Comment lutter contre le racisme sur les réseaux sociaux? Les réponses de Patrick Charlier (Unia)

Patrick Charlier, directeur francophone d’Unia, le Centre fédéral pour l’égalité des chances
Patrick Charlier, directeur francophone d’Unia, le Centre fédéral pour l’égalité des chances - © ERIC LALMAND - BELGA

De nombreux messages racistes ont été postés sur les réseaux sociaux après le décès d’un jeune Belgo-turc de 23 ans qui a été tué dans l’attentat de la discothèque Reina à Istanbul. Le père de la victime a demandé au peuple belge "un peu de compréhension", il a décidé d’enterrer son fils en Belgique, son pays. En août 2016 déjà, le décès au Maroc de Ramzi, un adolescent belge de 15 ans, avait provoqué des commentaires racistes sur Facebook. Comment lutter contre le racisme sur les réseaux sociaux? Patrick Charlier, directeur francophone d’Unia, le Centre fédéral pour l’égalité des chances, répond à trois questions.

Cette déferlante de propos racistes sur les réseaux sociaux suite à des faits divers racistes, est-ce un phénomène organisé ou isolé ?

Il y a les deux. On a constaté, notamment à l’occasion du décès de ce jeune Belge cet été, qu’il y avait une forme de racisme organisé. Il y avait une organisation derrière cela, qui avait lancé des forums de discussion qui s’appelle la Vlaams Verdedigings Liga. Cette organisation était d’ailleurs déjà connue chez nous pour précédemment avoir organisé des forums de discussion à caractère raciste, incitant les internautes ou les usagers des réseaux sociaux à tenir des propos à caractère raciste. Nous avions déjà porté plainte plusieurs fois contre cette organisation. Le parquet d’Anvers avait annoncé des poursuites pour cet automne, ça ne s’est pas fait et on espère que ça se fera ici début 2017. Et dans le même temps, c’est vrai qu’il y a aussi des réactions tout à fait individuelles de personnes qui réagissent et qui tiennent des propos à caractère raciste, sans que ce soit nécessairement organisé.

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon veut poursuivre les semeurs de haine sur les réseaux sociaux. Cela n'intervient-il  pas un peu trop tard, puisqu’on avait déjà vécu ce phénomène avec le fait divers de ce Belge de 15 ans qui était décédé au Maroc, et qui avait été aussi victime après de commentaires racistes sur Facebook ?

S’il s’agit de poursuivre des personnes qui organisent le racisme sur la Toile et sur les réseaux sociaux, je pense que c’est une bonne chose. Cela étant, à la fois les événements du mois d’août dernier et les événements actuels, pour nous, c’est malheureusement le quotidien. C’est parce qu’il y a des événements d’actualité qui arrivent à la une de la presse que ces choses deviennent visibles. Mais malheureusement, des messages de cette nature-là, nous en recevons tous les jours, c’est une réalité quotidienne et donc ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Ce qui est exceptionnel, c’est que c’est lié à un événement dont on parle et qui attire l’attention. Mais je pourrais vous donner des dizaines et des dizaines d’autres exemples en dehors de ces deux cas-là de haine sur Internet et sur les réseaux sociaux. C’est vrai qu’il faut poursuivre ceux qui organisent la haine sur Internet, mais il y a certainement d’autres types de réactions qui sont nécessaires vis-à-vis du racisme ordinaire expliqué ou exprimé par Monsieur et Madame Tout-le-Monde.

A part la répression, comment lutter contre la haine sur Internet? Y a-t-il moyen d’anticiper ?

C’est difficile d'anticiper parce que l’Internet et les réseaux sociaux sont dans l’instantanéité. Ce qu’il faut faire, c’est peut-être de travailler comme citoyen d’abord. Et quand on est confronté à ce type de propos, il faut réagir soi-même comme citoyen et dire qu’on n’est pas d’accord, qu’on n’accepte pas. Et il y a aussi des réactions sur les réseaux sociaux, il y a aussi des réactions sur Internet de personnes qui expriment leur désaccord, qui disent "ce n’est pas ça le type de pays dans lequel je veux vivre, ce n’est pas le type de propos que j’accepte". Et puis il y a aussi la responsabilité sur les forums de discussion des modérateurs, et donc là on peut les interpeller directement, ce sont des choses que nous faisons avec une procédure qu’on appelle le "notice and take down", c’est donc de notifier des propos qui peuvent contrevenir à la loi et de demander de les retirer. Et puis quand on parle de grands réseaux, comme Facebook, Twitter ou autre, il y a moyen aussi de signaler ce type de propos. Il y a un effort qui est à faire par ces grosses entreprises pour prendre en considération à la fois la culture et l’approche juridique européenne, et pas nécessairement américaine, de la question de la liberté d’expression. Il y a des efforts qui sont faits, je veux dire qu’avec Twitter nous avons des bons contacts. Avec Facebook, c’est en train de se mettre en place pour essayer de se retirer plus rapidement des forums ou des groupes de discussion à caractère haineux, à caractère raciste, mais aussi homophobe, antisémite ou islamophobe.

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