Au Festival de Cannes, les films de femmes déçoivent

Golshifteh Farahani, Eva Husson et Emmanuelle Bercot, une partie de l'équipe des "Filles du soleil"
Golshifteh Farahani, Eva Husson et Emmanuelle Bercot, une partie de l'équipe des "Filles du soleil" - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Le week-end a été marqué par une montée des marches 100% féminine, avec 82 actrices, réalisatrices et productrices qui, sous la houlette de Cate Blanchett et d’Agnès Varda, ont souligné qu’en 70 éditions du Festival, seuls 82 films réalisés par des femmes avaient été sélectionnés en compétition (avec une seule lauréate de la Palme d’Or, Jane Campion avec "La leçon de piano")… Mais hélas, les films féminins de la compétition cette année ne sont guère réussis. 

"Les filles du soleil" d’Eva Husson

Il y a d’abord ce film de guerre, deuxième long-métrage de la Française Eva Husson. Une reporter de guerre (Emmanuelle Bercot, prix d’interprétation à Cannes pour "Mon roi" de Maïwenn) suit le combat de Bahar (Golshifteh Farahani, vue dans "Patterson" de Jim Jarmush) au Kurdistan. Bahar, avec d’autres femmes, a été longtemps séquestrée, a réussi à s’échapper et a pris les armes pour lutter contre ses oppresseurs.

Le film, par son ambition et son propos, était très attendu. Mais Eva Husson n’a pas les moyens de son ambition : sa mise en scène est appliquée, ses dialogues sonnent faux (Emmanuelle Bercot, avec un bandeau sur l’œil façon Moshé Dayan, est ridicule), son choix de musique est pompeux et emphatique. Bref, le résultat est catastrophique. Et pourtant, "Les filles du soleil" pourrait se retrouver au Palmarès samedi soir, car la pression est forte pour récompenser le combat des femmes en cette année post-scandale Weinstein…

"Lazzaro felice" ("Heureux comme Lazzaro") d’Alice Rohrwacher

En 2014, l’Italienne Alice Rohrwacher remportait un inattendu Grand Prix du Jury sur la Croisette pour son film "Les merveilles". Inattendu, tant cette fable accumulait les maladresses de mise en scène et de scénario. Quatre ans plus tard, la voici de retour en compétition avec "Lazzaro felice". C’est à nouveau une fable. Lazzaro, simple d’esprit, a grandi dans une communauté de paysans analphabètes, tenus à l’écart du monde par leur patronne, une aristocrate richissime. Il devient l’ami de Tancredi, le fils prodigue de cette baronne. Mais à la suite d’une chute, Lazzaro tombe dans le coma, et se réveille des années plus tard, pur et inchangé, et découvre son ancienne famille devenue SDF…

Parabole sur les turpitudes du monde capitaliste vues à travers les yeux d’un innocent ? Relecture de la symbolique chrétienne de la résurrection de Lazare ? Fresque poético-sociale ?" Lazzaro felice " est sans doute un peu de tout cela, mais comme Eva Husson, Alice Rohrwacher n’a pas les moyens de son ambition. Son style est brouillon, indécis, opaque, comme si la cinéaste était incapable de faire le tri dans ses idées… La présence de son film en compétition se révèle assez embarrassante, tant ce long-métrage est inabouti.

Girls of the Sun (Les Filles du Soleil) bande annonce

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