Blockstack: l'initiative qui prétend remplacer Internet

Le réseau Blockstack se décrit comme une sorte de web 3.0.
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Le réseau Blockstack se décrit comme une sorte de web 3.0. - © TIMOTHY A. CLARY - AFP

Deux développeurs font le pari de créer un nouvel internet. Une solution "open source", basée sur les logiciels libres, totalement décentralisée et mieux protégée que le Web actuel. Le projet fonctionne et a déjà réuni des millions de dollars pour son financement. Mais est-il efficace pour autant?  

Tous le monde le dit, Internet a pris de l’âge. Son infrastructure est dépassée et les pirates y règnent en maîtres. Tim Berners Lee, l’un des fondateurs d’Internet répète lui-même qu'il faut réinventer le net, l’ouvrir, le désenclaver.

C’est ce défi que disent relever deux développeurs, Muneeb Ali et Ryan Shea, dont l’ambition est de développer une sorte d’internet parallèle très différent de l’actuel. Une sorte de web 3.0 baptisé Blockstack. Dans une note de blog, les développeurs de Blockstack, décrivent leur bébé comme "un nouvel Internet décentralisé ", inaccessible aux pirates et surtout garant du respect de la vie privée et des données de chaque individu. Trop beau pour être vrai?

En pratique…

Sans trop entrer dans les détails, ce réseau alternatif conserve le protocole IP. En revanche, il recourt à deux technologie connues: le blockchain et le peer-to-peer. 

L’option Peer-to-peer, (poste à poste) signifie que les recherches de l’internautes ne passent plus par des serveurs centraux qui font le lien entre l’individu est un site, mais ont un accès direct avec l’entreprise ou la personne recherchée. Plus d’intermédiaire. L’autre pilier du réseau est la blockchain, cette couche technologique utilisée par le réseau de paiement Bitcoin.

Cette couche a pour fonction de s’assurer de la légalité des transactions, mais sans passer par un organisme central (sans banque centrale dans le cas du bitcoin). C’est cette blockchain qui va établir le lien entre un nom de domaine et l’adresse IP qui y correspond. En pratique, Blockstack reste donc dans l’internet, mais sans passer par des serveurs centralisés DNS. Il faut préciser que la technologie de la blockchain intéresse de plus en plus les organismes bancaires qui envisagent, eux aussi, d’y recourir. 

A la différence de l’actuel DNS, le BNS (Blockstack Name System), qui compte actuellement 72 000 noms de domaines est totalement indépendant de l’ICANN, l'organisme central qui gère (notamment) les noms de domaines. Avec le Blockstack, n’importe qui pourrait créer son propre nom de domaine sans autorisation quelconque.

Pourquoi les données seraient-elles mieux protégées?

Dans l’internet alternatif, les données sont stockées dans le cloud, sur des serveurs classiques fournis par d’Amazon, Google Drive, Dropbox ou autres, mais de façon chiffrée. Les serveurs de stockage sont donc utilisés comme de simple gros disques durs que les géants du net ne peuvent utiliser ou manipuler. Les données privées restent donc privées, promettent les développeurs.

Et c’est précisément ce qui permettrait de réduire les dangers de piratage. "Imaginez un monde où le net saurait tout juste que vous êtes majeur, mais ignorerait votre nom, votre adresse ou les sports que vous pratiquez ". Tel est l’internet magique que promettent les deux inventeurs.  

Quel avenir pour ce second internet?

D’un point de vue financier, l’aventure débute plutôt bien. Selon le site économique Forbes, Blockstack a déjà réussi à lever des fonds pour un montant 5,5 million de dollars.

La vraie question est de savoir si le public va adopter ce système alors qu’il est déjà tellement habitué au réseau actuel. Cet internet décentralisé présente l’avantage d’apporter plus de sécurité dans un monde où nos données sont sans cesse épiées. Mais quel serait l’intérêt financier des grands acteurs du net qui tirent précisément leurs revenus de la vente des données des internautes. Ce serait comme tuer la poule aux œufs d’or.

Par ailleurs, de l’aveu même des développeurs, il n’est pas sûr que cette plateforme originale puisse supporter un milliard d’utilisateurs comme le fait l’internet actuel.

Mais l’idée est séduisante. Et, qui sait si, d’ici 5 ans, nous ne surferons pas sur un autre réseau que celui que nous connaissons. Sans plus être pistés, sans divulguer nos données aux plus offrants, et sans être piratés… Un rêve éveillé.

Blockstack n’est d’ailleurs pas la seule initiative du genre. IPFS (Interplanetary File System), lance, lui aussi, une initiative à vocation “open source” dont le nom est Filecoin.

 

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