Bitcoin: une monnaie au bord de la crise de nerf

Deux écoles s'affrontent dans la communauté bitcoin: les "Core" et les "classic".
Deux écoles s'affrontent dans la communauté bitcoin: les "Core" et les "classic". - © KAREN BLEIER - AFP

Souvent qualifiée de sulfureuse, la monnaie virtuelle est en pleine crise. Dès le mois prochain, elle pourrait même subir un schisme. Une guerre civile au sein de la crypto-monnaie.

Le bitcoin est en crise. A cause de problèmes techniques, mais surtout d’une sorte de guerre civile née au sein de la communauté. Rappelons que bitcoin est une monnaie virtuelle (une cryptomonnaie) créée en 2008, même si le concept remonte à 1998.

Son originalité est que les paiements en bitcoins ne nécessitent pas de compte bancaire. Les achats s'effectuent à l'aide d'un logiciel-portefeuille. Ce qui en fait le concurrent potentiel de nos cartes de crédit ou de paypall, ce système "tiers de confiance" proposé sur le net.

De l'argent liquide sur Internet

Le bitcoin est un réseau de paiement basé sur une monnaie entièrement numérique sans autorité centrale. Une peu comme si l’euro fonctionnait sans la BCE (Banque centrale européenne). C’est pourquoi le bitcoin est comparable à de l'argent liquide sur Internet. En mars 2016, les 15,5 millions de bitcoins en circulation valaient plus de 6 milliards de dollars. Aujourd’hui, sa valeur approche les 380 euros.

Ça peut paraître beaucoup, mais depuis 2014, la croissance en termes d’utilisateurs stagne. Une illustration de la mauvaise santé du bitcoin est que Windows 10, qui acceptait cette monnaie depuis 2014 (du moins aux Etats-Unis) a fait marche arrière au début 2016.

2016 : l’année du bitcoin en crise

La crise que subit le bitcoin est à la fois technique et stratégique. Le réseau qui gère cette monnaie virtuelle atteint sa capacité maximale en termes de transactions sécurisées par seconde. Avec pour conséquence d’allonger les délais de confirmations des achats. Il faudrait par exemple attendre 15 secondes ou plus lors du paiement d’un achat en ligne. Sur Banksys personne n’accepterait cela.

Pour régler le problème, il "suffit" de renforcer les logiciels, les procédures, les protocoles, les serveurs… Mais c’est précisément là qu’apparaît une scission au sein de la communauté bitcoin.

Deux écoles s'affrontent

Deux écoles s’affrontent. La première est celle des "anarcho-internautes", des adaptes du logiciel libre (l’Open Source). On les appelles les "Core". L’autre école, plus commerciale, réunit des entreprises qui veulent s’orienter vers un système plus centralisé. Ce qui va à l’opposé du principe de départ du bitcoin. Ils portent le nom de "Classic". Il y a un peu de la guerre civile dans tout cela ou de la guerre des Deux-Rose en Angleterre (entre les York et les Lancastre).

Comment faire sortir la communauté bitcoin de cette impasse?

Pour tenter d'imposer ses vues, chaque camp est passé à l’action de son côté, avec sa propre proposition et avec son propre agenda. En février, les "Classic" ont déjà publié un logiciel qui accroît la taille des blocs de paiement à 2 Mo. De leur côté, les "Core" vont publier leur propre programme en avril. Leur proposition est inverse : réduire la taille physique de chaque transaction.

Et, comme si cela était trop simple, la communauté du bitcoin n’a pas de système de vote majoritaire : c’est la règle du consensus qui prévaut. Un vote par 75% des parties prenantes permettrait à l’un ou à l’autre de l’emporter et d’imposer, en principe, le nouveau standard. Mais les deux systèmes pourraient aussi cohabiter. Comme deux "distributions" d’un même logiciel. Un peu comme s’il existait deux sortes d’euros gérés par deux banques centrales européennes. Ça ferait un peu désordre.

Cette tension s’est illustrée, en janvier, par le retrait du projet de Mike Hearn, l'un des principaux développeurs du bitcon. Il a été jusqu’à évoquer un possible échec de la plateforme.

Une alternative : la Blockchain pour mettre tout le monde d’accord?

Une monnaie numérique comme le bitcoin doit remplir trois conditions pour bien fonctionner : des échanges directs d’argent entre utilisateurs (comme pour l’argent liquide), la traçabilité (un seul propriétaire pour chaque bitcon) et la capacité de garantir une monnaie sans recourir à autorité centrale.

Le cœur de ce processus se nomme la Blockchain. Une technologie qui certifie que les bitcoins ne peuvent être dupliqués. Chaque pièce est "traçable" et empêche, en principe, de créer de la fausse monnaie. La Blockchain est comparable à un grand livre comptable, infalsifiable. Cette technologie est utilisée par d’autres crypto-monnaies et les développeurs voudraient l’étendre à d’autres activités que l’argent. Par exemple les brevets, les emprunts, les réservations dans l’horeca et même les votes électoraux.

Cela paraît futuriste, mais la Blockchain a été, récemment au centre d’une conférence en France, impliquant la participation de société importantes comme Deloitte. Un débat politique sur la question s’est également ouvert parmi les députés français.

Cette nouvelle voie permettrait, qui sait, de supprimer l’odeur de soufre qui entoure parfois le bitcoin souvent utilisé par les vendeurs d’armes et de drogue.

En fonction de la  tournure des événements, le millésime 2016 pourrait être celui qui verra la crypto-monnaie disparaître ou entrer dans une autre dimension. Surtout au niveau européen.

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