Cambridge Analytica/Facebook: "Ce n'est pas aux utilisateurs de se protéger, c'est impossible!"

Pour Stéphane Verschuere, vice-président de la Commission vie privée, "chaque utilisateur d'un réseau social, chaque utilisateur qui se connecte à internet est incapable de se protéger efficacement quand des grands majors de l'internet (comme Facebook) installent à votre insu des programmes espions sur votre ordinateur"

D'ailleurs, "la question n'est pas vraiment de savoir si on a les moyens de se protéger. La question est de savoir quand est-ce que les sociétés, qui aujourd'hui fournissent des services soi-disant gratuits, feront preuve de transparence et quand est-ce qu'elles diront exactement ce qu'elles collectent et ce qu'elles font de ce qu'elles collectent", déclare-t-il sur les ondes de Matin Première ce mardi.  

Facebook déjà condamné pour ses cookies espions

Stéphane Verschuere rappelle que la Commission de la protection de la vie privée a déjà intenté une action contre Facebook avant que l'affaire Cambridge Analytica éclate au grand jour : "Une action concernant l'utilisation des cookies par Facebook qui tracent la navigation des utilisateurs du réseau, mais aussi des gens qui ne sont pas membres du réseau. Le tribunal a condamné Facebook à mettre fin à l'utilisation de ces cookies dans un délais de 3 mois, moyennant des astreintes assez importantes de 250.000 euros par jour, avec un plafond de 100 millions d'euros"

Une condamnation contre laquelle Facebook a fait appel et dont "la cour d'appel examinera pour la première fois l'affaire mercredi matin". On saura alors si la peine est applicable. 

Dans le cas de Cambridge Analytica, une action d'initiative est prévue avec leurs collègues anglais et irlandais "puisque Facebook a son siège européen en Irlande".  

Aucune transparence

A l'heure actuelle, précise le vice-président de la Commission vie privée, on ne sait toujours rien concernant le contenu du message que devait envoyer Facebook hier aux utilisateurs concernés par cette affaire.  

"Ce que l'on voudrait savoir maintenant c'est quelles données exactement ont été collectées. Et les plaintes des utilisateurs nous permettraient de savoir aussi quel est le sort qui a été réservé à cet échantillon de données collectées. Est-ce qu'il a été détruit ? Est-ce qu'il a été modifié ? Est-ce qu'il s'apprête à être réexploité par un autre opérateur ? Est-ce qu'il a été transféré quelque part ? On a absolument aucune information à cet égard. Donc, un grand nombre de données ont été collectées mais on ne sait pas du tout, aujourd'hui, quel est le sort qui a été réservé à cette collecte"

Qu'est-ce qui a pu être collecté ? 

A la question de savoir quelles sont les informations qui ont pu être collectées, Stéphane Verschuere répond : "Cela peut être le message échangé, cela peut être aussi tous les messages collectés via les cookies qui sont installés par Facebook et les applications qui se greffent sur le réseau social. C'est à dire vos données de navigation quand vous ne naviguez pas sur le réseau mais que vos pages restent ouvertes, que vos connexions restent ouvertes et que vous naviguez sur internet. Cela permet de savoir quel site vous visitez, quel est votre intérêt particulier, ce que vous faites le matin, le soir, quels sont les coups de téléphone que vous donnez, quels sont les sms que vous envoyez,...Donc, la possibilité de collecter des données via la connexion à Facebook à partir d'un smartphone est assez importante"

Même ceux qui ne sont pas sur Facebook sont exposés

Et d'ajouter : "Facebook fait d'ailleurs cette collecte aujourd'hui. Facebook collecte et logue les sms que vous envoyez même si vous ne passez pas par la messagerie du réseau social. Et Facebook collecte ces données non seulement à partir de l'utilisation des utilisateurs du réseau mais aussi des membres qui ne sont pas membres et qui naviguent sur des pages internet sur lesquelles se trouvent des petits pixels Facebook, des petits social plugins. Donc, quand vous likez sur un petit symbole qui est sur une page, vous vous connectez directement au réseau social Facebook et un cookies est installé sur votre appareil. A partir de là, Facebook capte tout le comportement que vous avez à partir de votre connexion internet"

Faut-il quitter Facebook ? 

A la question de savoir s'il faut quitter Facebook, Stéphane Verschuere répond : "Je ne pense pas qu'il faille quitter un réseau social parce qu'il est dangereux, je pense que quand un outil comme celui-là existe, il faut exiger qu'il offre certaines garanties de transparence et que les explications fournies soient claires et qu'elles ne soient pas comme elles le sont aujourd'hui, des explications qui sont un peu de l'enfumage ou des explications qui ne correspondent pas à la réalité"

De toute façon, "ce réseau sert à tellement de choses aujourd'hui. Il ne s'effondra pas comme ça"
 

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