Cambridge Analytica: "Facebook est si opaque qu'on n'a aucun outil pour enquêter"

Paul-Olivier Dehaye, mathématicien et spécialiste de la protection des données
Paul-Olivier Dehaye, mathématicien et spécialiste de la protection des données - © RTBF

Le scandale de Cambridge Analytica a révélé qu'il y a un intérêt politique au ciblage des données personnelles des utilisateurs des réseaux sociaux, explique le mathématicien Paul-Olivier Dehaye, spécialiste de la protection des données, interrogé ce mercredi matin sur La Première : "Il y a un intérêt commun autour de la compréhension de ces méthodes. Ce n'est pas forcément cela qui a élu Trump, mais ces techniques ont été importantes dans la dynamique du débat démocratique. Il est très important de les comprendre pour le futur".

À partir de 270.000 profils, les données de 50 millions d'utilisateurs ont pu être extraites "grâce au système de permissions que Facebook avait mis en place". Ces millions utilisateurs étaient-ils vraiment au courant de ce qu'ils avaient autorisé ? "Ils avaient signé un contrat, mais s'attendaient-ils à ce genre de siphonnage de données ? Je pense que la réponse est 'non' pour la plupart d'entre eux. Il n'y a pas eu de hack ni d'intrusion dans les systèmes techniques, mais il y a eu certainement un élément de social engineering : quelqu'un qui prétend être quelqu'un d'autre pour avoir des accès qui sont indus".

"Au moins on en sait, au mieux c'est"

Facebook n'a aucun intérêt à ce que ses utilisateurs voient le réseau social comme un outil qui permet de vendre plus de publicité ou de les cibler : "Au moins on en sait, au mieux c'est. De plus, faire la police sur toutes ces applications coûte de l'argent" à Facebook, poursuit Paul-Olivier Dehaye. Facebook "était certainement au courant, depuis la mi-2015, qu'il y avait une fuite de données de 50 millions d'utilisateurs. Vers la fin 2015, ils ont appris que c'était dans un contexte électoral. Et ils n'ont jamais informé qui que ce soit en dehors de la compagnie, ils n'ont pas notifié les individus dont les données avaient été pompées".

"Facebook est si opaque qu'on n'a aucun outil pour enquêter sur l'efficacité des techniques utilisées" dit encore Paul-Olivier Dehaye. "Il y a certainement beaucoup d'autres applications qui siphonnaient des données de Facebook. Zuckerberg s'est engagé à enquêter là-dessus et je ne suis pas sûr qu'il sera très content de ce qu'il va trouver".

Concernant les données utilisées pour les campagnes électorales, que ce soit celle de Trump ou celle au sujet du référendum sur le Brexit, Paul-Olivier Dehaye regrette que "toutes les règles autour d'une campagne se concentrent uniquement sur la traçabilité de l'argent mais pas du tout sur les données utilisées".

Fake news

"Une société comme ça, avec une telle influence pourrait expliquer beaucoup dans la propagation des rumeurs comme les fake news qui concernent la politiqueselon lui.

Il rappelle qu'en mai prochain entrera en vigueur en Europe le Règlement général de protection des données (RGDP) qui nous donnera à tous des droits sur nos données personnelles plus faciles à exercer : "J'encourage tout le monde à exercer ces droits au maximum. Si on a des droits et qu'on ne les utilise pas, on les perd tout simplement".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK