Censurer le web: le sport national des tyrannies modernes

La désignation du président chinois Xi Jinping était le dernier exemple médiatique de la censure sur le net chinois
La désignation du président chinois Xi Jinping était le dernier exemple médiatique de la censure sur le net chinois - © AFP / LIU Jin

Les réseaux de communication par téléphone et par internet étaient coupés vendredi pour le deuxième jour consécutif en Syrie. L’Iran, la Chine et de nombreux pays dictatoriaux pratiquent ces coupures avec régularité. Quelles sont leurs techniques et comment réagissent les opposants?

La désignation du nouveau président chinois Xi Jinping était le dernier exemple médiatique de la censure sur le net chinois. Cette semaine, c’est en Syrie que le web est pratiquement absent "pour cause d’entretien" selon le pouvoir en place.

La pratique des coupures de connexion n’est pas neuve et le printemps Arabe avait particulièrement illustré ce phénomène qui touche tous les Etats, y compris les plus démocratiques.

Pour rappel, lors de la prestation de serment de Xi Jinping, il était impossible, en Chine, de poster un message contenant le mot "Congrès", ou même le nom d’un dirigeant sur Baidou, le Google local.

Un autre cas de censure très récent est celui de l’Iran. Les USA reprochent au ministre des communications et de l’information iranien, Taghipour, d’avoir commandé le brouillage des satellites de télévision et de restreindre la connectivité internet dans son pays.

L’Iran a décidé depuis quelques temps de séparer son internet national du web mondial considéré comme peu sûr. Le but du pouvoir en place étant de se protéger des virus importés qui ont ralenti son plan de développement nucléaire.

Les méthodes de la techno-censure

La première solution est radicale: lorsqu’un pays est connecté à Internet via un petit nombre de câbles en fibre optique, il suffit de couper l'arrivée de ces fibres pour isoler le pays. Cela a été le cas en Égypte et c’est le cas en Iran. Sans parler de coupures accidentelles en méditerranée qui ont parfois créé le black-out internet dans plusieurs pays.

Une autre possibilité consiste à couper les routeurs aux frontières pour éviter tout trafic inter-frontalier.

A Cuba où il n’existe qu’un seul opérateur télécom qui attribue les accès, l’octroi d’une adresse ip est assuré par un organisme unique. Et dans les "cybercafés" publics, les prix sont tellement élevés que la sélection s’effectue sur base économique.

Une méthode moins radicale et plus fine consiste à rendre certains sites web inaccessibles en interdisant l’accès à leur adresse DNS. Des gouvernements peuvent même rediriger les requêtes vers un site clone proposant un contenu plus en phase avec les idées du pouvoir. C’est ce qu’a fait l’Ouzbékistan accusé de créer de tels sites miroirs pour saper la crédibilité des dissidents politiques.

Filtrer les moteurs de recherche

Les moteurs de recherche peuvent aussi être soumis à des filtres par les pouvoir en place. Baidou, le moteur au service de l’Etat chinois utilise cette pratique, mais aussi les Google et autre Bing qui doivent  se soumettre aux lois locales. Google sauve un peu l’honneur en informant les internautes lorsqu’ils saisissent un mot-clé interdit. L’Inde a également des exigences de ce type. En février, une quinzaine de sites, dont Google et Facebook avaient dû retirer des contenus pouvant présenter un caractère offensant en Inde. A la même époque, Blackberry et Nokia, qui utilisent des serveurs spéciaux pour gérer les mails, avaient aussi dû accepter que les messages puissent être lus par les autorités sous peine d’être interdits en Inde.

Les filtrages varient bien sûr de pays à pays. En démocratie, le filtrage porte principalement sur la protection des individus  contre, par exemple la  pédophilie, l’homophobie ou le racisme, ou encore contre les sites qui ne respectent pas les œuvres protégées par le droit d'auteur.  

S’il n’existe pas de liste officielle des pays qui brident la liberté d’accès sur le net, Reporters Sans Frontières a comptabilisé 12 "ennemis d'Internet" en 2011, plus 15 pays dit "à surveiller". Et parmi eux la France mise à l’index pour sa loi Hadopi.

Les parades techniques des internautes ?

La technique la plus simple consiste à utiliser des mots codés pour ne pas activer les filtres, mais il existe des logiciels ou des sites qui permettent aux internautes situés dans des pays non démocratiques d’accéder à l’internet non censuré. C’est ce qui est arrivé en Chine, lorsque sont apparus des logiciels pirates permettant de contourner la censure et, notamment, de découvrir l’immense fortune du clan du nouveau président. 

Une autre technique consiste à passer par des fournisseurs d’accès étranger qui mettent à disposition des satellites ou des serveurs proxy qui anonymisent les utilisateurs. Certains fournisseurs d’accès internet ont créé des réseaux de substitution, notamment depuis des bateaux.

Le réseau Tor a aussi fait parler de lui, en permettant de crypter les messages pour les rendre illisibles à ceux auxquels ils ne sont pas destinés. Mais surtout, le réseau Tor permet de ne pas laisser de traces sur les auteurs des messages.

Les Etats-Unis ont une double attitude en la matière. D’une part ils mettent en place des technologies pour se protéger contre des attaques internet d’autres pays et de l’autre ils développent des systèmes qu’ils mettent au service d’opposants dans des pays où Internet est bridé. Des projets portant sur des millions de dollars.

Le web est un droit de l’Homme

La Déclaration universelle des droits de l'Homme dit en son article 19 que l'accès à l'information est un droit inaliénable, mais le phénomène de cybercensure est tellement important qu’il existe, depuis 2008, une Journée internationale pour la liberté d’expression sur Internet. Elle est célébrée chaque 12 mars par Reporters sans Frontières qui a comptabilisé en 2011, 200 blogueurs arrêtés dans le monde arabe. Soit  30% de plus qu’en 2010. Ce qui fait de 2011 l’année la plus violente à l’égard des net-citoyens. En attendant les chiffres de 2012.

Ce qui justifie plus que jamais l’expression connue : "L'internet est globalement robuste et localement vulnérable".

Jean-Claude Verset

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