L'Avenir en difficulté: "On nous a pourtant vendu Stéphane Moreau comme le Bill Gates wallon"

L'actualité de la semaine a été marquée par l'annonce d'une restructuration aux Editions de l'Avenir. Soixante équivalents temps plein sont menacés au sein du journal régional. Un nouveau Conseil d'entreprise est prévu ce matin. Un chiffre plus précis du nombre de postes qui seront supprimés devrait être annoncé. Le personnel, lui, tiendra une assemblée dès 15h pour décider des actions à mener. Une grève est envisagée.

Le sujet était au cœur de la séquence "Le parti pris" ce vendredi sur La Première. Pour le politologue François Gemenne, c'est la responsabilité de l'actionnaire, Nethys, qui est directement en jeu. Il pointe particulièrement Stéphane Moreau, l'administrateur délégué de Nethys.

Nethys a complètement délaissé le journal

"Je pensais qu'on avait laissé Stéphane Moreau en place précisément parce que c'était un gestionnaire hors pair, un capitaine d'industrie, un manager comme on n'en fait plus, ironise François Gemenne. Et voilà que j'apprends aujourd'hui que Nethys a complètement délaissé le journal et que les comptes sont dans le rouge précisément depuis le rachat par Nethys. Et on nous a vendu Stéphane Moreau comme le Bill Gates wallon ?"

Et d'ajouter : "J'entends encore ceux qui, il y a un an et demi, vantaient encore la réussite de Nethys comme une pépite de l'initiative industrielle publique. Je les entends encore dire combien les qualités visionnaires de Stéphane Moreau justifiaient chaque euro de son mirobolant salaire, qu'il ne fallait surtout pas toucher au management de Nethys parce qu'il y avait des emplois en jeu et que c'était une bonne chose, au fond, qu'une intercommunale rachète des journaux avec l'argent du gaz et de l'électricité. Où se dit-il cela aujourd'hui ?"

François Gemenne pose alors cette question : "Comment est-ce qu'on peut aujourd'hui accepter que 60 personnes soient licenciées par un patron qu'on aurait dû mettre à la porte depuis bien longtemps ? J'espère que ceux qui n'ont pas voulu réformer Nethys à l'époque ont la réponse à cette question, parce que moi ce matin je ne l'ai pas."

Des actionnaires qui n'ont "rien fait pour anticiper" la révolution numérique

Pour Alain Gerlache, autre intervenant du "Parti pris", "il faut pointer la contradiction de ces dirigeants qui ont tenu devant le Parlement européen des propos à la mode, mais finalement très convenus sur la révolution numérique, la convergence des médias, les évolutions de la consommation du public, mais comme actionnaires n'ont rien fait pour anticiper ces évolutions".

Le spécialiste des médias voit la fin du journal papier comme une question "anecdotique". Selon lui, "la question aujourd'hui fondamentale est de savoir comment les médias d'information peuvent survivre. Est-ce que c'est en investissant dans des médias traditionnels existants pour qu'ils évoluent et retrouvent les faveurs du public ou est-ce que c'est en larguant les amarres, en créant de nouveaux médias, avec une nouvelle offre, une autre organisation ou une autre culture ? C'est ça le sujet fondamental. Je n'ai pas la réponse, mais c'est sans doute la question qui va permettre de savoir comment on sauve le journalisme et l'information aujourd'hui".

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