Baisse du nombre de réalisatrices au box-office américain: les femmes, toujours minoritaires au cinéma

En 2018, seules 8% des 250 films les plus rentables aux Etats-Unis ont été réalisés par une femme. Ce chiffre marque une chute de 3% par rapport aux mêmes statistiques collectées en 2017. Les réalisatrices, auteures, productrices et autres monteuses sont marginalisées dans le 7e art, ce n'est pas nouveau. À l'approche des Golden Globes, cette grande messe qui sera la première remise des prix cinématographiques de 2018, retour sur une année visiblement très masculine.

Le début d'une année est toujours l'heure des état des lieux de l'année précédente. La place des femmes dans les métiers techniques du cinéma américain n'y échappe pas et ce, grâce aux chercheurs Centre d'étude des femmes à la télévision et au cinéma de l'Université de San Diego. Une fois n'est pas coutume, l'année écoulée accuse un recul des réalisatrices dans les films ayant eu le plus de succès outre-Atlantique.

Beaucoup d'hommes pour peu de femmes

Si quelques variations ont été enregistrées ces dernières années, une tendance s'affiche stable : le femmes restent sous-représentées parmi les métiers qui s’attellent derrière la caméra ou en post-production pour les films diffusés en salles obscures. Aux Etats-Unis, on compte seulement 8% de réalisatrices à l'affiche des 250 films ayant enregistré les plus grand succès. Un pourcentage d'autant plus étonnant quand on sait qu'il y a 20 ans, en 1998, elles étaient 9%, soit 1% de plus. On peut donc sans conteste affirmer que malgré les années qui passent, la différence stagne.


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Mais réduire les femmes cinéphiles aux réalisatrices serait réducteur. Si on élargit ce décompte à tous les métiers de l'ombre et de la post-production, à savoir, les réalisateur·rice·s, les monteur·se·s, les scénaristes, les producteur·rice·s ou encore les producteur·rice·s exécutifs, on constate qu'un quart des 250 films étudiés comptent moins d'une femme dans leur équipe. 58% des ont été réalisés, montés, produits et écrits avec une équipe où figurent entre 2 et 5 femmes, 16% entre 6 et 9 femmes et seulement 1% avec une équipe comptant au moins 10 femmes. Concernant les hommes, près de trois quart (74%) des films américains les plus populaires de 2018 ont été réalisés par une équipe de 10 hommes ou plus.

Ces chiffres affichent un idéal de parité qui reste lointain, malgré qu'il s'agit de métiers qui n'apparaissent jamais à l'écran. Il semble donc que les américains soient encore loin d'une égalité entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les fonctions en coulisses des films. Cela apparaît d'autant plus paradoxal quand on connaît le seisme qu'a généré l'affaire Weinstein dans ce milieu.


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Mais tout n'est pas tout noir non plus. En l'espace de 20 ans, si le pourcentage de réalisatrices a baissé de quelques points, le taux d'auteures, de productrices et de scénaristes, a évolué dans le sens inverse. Lorsqu'on n'isole pas la personne en charge de la réalisation, les statistiques affichent des résultats plus optimistes. Une personne sur cinq (20%), dans les équipes des 250 films analysés, était une femme en 2018. Globalement la tendance est donc en légère hausse puisqu'elles étaient respectivement 17% et 18% en 2016 puis 2017.

Et en Belgique ?

Les statistiques américaines paraissent lointaines de notre plat pays. Mais les inégalités qui existent entre hommes et femmes dans les métiers de la productions cinématographique existent aussi dans nos frontières. C'est en tout cas le constat dressé entre 2010 et 2015 par une étude comparative réalisée par les organisateurs du festival "Elles tournent" et "Engender", en collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).

Ce rapport, le plus récent disponible en Belgique, met au jour un constat particulier. Dans l'ensemble, les femmes sont majoritaires lorsqu'on se concentre sur les personnes diplômées d'écoles donnant accès aux métiers du cinéma. Par exemple, 62% diplômées dans les écoles supérieures des arts en Wallonie et à Bruxelles dans les filières de montage et script entre 2010 et 2015 étaient des femmes, contre 38% d'hommes. Pour la même période, le constat est le même du côté des bacheliers en réalisation cinématographique ou télévisuelle : 55% des diplômés étaient en réalité de diplômées. En matière de cinéma d'animation, c'est aussi la gente féminine qui dominait largement. Elles ont été 63% de femmes à terminer diplôme en main des études de ces filières contre 37% d'hommes.

Mais le diplôme n'est visiblement pas un gage d'emploi et de représentation une fois sur le marché du 7e art. Pour preuve : sur la même période et sur un panel de productions belges recensées, quasiment trois réalisateurs sur quatre étaient des hommes. Pas de grande différence lorsqu'on observait les personnes qui occupaient un poste de scénariste puisque 71% d'entre eux étaient aussi de sexe masculin. 

Ce bilan, même s'il date de 2015, montre que, malgré la nette présence de femmes dans les cursus liés au cinéma, sur le terrain, les hommes sont toujours majoritaires. 

Alors passé #MeToo et l'affaire Weinstein, la marge de manœuvre en matière d'égalité dans les coulisses du grand écran est encore large.  

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