Cannes, Jour 3: "Okja", à la croisée de Spielberg et de Miyazaki

8H30 ce matin dans la grande salle Lumière du Palais des Festivals. La projection du film "Okja" commence. Le carton du producteur "Netflix" apparaît sur grand écran, salué à la fois par des sifflets et des applaudissements. Mais le chahut s’intensifie pendant les premières minutes… Tout de suite, des spectateurs envoient des twits ; les réseaux sociaux s’enflamment : "Netflix hué à Cannes". La vérité est moins manichéenne : le chahut était surtout une protestation contre une projection du film dans un mauvais format d’image… La projection est alors interrompue, puis après quelques minutes, le film redémarre, cette fois dans le bon format. Et dans un silence tout à fait respectueux. Fin de l’incident.

"Okja", c’est le nom d’un gros mammifère, mi-cochon mi-hippopotame, génétiquement modifié dans les laboratoires d’une gigantesque multinationale agro-alimentaire. Un de ces spécimens est confié à un agriculteur dans les montagnes de Corée. Là, une petite fille, Mija, se prend d’affection pour Okja et noue une relation presque fusionnelle avec la bonne bête. Mais le drame survient lorsque la présidente de la multinationale Lucy Mirando (Tilda Swinton), femme cupide et affairiste, veut rapatrier Okja à New York pour en tirer un maximum de profit.. Désespérée, Mija va se lancer dans une véritable odyssée pour récupérer sa mascotte.

Avec "Okja", le cinéaste Bong Joon Ho veut dénoncer par une fable les excès du capitalisme contemporain, auquel il oppose une vision un peu rousseauiste de la vie dans la nature. Ses influences sont nombreuses : esthétiquement, les scènes dans les vertes montagnes évoquent la poésie du grand maître du cinéma d’animation Hayao Miyazaki, tandis que le rapport de l’enfant à l’animal " différent " fait penser à " E.T. " de Steven Spielberg – ou, pourquoi pas, " Sauvez Willy " - Sans être très original, le film du réalisateur coréen est brillamment mis en scène et constitue un spectacle populaire pour un large public familial. Un public qui, dans de nombreux pays, savourera ce spectacle à domicile, pour peu qu’il soit abonné à Netflix.

Jupiter’s Moon

Le deuxième film en compétition aujourd’hui est hongrois, il est signé Kornel Mundruczo. Son point de départ est très intrigant : un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Non seulement il survit à ses blessures, mais il se découvre une étonnante faculté : celle de pouvoir désormais léviter dans les airs… Un médecin qui flirte dangereusement avec la légalité, le Dr Stern, prend le jeune homme sous son aile, mais ses intentions ne sont peut-être pas forcément très pures.

Mundruczo a un vrai talent de metteur en scène, un sens du rythme, et des idées visuelles à revendre. On n’en dira pas autant de l’actrice Kata Weber, qui signe le scénario de ce long-métrage : ses intentions restent peu lisibles, son récit s’éparpille dans trop de directions différentes. L’effet de surprise des premières séquences s’effrite, et la perplexité ne tarde pas à gagner le spectateur devant cette œuvre opaque et, in fine, inaboutie.

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