De La Boum à Un éléphant, retour sur le parcours de Claude Brasseur, décédé ce mardi

Son visage et ses yeux rieurs étaient connu de plusieurs générations d'amoureux du cinéma, de téléspectateurs mais aussi d'amateurs de sports. Claude Brasseur, parti ce mardi à l'âge de 84 ans, c'était une pointure du théâtre, mais aussi Vidocq, le père de Vic dans la Boum, l'ami Daniel dans Un éléphant ça trompe énormément...ou encore Jacky Pic, dans les plus récents Camping. Ses autres passions? Le rallye et ... la famille, évidemment.  

Retour sur la vie faite de succès, de rires et d'amitiés, du dernier acteur masculin de la bande d' Un éléphant... à partir retrouver ses copains.  

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Brasseur Père et fils aux Molières, en 2007 © PIERRE VERDY - AFP

Une famille formidable

Quand on parle des Brasseur, on touche à une véritable dynastie. Son père, Pierre (lui-même fils du comédien Georges-Albert Espinasse et de Nelly Brasseur, une modiste parisienne), était un prestigieux acteur français. On se souvient de lui notamment le Quai des Brumes, Les enfants du Paradis ou encore la Métamorphose des cloportes.

Sa mère, c'était Odette Joyeux, grande dame du théâtre et du cinéma, également romancière, décédée en 2000. Le couple n'eut qu'un enfant, Claude. Tout comme les autres membres de la lignée, il sera bien vite piqué du virus de la comédie.

Claude Brasseur aussi n'aura qu'un enfant, Alexandre. Né en 1971, il s'engagera, tout comme son illustre famille, dans la voie de l'art dramatique. Le parrain de Claude Brasseur n'était autre qu'Ernest Hemingway

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Brasseur, père et fils (Pierre et Claude) en 1971 après une hospitalisation de Pierre ©  - AFP

L'amour des planches

Claude Brasseur va commencer sa carrière sur les planches. Une pièce de Pagnol, Judas. La première d'une longue série. En effet, il en enchaînera plus d'une trentaine. Des plus académiques (Molière, Racine, Marivaux, mais aussi Le Souper, de Jean-Claude Brisville, À torts et à raisons de Ronald Harwood), aux plus légères (le Dîner de cons, de Francis Veber; Jacques Daniel, de Laurent Baffie...). Il décrochera deux Molière du meilleur comédien, un en 2000, l'autre en 2015. 

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Brasseur et Maurice Chevit jouent "Conversation avec mon père" de Herb Gardner le 05 janvier 2002 © ALAIN JOCARD - AFP
Claude Brasseur et Judith Magre interprètent "Dieu est un steward de bonne composition", le 14 janvier 2005 au Théâtre du Rond-point, à Paris © PASCAL PAVANI - AFP
Rich et Brasseur jouent "Le Souper" le 18 septembre 1989 au théâtre Montparnasse © BERTRAND GUAY - AFP

Un comédien populaire

Côté cinéma, il sera déjà connu d'un public cinéphile pointu dès la fin des années 50, grâce à des films tournés avec Marcel Carné ou Jean Renoir. Lors de la décennie suivante, Claude Brasseur va voir son visage devenir familier grâce au petit écran. Il sera Rouletabille puis Sganarelle dans des oeuvres télévisuelles.

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Jean-Paul Belmondo, Sacha Distel (derrière) et Claude Brasseur (à gauche) lors d'un match de rugby à Paris en 1960 ©  - AFP
Manifestation lors de mai 68. De gauche à droite, derrière la banderole : Roger Hanin, Marie Dubois (2ème plan), Jacques Villeret, Philippe Noiret, Pierre Mondy, et Suzanne Flon. A gauche, tenant la banderole, Claude Brasseur © JACQUES MARIE - AFP
Le jeune acteur et Ludmila Mikael en sur le tournage du film "Les eaux mêlées" à Etretat en 1969 ©  - AFP
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Brasseur et Villeret s'amusent en jouant "Le Dîner de cons" de Françis Veber, au théâtre en 1993 © BERTRAND GUAY - AFP
L'acteur, Sophie Marceau (qui a reçu le César du meilleur espoir féminin) et Jacky Ickx à la cérémonie des Césars de 1983. © PHILIPPE WOJAZER - AFP
En compagnie de Sheila, le 1er mai 1970 à Cannes ©  - AFP

En 1971, c'est la célébrité. Avec les Nouvelles aventures de Vidocq, série policière historique, sa popularité va décupler. Il remplace alors Bernard Noël, le Vidocq de la première série (diffusée en 1967), décédé à 45 ans en 1970. Le rôle du policier pour la télé, Brasseur le retrouvera avec Franck Keller, une série diffusée par TF1 de 2003 à 2007.   

 

Générique des "Nouvelles aventures de Vidocq" en 1971 (Youtube)

Clap, action 

1974. Brasseur a donc bien tourné dans pas mal de productions cinématographiques dès la fin des années 50 -citons également Du rififi à Paname  (Denys de la Patellière), Un homme de trop (Costa Gavras), Une belle fille comme moi (François Truffaut) ou le Viager (Pierre Tchernia) -, son visage est à présent bien connu des téléspectateurs, mais c'est Georges Lautner qui le fait véritablement passer le cap du grand rôle au cinéma. Avec François Rollin dans les Seins de glace, il rejoint en haut de l'affiche Mireille Darc et Alain Delon. 

Bande-annonce des "Seins de glace" de Georges Lautner (1974)

Vidéo Dailymotion 

Casseur de codes 

La bande de copains filmée par Yves Robert dans Un éléphant, ça trompe énormément (1976), et sa suite, Nous irons tous au paradis (1977), deviennent vite cultes. Il y joue Daniel, un des premiers personnages d'homosexuel non-caricatural dans le cinéma hexagonal. Cela lui vaudra un César du meilleur second rôle. 

Notons que tous les acteurs principaux masculins de cette équipée fantastiques sont à présents disparus -Yves Robert (le réalisateur), Jean Rochefort, Victor Lanoux et Guy Bedos, dernièrement. La partie de tennis en double peut donc reprendre, où qu'elle ait lieu... 

Bande-annonce d'"Un éléphant, ça trompe énormément" d'Yves Robert (1976)

Comédien tout-terrain 

Fin 70 et début 80, l'acteur continue sur sa lancée et maintient son cap sur le devant du cinéma hexagonal. Il joue ainsi notamment avec Claude Sautet, dans "Une histoire simple" (1978), avec Claude Pinoteau dans la Boum 1 et 2 (1980 et 82), avec Jean-Luc Godard (Détective, 1985), José Giovanni (Les Loups entre eux, 1985), Philippe Labro (La Crime, 1983),... Mais aussi dans des oeuvres plus légères comme dans Signes extérieurs de richesses (Jacques Monnet, 1983), Les rois du Gag (Claude Zidi, 1985), Palace d'Edouard Molinaro, 1985), La Gitane (Philippe de Broca, 1986). 

Grâce à son rôle du commissaire Fuch dans La guerre des polices de Robin Davis (1979), il se voit décerner le César du meilleur acteur.  


Retrouvez une archive SONUMA: Arlette Vincent recevait le comédien dans l'émission Cinéscope en 1989


Années 90. Sa voix rauque va porter également dans Le Souper, d'Edouard Molinaro (1992). Pour ce film, tiré de la pièce du même nom, il reprend le rôle inquiétant et direct de Fouché, face à un Claude Rich interprétant le fourbe et subtil Talleyrand. Mentionnons aussi le Bal des casses pieds, où il rejoint Yves Robert, la même année.   

Il se fera ensuite moins présent sur le grand écran, mais notons tout de même La Débandade (Claude Berry, 1999), Fait d'hiver (Robert Enrico, la même année), De l'autre côté de la mer (Dominique Cabrera, 1996), Chouchou (Merzak Allouache, 2003) ou le collégial Fauteuils d'orchestre (Danielle Thompson, 2006). 

 

Bande-annonce de "Fauteuils d'orchestre" de Danièle Thompson (2006)

On le retrouvera par la suite pour son personnage emblématique dans la série de films Camping de Fabien Ontoniente. Il y joue Jacky Pic, paisible retraité à casquette habitué du camping et très porté sur le petit jaune, marié à Mylène Demongeot.

Encore toujours plus présent sur les planches que sur les plateaux en cette décennie 2010, on le verra dans son dernier film, Tout le monde debout, de son camarade de vacances cinématographiques Franck Dubosc, en 2018. 

Extrait anisé de "Camping" de Fabien Ontoniente :

Le sportif et le bon vivant

Claude Brasseur avait également une fibre sportive bien développée. On le voit jouer au foot, au rugby,... Plus étonnant, il est champion de bobsleigh. Sélectionné pour les Jeux Olympiques d'Innsbruck 1964 dans l'équipe de France, il se blesse lors d'un entraînement. On le croit mort, scalpé. L'acteur-sportif et grand jouisseur de la vie s'en remettra vite. 

Un autre énorme intérêt va aux sports moteurs. Ainsi, il participa avec Jacky Ickx au rallye Paris-Dakar en 1983. Copilote du célèbre champion belge, ils remporteront l'épreuve cette année-là. Brasseur participera aussi à des rallyes en tant que pilote. 


Archive étonnante de la Sonuma, tournée en 1978. On y retrouve Claude Brasseur en entrainement au sportif d'Anderlecht, entouré de Franky Vercauteren ou encore du mythique Raymond Goethals. 


 

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Claude Brasseur (C) et Marie-Jose Nat (D) assistent, le 07/02/1998 au Stade de France, au match d'ouverture du Tournoi des cinq nations de rugby, opposant la France a l'Angleterre. © GABRIEL BOUYS - AFP
Brasseur et Jacky Ickx embarquent pour le Paris-Dakar, le 26 décembre 1981 ©  - BELGAIMAGE
Miou-Miou, Julien Clerc, Michel Drucker et Claude Brasseur à Monte-Carlo en 1980 © RALPH GATTI - AFP

 

 

 

 

On le disait pudique, bon vivant, rigoureux, amateurs d'amis, de bonne bouffes et de soirées bien arrosées. Claude Brasseur, homme de gauche, aurait voulu devenir journaliste. Ce sont finalement les arts qui l'ont happés, continuant dans la lignées de ces aïeux. Une des figures culturelles importantes du cinéma et des planches nous a quittés. 

Un Claude Brasseur, ça va nous manquer énormément… 

En hommage à l’acteur, la RTBF diffusera sur la Une le téléfilm "Vieilles Canailles" ce mardi 22 décembre à 22h30 ainsi que "La Boum" ce mercredi 23 décembre à 15 heures.

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Nathalie Baye, Johnny Hallyday, Yves Mourousi, Jean-Luc Godard et Claude Brasseur réunis pour le film "Detective" au Festival in Cannes 1985 © RALPH GATTI - AFP
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