Comment est sélectionné la candidate ou le candidat belge à l'Eurovision?

Loïc Nottet représentait la Belgique en 2015
Loïc Nottet représentait la Belgique en 2015 - © DIETER NAGL - AFP

Le nom du représentant de la Belgique au concours Eurovision de la chanson est connu: il s'agit du Montois Eliot Vassamillet, 18 ans, que les spectateurs et spectatrices de The Voice ont pu apprécier lors de ses prestations dans le télé-crochet. Mais, au fait, comment notre pays sélectionne-t-il la personne qui nous représentera devant l'Europe entière? 

Deux types de sélection possibles

C'est l'UER, l'Union Européenne des Radios et télévisions de service public (dont la RTBF fait partie), qui organise l'Eurovision. C'est donc aussi cette association qui en définit les règles: "Chaque chanson sera sélectionnée par le biais d'une sélection nationale organisée sous la seule responsabilité du radiodiffuseur participant", énonce l'UER.

En Belgique, ce sont donc la RTBF et la VRT qui sont officiellement responsables de la sélection. Cela veut-il dire qu'ils peuvent choisir comme bon leur semble? Pas tout à fait. "L'UER prévoit deux manières de choisir la candidate ou le candidat", nous explique Pierre Bertinchamps, journaliste pour Télépro et spécialiste de l'Eurovision, "Il y a soit la sélection publique, soit une sélection interne au média". 

La RTBF a arrêté la sélection grand public après 2000

Depuis 2000, la Belgique a choisi de passer à un processus de sélection interne. "Il y a la question du coût. Une sélection publique représente beaucoup de moyens, sans que le résultat soit pour autant garanti", analyse Pierre Bertinchamps. Ainsi, Nathalie Sorce, la dernière interprète sélectionnée par le public belge en 2000 avait terminé dernière de la finale de l'Eurovision. 

"En Flandre, on remarquait aussi que le public avait tendance à sélectionner des candidat.e.s de variété néerlandophone dont la prestation n'allait pas forcément "fonctionner" à l'échelle de l'Europe entière", décrypte Pierre Bertinchamps. La VRT est elle aussi passée à la sélection "interne" en 2016, après plusieurs échecs consécutifs de ses "sélectionnés" par le public.

En France, au contraire, on est passé à une sélection grand format

Pour autant, "il n'y a pas de recette miracle", souligne Pierre Bertinchamps. Pour redynamiser le concours, depuis quelques années, France Télévisions a ainsi décidé d'organiser une sélection publique. L'Allemagne et les pays scandinaves ont opté pour la même formule. 

Cette année, le français Bilal Hassani, artiste et youtubeur queer de 19 ans, découvert dans l'émission "The Voice Kids", est pressenti pour représenter son pays lors de la finale de l'Eurovision à Tel Aviv. Bilal Hassani a remporté la première demi-finale de l'émission Destination Eurovision diffusée sur France 2 samedi dernier. Attention, les jeux ne sont pas faits pour autant chez nos voisins français!

Et aujourd'hui, comment se passe la sélection en Belgique?

"Il n'y a pas de prime-time télévisuel, on ne fait pas non plus d’appel à candidature, mais par contre, qui que ce soit qui propose une chanson est écouté. Et ce n'est pas fait à la légère, on s’y prend dès octobre pour faire ce choix", résume Leslie Cable de la RTBF, au coeur d'un jury de 17 personnes impliquées dans le monde de la musique. Un jury qui rassemble plusieurs métiers et professionnels du secteur, mais dont elle préfère garder la composition secrète "pour ne pas qu'ils se fassent embêter", comme elle l'explique. 

"Contrairement à France 2, nous, on a The Voice, on n'a pas besoin d’avoir d’autres émissions de musique à l'antenne", affirme Leslie Cable, "The Voice, c’est un peu notre grande sélection nationale, mais pas d’office ! Le compositeur peut proposer un autre artiste. Le choix va d'abord se porter sur la chanson. La chanson, c’est ce qui est le plus est important".

Pierre Bertinchamps rappelle la même chose: "L'Eurovision, c'est un concours de chansons, pas de chanteurs!" Et d'où viennent ces chansons, alors ? "À la RTBF, on a la chance de ne pas devoir faire de demandes de chansons, elles arrivent d’elles-mêmes via les maison de disque", explique Leslie Cable.

La prise de risque pour la maison de disque

Les maisons de disque envoient leurs proposions au jury RTBF. Une fois que celui-ci a fait son choix, c'est toute une aventure qui commence où RTBF et maison de dique travaillent main dans la main pour le bien du projet. "C'est toujours un pari", explique Katia Mahieu qui a eu l'occasion d'accompagner Roberto Bellarosa (2013) et Loïc Nottet (2015) pour Sony à l'Eurovision. Une expérience humaine et professionnelle qu'elle qualifie d'"inégalable": "Ce n’est pas juste 3 minutes sur scène, il y a une réflexion importante sur le développement du projet, le visuel, les costumes, le maquillage, etc." 

Les maisons de disque prennent elles-mêmes en charge leurs déplacements et les frais sur place. Des frais que celles-ci sont prêtes à envisager car il y a cette énorme visibilité à la clé: "L'Eurovision est le plus gros rendez-vous télévisuel et culturel au monde (...). On fait un pari sur l’avenir, la musique n'est pas une science exacte. Oui, il y a des investissements, mais effectivement, l’exposition étant telle à l’Eurovision, il y aura plus de vues sur Internet, plus de streaming et peut-être plus de ventes."

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