BD: 2015 sera l'année du retour des super héros

Blake et Mortimer
Blake et Mortimer - © RTBF

Les jours qui viennent s'annoncent les plus importants pour la bande dessinée. Décembre est, en effet, le mois où se vendent le plus de BD. Les éditeurs sortent donc la grosse artillerie. La tendance qui s'impose cette année est le retour en masse des héros classiques: Blake et Mortimer, Michel Vaillant, Buck Danny, ou encore Alix. Les grands noms renaissent de leurs cendres pour vivre de nouvelles aventures. Une tendance lourde qui se confirmera dans les mois qui viennent avec le retour d'autres grands héros. Mais quelles sont les raisons de cette mode et que préparent les éditeurs pour les mois qui viennent ?

Ils font partie du mythe de la bande dessinée franco-belge et ont bercé l'enfance de nombreux lecteurs. Mais leur vie s'est souvent arrêtée en même temps que celle de leur créateur. Aujourd'hui, nostalgie aidant, ces héros reviennent en masse, repris par de nouveaux auteurs. Les premiers à avoir bénéficié ainsi d'une nouvelle vie ont été Blake et Mortimer. En 1986, la mort d'Edgar P. Jacobs avait signifié la fin de leurs aventures. Jusqu'à ce que, quelques années plus tard, Jean Van Hamme et Ted Benoit décident de leur redonner vie avec l'obsession de respecter à la lettre le style Jacobs. Depuis, leur exemple a été suivi pour d'autres héros avec, parfois, une modernisation du personnage.

Gauthier Van Meerbeeck, directeur éditorial au Lombard, explique : "La relance de Blake et Mortimer s’est passée plus de vingt ans après le dernier épisode. Il ne s'agissait pas de tout réinventer. Les lecteurs attendaient de retrouver vraiment ce qu'ils avaient aimé, le plaisir dont ils avaient été privés pendant vingt ans. Pour des personnages peut-être plus récents, il y a parfois une sorte de rupture qui est nécessaire. Il est vrai qu'il ne faut pas se tromper parce qu'il ne faut pas non plus trahir."

Yves Sente est le scénariste du nouveau Blake et Mortimer qui a pour titre ‘Le bâton de Plutarque’. L’histoire a la particularité de se dérouler chronologiquement avant le premier album de Jacobs, ‘Le Secret de l'Espadon’. Pour lui, poursuivre l'oeuvre d'un maître, est évidemment un sacré défi. Que ce soit au niveau du dessin ou du scénario. "C'est un exercice très particulier parce qu'il faut se mettre dans les chaussures d'un autre. Il faut commencer par bien relire dans le détail la série des créateurs et discerner ce qui en fait sa spécificité. Par exemple, dans Blake et Mortimer, tous les personnages se vouvoient. Il ne faut pas venir avec du tutoiement si on fait la reprise, ce ne serait pas du Blake et Mortimer. "

L'adaptation du héros à la vie moderne

Certains auteurs, en revanche, préfèrent opter pour une adaptation du héros à la vie moderne. C'est le cas de Michel Vaillant, repris par Benjamin Benéteau au dessin et Philippe Graton au scénario. Philippe étant le fils du créateur Jean Graton, Vaillant reste donc en famille. Et Philippe Graton d’expliquer : "Michel Vaillant continue sa vie mais en s'adaptant à notre époque. C'est un héros qui a été créé dans les années 50, avec les caractéristiques des héros de ces années- là sans peur, sans reproche, pas de défauts, pas de failles. Aujourd'hui, le public ne croit plus en ce type de personnages, il faut donc redonner de la crédibilité aux histoires et aux personnages. C’est ce qui a été fait, par exemple, pour Batman, et pour James Bond. "

Le Français, Benjamin Benéteau, l'un des deux dessinateurs du nouveau Michel Vaillant ‘Liaison dangereuse’ s'occupe des voitures et des décors, alors que Marc Bourgne dessine les personnages. Benéteau, installé à Bruxelles, possède sa propre série, Alter Ego, chez Glénat, mais il a été choisi pour reprendre Michel Vaillant. Cet amateur de belles mécaniques n'éprouve aucune frustration à se plonger dans les traces d'un autre. "Je vois ça exactement comme aux États-Unis, c'est à dire qu'aux États-Unis il y a des super héros qui sont repris de génération en génération par de nouveaux auteurs sans que ça pose aucun problème. Ici, en Belgique et en France, c'est certain qu'on a l'impression peut-être de découvrir un peu le phénomène des reprises mais pourtant, pour moi, cela me paraît naturel."

De l'avantage des reprises

Plus de 5000 bandes dessinées sortent chaque année en Belgique et il est difficile de s'y retrouver. La tentation est donc grande, pour les éditeurs, de s'appuyer sur des héros connus, afin de rassurer le lecteur. Les reprises ont aussi un autre avantage, celui de remettre en valeur le fond de catalogues, c'est à dire les vieux albums. Les reprises relancent les ventes des séries originales. C'est le cas d'Alix, le héros de Jacques Martin. Non seulement le décès du créateur n'a pas mis fin à ses aventures, mais en plus une spin-off lui a offert une nouvelle vie avec Alix Senator. Le jeune héros y est vieilli de 30 ans. Un pari risqué qui s'avère être une réussite explique Valérie Mangin, la scénariste pour l’album ‘La Conjuration des rapaces’ "J'ai eu l'idée du vieillissement et Thierry Demaret, le dessinateur a tout de suite enchaîné. Il m'a envoyé des croquis avec un Alix vieillissant. Alors on a fait des essais, on a collaboré tous les deux, on a essayé un Alix qui avait pris du poids, un Alix qui avait perdu ses cheveux… mais on a vite réalisé que c'était une très mauvaise idée qu’on a tout de suite abandonné, pour arriver à l'Alix qu'on a dessiné finalement. Il a un petit côté George Clooney, qui nous séduit assez, je l'avoue."

Corto Maltese, dont le dernier album date de 1992 fera partie des grands retours de l’an prochain ainsi que Ric Hochet et Bob Morane. Dans le cas de l'aventurier préféré d'Indochine, on remarquera la modernisation totale du personnage. Histoire d'intéresser les lecteurs de 2015.

Dominique Dussein avec Viviane Saintpo

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