Barbara, Gainsbourg, Patricia Kaas, Kate Bush : ces chansons qui parlent de l'inceste

Gainsbourg, Barbara, Patricia Kaas : trois manières différentes de chanter l'inceste.
Gainsbourg, Barbara, Patricia Kaas : trois manières différentes de chanter l'inceste. - © AFP

L’affaire Olivier Duhamel, en France, a suscité une déflagration. Le livre de Camille Kouchner, "La familia grande" (Seuil), qui raconte comment le très médiatique politologue, son beau-père, a abusé de son frère mineur, a fait l’effet d’une bombe. Depuis, sur les réseaux sociaux, le #metooinceste a permis à des anonymes de raconter leurs douloureux souvenirs d’abus sexuels.

L’inceste se livre aussi en chansons. Le sujet est tabou mais certains artistes sont parvenus à l’aborder au travers de paroles et d’un univers musical. Cela n’apaise sans doute pas les victimes mais leur permet de se sentir compris, par une voix célèbre.

Barbara a chanté "l’aigle noir", Patricia Kaas "la maison en bord de mer", Agnès Bilh "Touche pas à mon corps". Dans un autre registre, plus sulfureux et flirtant avec la ligne jaune, Serge Gainsbourg a livré "Lemon incest" en duo avec sa fille Charlotte. Tour de chant.

  • Barbara : "L’aigle noir"

"De son bec il a touché ma joue. Dans ma main il a glissé son cou. C’est alors que je l’ai reconnu. Surgissant du passé, il m’était revenu." Ces paroles sont tirées de "L’aigle noir", de Barbara, classique de la chanson française. Sortie en 1970, "L’aigle noir" mettra du temps à dévoiler sa signification. Barbara se contente de dire: c’est un souvenir d’enfance. Point !

Il faudra attendra 1997 pour comprendre qui était ce volatile de malheur. Au fil des pages d'"Il était un piano noir… Mémoires interrompus", biographie posthume de la chanteuse, on apprendra que celle-ci a été abusée par son père. Non, l’oiseau aux yeux couleur rubis, aux plumes couleur de la nuit, au front brillant de mille feux et qui portait un diamant bleu, n’était peut-être pas une métaphore de la dictature nazie pour celle qui est née dans une famille juive. L’aigle noir de Barbara n’était pas le symbole du IIIe Reich – hypothèse parmi d'autres – , mais certainement son père, qui lui aurait fait subir des violences sexuelles.

Celles et ceux qui ont eu à reprendre ce titre – Patrick Bruel, Elodie Frégé, Slimane, Michel Sardou, Mika - depuis la mort de l’artiste le livre sur scène en pensant à cette douloureuse histoire.

  • Patricia Kaas : "La maison en bord de mer"

"Dans la maison en bord de mer, Y’a un oncle qui vit là. Un oncle qui la force à faire, à faire ce qu’elle ne veut pas. Qui lui ordonne de se taire, dis que personne ne la croira."

Contrairement à "L’aigle noir", "La maison en bord de mer" de Patricia Kaas, sortie en 2016, va droit au but. Il n’est pas question de métaphores ou de figures puisées dans le règne animal pour décrire un prédateur. Composé avec Rémi Lacroix, ce morceau, qui figure sur l’album "Madame tout le monde" est explicite.

A la DH, Patricia Kaas explique : "Ce sont des textes qui m’ont touchée… […] L’inceste, après, on m’a dit que c’était courageux d’en parler. Pour moi, il n’y avait rien de courageux dans ma démarche… Et puis, je ne me pose pas la question de pourquoi j’aime une chanson. Je suis arrivée à un âge où je n’ai pas envie d’expliquer pourquoi telle ou telle chanson me touche."

A l’AFP, elle ajoute : "Choisir ce titre bouleversant, n’est pas du courage. C’est un sujet qu’on a tendance à cacher, à nier. Il faut en parler". La parole se libère aujourd’hui.

  • Agnès Bihl : "Touche pas à mon corps"

La chanteuse française Agnès Bihl a enregistré "Touche pas à mon corps" en 2007, qui figure sur son album "Demandez le programme". Ici non plus, le texte ne souffre d’aucune ambiguïté : ce sont les relations incestueuses imposées à un enfant par un père que l’artiste dénonce.

"Fais pas ça. Je serai sage comme une image. Alors, pourquoi t’es pas gentil ? C’est pas juste et moi, j’ai pas l’âge. Ça va me faire mal à la vie." Ces paroles sont tirées de cette chanson qui n’est pas l’une des plus connues de la chanteuse originaire de Neuilly-sur-Seine, en région parisienne. Cette chanson est également éloignée de l’image d’Agnès Bihl, plutôt habituée à provoquer et faire rire.

  • Serge Gainsbourg : "Lemon incest"

Serge Gainsourg, la provocation, il la chérit. En 1984, l’homme qui brûle des billets de banque à la TV et drague Whitney Houston en des termes salaces, chante "Lemon incest" avec sa fille Charlotte. Il sait qu’il va faire scandale. La chanson est plébiscitée par le public – elle se classe numéro 2 au Top 50 – mais elle laisse à beaucoup un goût amer, comme celui du zeste de citron ou inceste de citron, un jeu de mots ambigu.

"Papapappa, l’amour que nous n' f’rons jamais ensemble est le plus beau le rare le plus troublant, le plus pur le plus enivrant": c’est ce que disent les paroles qui semblent suggérer une relation fusionnelle entre un père et sa famille, sans transgression. "Gainsbarre" nie énergiquement toute apologie de l’inceste. Le clip est malgré tout fait de sous-entendus : le chanteur apparaît torse-nu, sa fille en culotte, allongés sur un lit.

Dans un numéro du magazine M du Monde, sorti en 2017, Charlotte Gainsbourg raconte que son père la "faisait aller trop loin, faire des choses qui me gênaient. C’était difficile."

En même temps, dans une interview au Guardian britannique en 2019, elle se pose en protectrice de l’œuvre artistique de son père : "Tout aujourd’hui est si politiquement correct, si ennuyeux, si prévisible. Mon père serait censuré à chacun de ses choix."

  • Kate Bush : "The kick inside"

L’artiste britannique sort en 1978 l’album "The kick inside". De ce disque de Kate Bush, on retient entre autres "Wutering heights", l'un des classiques de son répertoire. Mais il y a aussi la chanson éponyme "The kick inside" qui évoque la relation incestueuse entre un grand frère et sa petite sœur qui finit par se suicider.

  • Rammstein

Le célèbre groupe allemand de metal Rammstein a écrit plusieurs chansons sur le thème de l’inceste. "Spiel mit mir", "Spawn time" mais aussi "Tier" évoque le même thème : une relation incestueuse et forcée entre deux frères.

  • Dir en grey : "Embryo"

Le groupe de hard rock japonais cette fois Dir en grey aborde la question de l’inceste dans la chanson "Embryo". Les paroles, en japonais, sont d’une violence inouïe. Le groupe raconte l’histoire d’un père qui viole sa fille sous le regard céleste de sa mère, décédée. Le titre se termine par le meurtre du père par sa victime, lorsque celle-ci apprend qu’elle est enceinte.

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