Attaque du Thalys: le film de Clint Eastwood, une épine dans le procès?

Le film de Clint Eastwood inspiré de l’attaque du Thalys sort en salle chez nous. Le scénario retrace la vie des trois Américains intervenus pour empêcher Ayoub Khazzani de passer à l'action. Ils interprètent d’ailleurs eux-mêmes dans le film leur histoire, ce qui suscite des réactions du coté de la défense de l’auteur présumé de l’attaque.

Pour le réalisateur Clint Eastwood la participation de certaines victimes de l'attaque n'était pas prévu au départ : "J’étais en train d’organiser un casting classique, je cherchais des acteurs. Il y en avait des bons, qui auraient fait un très bon travail. Mais je n’arrêtais pas de regarder les trois garçons, je regardais leurs visages. Et finalement, un jour, je leur ai dit : 'Je pense que vous pourriez jouer vos propres rôles'. Ils étaient un peu hésitants, et finalement… Il s’est avéré qu’ils avaient un don naturel, et que c’était une forme de catharsis pour eux de retourner sur les lieux et de revivre le moment en quelque sorte".

Pour Spencer Jones, l'un des trois américains présents dans le Thalys au moment de l'attaque, la participation au film a été un moment très fort : "C’était vraiment surréaliste pour moi de retourner sur place, et revivre les choses exactement là où elles s’étaient passées. C’est comme si j’avais des flash-backs. On a tourné les scènes avec l’homme qui jouait l’assaillant. Et il ressemblait vraiment à ce dont je me souvenais. C’était comme si on y était de nouveau. Comme si j’avais été ramené dans le passé. Et que je revivais tout".

Les droits de la défense seraient bafoués

Sérénité de la justice, loyauté des débats, présomption d’innocence... Pour la défense d'Ayoub Khazzani, tout cela serait bafoué par l’industrie hollywodienne. Les producteurs n’ont pas attendu la tenue du procès ni même la fin de l’instruction pour sortir leur film signale l'avocate Sarah Mauger-Poliak.

Denis Bosquet, avocat et professeur de droit pénal, estime que c'est surtout le casting du film qui pose problème : "Ces gens vont être amenés à témoigner sous serment ou à donner leur version devant un juge ou un jury. Ils vont soit se départir de ce qu'ils ont joué ou surjoué, soit devoir faire un peu du rétro-pédalage si je puis dire... Et, surtout, ce qui me dérange sans doute le plus, c'est que cela rend toute reconstitution impossible, car elle sera biaisée".

La sortie du film a déjà des conséquences juridiques. La défense avait demandé une reconstitution comme le permet la procédure pénale. La Justice l’estime désormais inopportune, car la confusion entre fiction et réalité sera inévitable. Et donc préjudiciable à la manifestation de la vérité.

La bande annonce du film

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