Ces classiques de la littérature que 2020 nous a fait redécouvrir

Pandémie, confinement, Black Lives Matter, violences policières, le vaccin contre le coronavirus : l’année 2020 a été riche en événements. A l’heure de faire un bilan sur l’année qui s’est écoulée, nous vous proposons une rétrospective littéraire qui met à l’honneur ces classiques de la littérature à lire et à relire pour mieux comprendre le présent.

Le Décaméron de Boccace

Le narrateur laisse raconter à dix jeunes – sept filles et trois garçons – des nouvelles lors d’un confinement qui suit l’épidémie de peste de 1348. Les cent nouvelles, au rythme de dix par jour, bercent les jeunes, qui se sont réfugiés dans la campagne toscane, près de Florence. Ecrit entre 1349 et 1351, le Décaméron passe en revue les péripéties de la vie humaine : amours, aventures, plaisanteries et bien d’autres situations pour le moins modernes.

La Peste d’Albert Camus

Le prix Nobel Albert Camus n’a même pas besoin de présentations. Son roman "La Peste", publié en 1947, non plus. Pour les distraits, le roman raconte l’histoire de la lutte contre la peste de la ville d’Oran, en Algérie.

L’on interroge non seulement le sens de cette épidémie de peste mais l’on y glisse également une allégorie du nazisme, la "peste brune". Plus que jamais, ce livre semble d’actualité : ce n’est pas pour rien que ses ventes ont connu une hausse pendant le premier confinement.

1984 de George Orwell

On fêtait le 70e anniversaire de la mort de George Orwell en janvier 2020. Alors que son œuvre comprend plusieurs romans, "1984" est sans doute le plus connu, tout comme "La Ferme des Animaux". Publié en 1949, "1984" raconte l’histoire de Winston Smith, un employé du Parti extérieur du Ministère de la Vérité. En 1984, trente ans après une guerre nucléaire et l’instauration d’une dictature, Winston Smith est un rouage de la machine totalitaire : sa tâche est celle de faire correspondre l’histoire réelle à celle que le parti veut raconter. Dans une société où tous sont surveillés par le Big Brother, via des télécrans, sa vie est bouleversée par une histoire d’amour.

Si le roman revient dans l’actualité, c’est que pour beaucoup il aurait prévu les fake news, la société des écrans, les innovations technologiques. Chez les libraires, l’on ressent le lien avec le trumpisme aux Etats-Unis. Si l’on apprécie le caractère souvent "prémonitoire" de l’œuvre de George Orwell, celle-ci est pourtant davantage issue de son expérience de vie que d’une volonté d’anticipation, comme on vous l’explique ci-dessous.

Le bûcher des vanités de Tom Wolfe

Paru en 1987 aux Etats-Unis et forcément moins "classique" que d’autres livres, ce roman nous fait sortir de l’imaginaire "épidémie-confinement-coronavirus" pour nous emmener entre Manhattan et le Bronx. Au début du livre, un peu lent et pourtant captivant, l’histoire de Sherman McCoy, un "maître de l’Univers" de Wall Street.

La vie de haut standing de l’homme est ébranlée lorsqu’avec sa voiture, alors qu’il est en compagnie de sa maîtresse, un jeune Afro-américain issu des cités populaires du Bronx est renversé et risque de décéder.

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Tom Wolfe en 2013. L’écrivain est décédé en 2018 à l’âge de 88 ans. © L.G. AFP

La presse s’empare de l’affaire tout comme les hommes politiques : il est question de la justice des "Blancs" contre la justice des "Noirs", des pouvoirs souterrains de la presse, des politiques et du système judiciaire, mais aussi de la décadence d’une réputation, celle de la dynastie McCoy.

Le roman, très long, se lit rapidement, au rythme de l’écriture cinématographique du journaliste et romancier américain Tom Wolfe. Clin d’œil aux paresseux : un film homonyme avec Tom Hanks et réalisé par Brian De Palma est sorti en 1990.


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Autant en emporte le vent

Le roman de Margaret Mitchell est retourné sur la scène culturelle internationale pendant l’été 2020. Le film homonyme, tiré de l’ouvrage, a été supprimé de la plateforme de streaming de HBO Max dans la foulée des protestations liées au décès de George Floyd aux Etats-Unis. Le film a été jugé comme raciste, voire révisionniste, car il véhiculerait, selon ses détracteurs, une image romancée et édulcorée de l’esclavage des Afro-américains dans le Sud des Etats-Unis.

HBO l’a ensuite republié, mais recontextualisé par deux vidéos en guise d’introduction. Dans la foulée, nombreux ont voulu rappeler que c’est suite à ce film, tiré du livre, que l’actrice Hattie Mc Daniel fut la première Afro-américaine à recevoir un Oscar pour son rôle dans la pellicule hollywoodienne.

 

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AFP © Une copie du roman signé par les acteurs du film, réalisé en 1939.

Le livre, lui, a été aussi mis en évidence dans les librairies en raison d’une nouvelle traduction, "plus fidèle" à la version anglaise originale.


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Ils étaient dix d’Agatha Christie

Encore un livre qui a été au centre de la polémique cette année, à cause d’un titre qui a été jugé raciste. Le roman, précédemment appelé "Dix petits nègres" a vu son nom changer vers la fin du mois d’août en faveur du titre "Ils étaient dix".

 

En plus du titre, tout le texte a été soumis à révision. Désormais, les 70 occurrences du mot "nègre" n’existent plus : à partir du titre, tout a été modifié. Désormais, l’histoire que vous lirez est celle d’une dizaine de Britanniques qui vont passer leurs vacances sur l’Île du soldat (et non plus du nègre) et vont voir les crimes s’enchaîner. Changements de lexique à part, ce roman reste l’un des plus vendus de l’histoire.

Les raisins de la colère de John Steinbeck

Il s’agit de l’un des livres qui ont eu le plus la cote pendant le confinement, nous confirme-t-on chez Filigranes, à Bruxelles. Et ce, en lien avec la présidence Donald Trump.

Dans "Les raisins de la colère", le lauréat du prix Nobel et du prix Pulitzer John Steinbeck raconte l’histoire d’une famille doublement ébranlée, à la fois par la crise de 1929 et par des tempêtes de poussière qui affectent la "Dust Bowl", comprise entre le Texas, l’Oklahoma et le Kansas. La famille Joad est donc obligée de migrer en Californie. Pour certains, ce roman, avec ses tempêtes de poussière, rappelle et anticipe les dégâts environnementaux que l’on voit aujourd’hui à cause du dérèglement climatique. Sans compter le lien avec la terre, le problème de la mécanisation du travail, qui affecte la société entière.

Beloved de Toni Morrison

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Toni Morrison en 2012. © AFP

En lien avec le mouvement "Black Lives Matter", les livres de Toni Morrison, la première Afro-américaine à avoir gagné le prix Nobel de la littérature, sont également très recherchés. Parmi ceux-ci se trouve "Beloved". Chez Filigranes, nous confie-t-on, "il s’agit d’un livre qu’on nous demande beaucoup". Au centre de l’histoire, une ancienne esclave qui cherche à trouver sa place après la fin de la Guerre de Sécession et qui est hantée par le fantôme de sa fille.

En plus de ces titres, bien d’autres ont été au centre de l’actualité en 2020 : "L’Aveuglement de Saramago", "Le maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, des titres en lien avec la cause féministe ou encore"Le Fléau" de Stephen King. En somme, il y en a pour tous les goûts.

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