et à la télévision, les premiers chiffres montrent un carton généralisé, selon le CIM. Les chiffres manquent pour la radio et la presse écrite, en Belgique. En France, le principal distributeur des points de vente évoque une baisse de 45% de vente des quotidiens et des magazines.

"Il faut s’attendre à une baisse des revenus de 50% en moyenne sur la vente à l’acte et espérer que le rebond sera aussi vif", explique au journal français "Les Echos" Jean-Paul Dietsch, le directeur général chez ACPM OJD, le responsable de la mesure de diffusion de la presse écrite outre-Quiévrain.

Chez nos voisins, "Le Monde" indique que ses ventes restent "bonnes", la presse locale serait moins touchée. Quid de la Belgique ? Voici quelques chiffres, recueillis auprès d’un grand prestataire actif dans la distribution de presse : le volume des ventes a baissé de 10 à 20%. Environ 10% des enseignes vendant de la presse ont fermé. Ce manque à gagner ajouté aux annulations de publicité provoque une grave crise économique dans la presse écrite.

Reste le numérique et les abonnements. Mais comme l’explique Pierre Louette, patron des "Echos" et du "Parisien", "il ne faut pas se bercer avec ces petites bonnes nouvelles : il faudrait des centaines de milliers d’abonnés en plus pour pouvoir compenser la quasi-disparition (pour combien de temps ?) de la publicité, la réduction des points de vente, etc."

Bref, achetez des journaux, papier ou en ligne, abonnez-vous. La bonne info a un coût.

 


Une précédente version de cet article évoquait la suppression des pages "Mon argent" et une réduction des pages politiques et sur les marché. Nos excuses.

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