BD: Les Zola – Emile Zola, ses femmes, son œuvre, son " J'accuse " !

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les Zola - © Dargaud

On parle beaucoup, ces temps-ci, de Roman Polanski… De son film aussi : " J’accuse " ! L’occasion est donc bien là de découvrir un livre qui nous montre d’Emile Zola une image qui ne ressemble pas vraiment à une icône.

Il s’agit d’une biographie intelligente d’un des génies de la littérature française du dix-neuvième siècle. Une biographie qui montre aussi toute l’époque foisonnante, artistiquement et socialement, dans laquelle vivait Zola, dans laquelle il se nourrissait d’images et d’idées pour ses romans. On voit Manet, on voit Cézanne, on assiste à la naissance de l’impressionnisme, un art désireux de s’éloigner totalement de " l’art officiel "…  

Ce qu’on voit surtout, dans ce livre, ce sont les amours de Zola… Avec Gabrielle, d’abord, modèle libre de corps et d’esprit, qu’il va épouser, et qui va, surtout, de par ses origines humbles, populaires, l’influencer et l’aider dans l’écriture de sa fresque des " Rougon-Macquart ".

Et puis, il y a une deuxième femme, dont il tombe également amoureux sans pour autant abandonner son épouse. Jeanne sera la mère de ses enfants et ne vivra jamais très loin de lui !  Zola vivra ainsi deux ménages en parallèle, trouvant dans cette situation l’ardeur nécessaire à construire son œuvre…

Emile Zola, c’est bien entendu l’auteur de ce fameux article, " J’accuse ", paru dans le journal " l’aurore " en date du 13 janvier 1898. Et dans cette biographie, on en parle aussi, bien évidemment. En rappelant que cet article fut une commande de Clémenceau, qui, d’ailleurs, en a trouvé le titre devenu celui du film de Polanski. Ce fut donc une association politico-littéraire, mais au sens noble de ce terme, ce qui est rare, reconnaissons-le, hier comme aujourd’hui…

C’est à cause de ce pamphlet destiné à défendre l’honneur du capitaine Dreyfus qu’Emile Zola est devenu de nos jours une icône, une sorte de perfection humaine sans peur, sans reproche et sans défauts… Tout comme le père Hugo qui ne supportait que très peu ses petits-enfants, et qui était pourtant l’auteur d’un livre parlant de l’art d’être grand-père !

L’intelligence et l’intérêt de cet album est de montrer un homme, au lieu de lui dresser une statue. Un homme avec ses dérives, ses amours, ses erreurs, ses passions, ses doutes, ses réussites.

Par exemple, pour avoir lu les pages des frères Goncourt, celles de Daudet, je sais qu’Emile Zola n’a pas toujours été le chantre de la lutte contre le racisme, puisqu’il fut proche, à une époque, de l’ignoble écrivain Drumond, antisémite haineux. Et que Zola s’est fâché avec pas mal de ses amis, pas pour des raisons littéraires, mais par l’ambition qui était la sienne, puisqu’il se voulait œuvrer pour la postérité tout en vivant richement de sa plume. Ce livre, certes, ne parle pas de tout cela, mais il nous montre à voir un homme qui, en effet, cherchait envers et contre la reconnaissance, celle de ses pairs, celle de ses contemporains, celle de la postérité !

Aux commandes de ce livre véritablement réussi, deux femmes.

Alice Chemana, la dessinatrice, s’est totalement immergée dans le scénario de Meliane Marcaggi, extrêmement bien construit, et d’une belle lisibilité. Le texte, très dialogué, permet au récit de se construire à taille d’homme, sans littérature inutile. Et le dessin, traité en couleur directe, est d’une luminosité impeccable, presque en hommage aux tableaux impressionnistes qui baignent l’époque qui sert de fond à ce récit. Le trait est fin, les décors sont tantôt stylisés, tantôt parfaitement fouillés, mais cette dessinatrice réussit toujours à nous montrer l’intimité de ses personnages… Une belle réussite, oui, un livre à lire avant que de relire, pourquoi pas, du Zola et de le dépoussiérer !

 

Jacques Schraûwen

" Les Zola " (dessin : Alice Chemana – scénario : Méliane Marcaggi – éditeur : Dargaud – 112 pages – date de parution : août 2019)

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