Coronavirus et médias : l'avenir des quotidiens dans les kiosques français en suspens

Le siège de Presstalis en juillet 2012 à Paris
Le siège de Presstalis en juillet 2012 à Paris - © Mehdi FEDOUACH

L’avenir de la presse papier se jouera en partie vendredi devant le tribunal de commerce de Paris, qui dira s’il accepte l’offre des quotidiens nationaux pour sauver de la liquidation le principal distributeur de presse français, Presstalis, de nouveau étranglé par les dettes.

Le tribunal de commerce de Paris a indiqué mardi matin que son jugement était mis en délibéré à vendredi 15 heures, a indiqué Presstalis à l’AFP. Le distributeur s’était déclaré en cessation de paiements le 20 avril, plombé par des pertes colossales.

Ses actionnaires, les quotidiens et les magazines, se sont affrontés pendant plusieurs semaines autour de l’avenir du distributeur, sans trouver de compromis. La survie de Presstalis est essentielle pour certains éditeurs, le distributeur détenant les résultats de leurs ventes en kiosques sur plusieurs mois, tandis que d’autres préfèrent le voir sombrer pour passer à un autre système.

Emmenés par Louis Dreyfus, président de la Coopérative de distribution des quotidiens et du directoire du Monde, les quotidiens français proposent de reprendre 265 des 910 salariés que compte Presstalis, soit 120 des 209 postes du siège, et 150 des 193 postes de la plate-forme de Bobigny, qui gère la distribution des quotidiens, selon Le Monde. Mais pas les équipes de la filiale SAD, qui distribuent les journaux hors de Paris.

Les salariés de SAD ont lancé un coup de semonce mardi matin en bloquant des imprimeries, de Gallargues (Gard) à Nancy (Meurthe-et-Moselle), empêchant la distribution des journaux sur une large partie du territoire. "La lutte ne fait que commencer, on ne lâchera rien", a lancé le Syndicat du Livre-CGT sur Twitter.

Les quotidiens ont proposé leur plan lundi soir in extremis. Au cours d’un dernier week-end de négociations, deux des principaux groupes de magazines n’avaient pas validé une dernière proposition commune : Prisma (éditeur de Femme actuelle, Geo, Capital, Voici, Gala…) et Reworld (Closer, Auto Plus, Pleine Vie, Grazia…).

Ce projet soumis par le président de la coopérative des magazines Frédérick Cassegrain prévoyait la mise en place, à terme, d’une messagerie unique avec le concurrent de Presstalis, les MLP.

La direction de Presstalis soutient la proposition des quotidiens, qu’elle qualifie de "réaliste". Le Ciri (Comité interministériel de restructuration industrielle), qui encadrait les discussions, doit encore préciser dans quelle mesure il soutiendra le distributeur, qui traverse sa troisième crise majeure en moins de dix ans.

Les discussions doivent se poursuivre dans la semaine : la coopérative redimensionnée proposée par les quotidiens ne pourrait pas atteindre l’équilibre sans distribuer quelques magazines, le volume de quotidiens ayant fortement baissé en kiosques ces dernières années.

Le Figaro et Le Monde se vendaient à moins de 40.000 exemplaires papiers chacun par jour en moyenne en 2019, sur plus de 600.000 exemplaires au total, numérique compris. Libération écoulait 13.000 exemplaires, L’Humanité moins de 5000. Seuls le quotidien sportif L’Equipe et Le Parisien-Aujourd’hui en France se vendent encore beaucoup chez les marchands de journaux, outre la presse régionale.

Au cours des dernières années, les magazines ont, de leur côté, migré en masse vers les MLP (Messageries lyonnaises de presse). Plusieurs petits groupes, dont SoPress (Society) ou FGH (Le Un) ont également été autorisés par le régulateur du secteur, l’Arcep, à rejoindre leur concurrent dès ce mardi.

Pour le président des MLP, José Ferreira, "les éditeurs n’ont plus confiance en Presstalis". Les MLP, qui avaient été approchées pour reprendre Presstalis, n’ont finalement pas déposé d’offre.

Presstalis a appelé lundi soir tous les éditeurs "à participer activement aux discussions" des prochains jours pour "finaliser une offre enrichie et structurante pour la filière".

"Une partie" de la presse magazine pourrait accompagner l’offre des quotidiens, a assuré Frédérick Cassegrain, par ailleurs directeur des opérations de CMI France (Elle, Marianne…).