Cannes 2017, jour 1: "Les fantômes d'Ismaël" d'Arnaud Desplechin ouvre le Festival

Depuis toujours, Arnaud Desplechin est un chouchou du comité de sélection du Festival. Il y a deux ans, quand son film "Trois souvenirs de ma jeunesse" avait été refusé dans la sélection officielle, ce fut un véritable tollé dans la presse parisienne…

Aujourd’hui, il revient sur la Croisette par la grande porte ; son nouveau film a l’honneur du gala d’ouverture de cette 70ème édition ; toutefois " Les fantômes d’Ismaël " est présenté hors compétition (histoire sans doute de pouvoir encore caser quatre autres films français dans la course à la Palme d’Or)

L’éternel triangle amoureux

Mathieu Amalric, fidèle complice de Desplechin, incarne donc Ismaël, un cinéaste très fantasque, plongé dans l’écriture de son nouveau film - une histoire d’espionnage inspirée par le parcours de son frère diplomate au Quai d’Orsay.

Ismaël s’est retiré dans une maison face à la mer pour écrire, avec pour seul soutien sa compagne Sylvia (Charlotte Gainsbourg). C’est alors que surgit son ex-femme Carlotta (Marion Cotillard), qu’il croyait morte car elle avait mystérieusement disparu de sa vie vingt ans auparavant. En pleine fièvre créatrice, Ismaël se retrouve écartelé entre la nostalgie de son amour de jeunesse et sa vie avec Sylvia…

Il y a un vrai paradoxe Desplechin. En France – en particulier dans la presse "branchée" (Télérama, Les Inrocks, Libération…) – il est célébré comme un auteur avec un grand A, un petit génie dont on attend chaque nouveau film avec impatience. Mais cet enthousiasme n’est pas forcément partagé par la critique internationale, qui juge, avec quelque raison, son cinéma nombriliste parisien assez inexportable.

Desplechin, héritier de la Nouvelle Vague

Avec "Les fantômes d’Ismaël", le phénomène se répète car c’est du Desplechin pur jus. Soit une succession de séquences très passionnées - à défaut d’être passionnantes - et qui ne forment pas, hélas, une histoire cohérente.

Il y a d’abord le "film dans le film", celui qu’écrit Ismaël, dont on découvre plusieurs moments en images, avec Louis Garrel dans le rôle du mystérieux diplomate. Le problème est que ces images interviennent sans logique dans le récit des amours d’Ismaël.

L’autre gros handicap du film est qu’il a beau parler d’amour, de jalousie et de rivalité, il ne suscite jamais la moindre empathie chez le spectateur.

Les dialogues de Desplechin sont tellement précieux, tellement ampoulés que ses personnages manquent totalement de naturel. Autrement dit, on n’oublie jamais que ce ne sont que des personnages, jamais ils ne deviennent des êtres de chair et de sang capables de nous émouvoir.

Desplechin, cinéaste cultivé et cinéphile, lointain héritier de la Nouvelle Vague, noie son film dans un marécage d’autocitations et de références inutiles. "Les fantômes d’Ismaël" apparaît dès lors comme un exercice de style assez stérile. Curieux choix pour un gala d’ouverture d’un festival de l’envergure de Cannes…
 

La "montée des marches" pour l'équipe du film (images AFP):

Sujet sur la sécurité au festival de Cannes (reportage du JT 13h):

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