Benoît Grevisse: la presse écrite est devant "un chantier gigantesque"

Illustration: quel avenir pour la presse écrite?
Illustration: quel avenir pour la presse écrite? - © Archive Belga/ERIC LALMAND

Le directeur de l'Ecole de Journalisme de Louvain Benoît Grevisse constate que la presse écrite francophone doit se repositionner d'urgence pour s'adapter au défi de la mutation technologique. Il y a aussi un enjeu démocratique aussi, insiste-t-il.

Le journal Le Soir vient de restructurer ses pages régionales afin de travailler plus en synergie avec les pages locales des éditions de Sud Presse, qui appartiennent au même groupe Rossel. Pour Benoît Grevisse, le directeur de l’Ecole de journalisme de Louvain (UCL), parmi tous les facteurs qui peuvent expliquer cette crie de la presse écrite, "le plus important est sans aucun doute la mutation technologique, à laquelle on peut ajouter la crise publicitaire à répétition".

Benoît Grevisse admet que la crise de la presse écrite apparaît "évidemment dramatique : pertes d'emploi, etc… Mais cela correspond à des logiques de repositionnement qui sont devenues urgentes. Les éditeurs savent qu'ils doivent se réorganiser et parvenir à augmenter radicalement la qualité de leur production. C'est un chantier complexe et gigantesque. C'est tout le schéma de production qui est bouleversé".

Les médias écrits sont confrontés à la quadrature du cercle, s’ils veulent se reconvertir vers l’internet : "Produire de l'info coûte très cher et le public de l’internet a l'impression que tout doit y être gratuit. Certains font le choix de donner beaucoup gratuitement. Ce n'est pas tenable à terme. Il faut convaincre par la qualité de l'info. Autrement dit, c'est avec de l'info attractive que l'on peut retrouver un public prêt à payer. Le défi est de parvenir à le faire vite, dans un contexte difficile, avec moins de moyens", explique Benoît Grevisse.

Enjeu démocratique

Il y a un enjeu politique et social, insiste-t-il. Il ne faut "pas constituer deux publics distincts : l'un ayant les moyens (financiers et culturels) d'acheter une presse de qualité, l'autre pas. Mais l'histoire de la presse nous montre aussi que des réflexes commerciaux peuvent apporter des inventions profitables à la société démocratique".

Pour Benoît Grevisse, "le problème du papier est complexe : à première vue, sa fin offrirait des avantages. Mais l'amortissement en nouvelles technologies se fait dans des cycles de plus en plus courts. Passer de l'un à l'autre pose beaucoup de questions. De plus, il restera sans doute des niches pour le papier".

Les Etats généraux des médias d’information, initiés par le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, travaillent sur la piste d’une hausse du financement public des journaux, mais cela ne constituerait pas une solution miracle. Et les moyens sont maigres, explique Benoît Grevisse, qui fait remarquer par ailleurs que, "en comparaison de régions équivalentes, nous avons encore une grande diversité de presse".

A.L.
 
Le site des Etats généraux des médias d’information

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