Ashley Madison: une gigantesque arnaque ?

Ashley Madison
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Ashley Madison - © DR

Les membres réellement actifs du site de rencontre extra-conjugales n’étaient quasiment que des hommes. Parmi les rares profils féminins, beaucoup étaient probablement faux. Une enquête de Gizmodo jette le doute sur les pratiques de la société éditrice d'Ashley Madison dont le chiffre d'affaire annuel dépasse les 100 millions d'euros.

L’analyse des données publiées de 37 millions d’utilisateurs (anciens et actuels) apporte un nouvel éclairage sur le fonctionnement du site de rencontres adultères Ashley Madison. Basé au Canada, ce site est surtout populaire dans le monde anglo-saxon mais il a des clients dans le monde entier. On en recenserait 13 000 en Belgique et 260 000 en France.

Sulfureux

Il y a deux semaines, des pirates informatiques publiaient les données personnelles de millions de membres du sulfureux site. Une fuite sans précédent aux conséquences multiples : séparations, chantage, possibles licenciements (notamment de militaires américains) et même les suicides probablement liés d’au moins trois membres au Canada et aux États-Unis. Sans compter que dans des pays où l’adultère est puni par la loi, des utilisateurs se retrouvent menacés de poursuites judiciaires.

Le site américain Gizmodo, spécialisé dans les nouvelles technologies, a analysé les données rendues publiques par les pirates. Une enquête qui confirme, d’abord, ce que l’on savait déjà : l’écrasante majorité des membres d’Ashley Madison sont des hommes. Sur 37 millions de comptes, seuls cinq millions correspondent à des femmes. Mais sur ces cinq millions de femmes, une infime minorité était réellement active.

Messagerie instantanée

Gizmodo a constaté que de nombreuses femmes s’inscrivaient, envoyaient rapidement une volée de messages à des hommes, puis disparaissaient sans chercher à consulter les réponses. Pendant des années, seules 1500 femmes auraient réellement consulté leurs messages. 2400 ont utilisés le service de messagerie instantanée.

Bien sûr, il est probable que beaucoup de femmes se soient inscrites juste par curiosité ou pour traquer les possibles infidélités de leur mari. Ce qui expliquerait qu’elles soient restées inactives. Mais pas qu’elles aient envoyé de nombreux messages sans attendre de réponse. Gizmodo constate encore que 12 000 femmes ont payé pour disparaitre du site. Pour supprimer son profil, Ashley Madison réclame en effet une petite vingtaine d’euros (les utilisateurs ont découvert que cela n’effaçait cependant pas les données). Si on prend en compte tous ces indices d’activité, on peut conclure qu’il y aurait eu, au maximum, de 15 à 20 000 femmes sur le site.

Mais alors, avec qui conversaient les 37 millions d’hommes inscrits ? Gizmodo laisse entendre que la plupart des profils féminins étaient factices.

Ashley Madison souffre du même problème de déséquilibre hommes/femmes que la plupart des sites de rencontres. Comme d’autres, pour ne pas décourager les femmes, il fait surtout payer les hommes. Il les fait même payer très chers : les obligeant à payer pour répondre à leurs messages ou pour améliorer leur visibilité. Le site propose même des tarifs "rencontre" garantie, où la mise en contact avec des femmes est assurée.

Faux profils

Évidemment, de l'autre côté, il fallait qu’il y ait des femmes qui envoient des messages pour inciter les clients masculins à répondre... et à dépenser des dizaines voire des centaines d’euros. Selon Gizmodo, Ashley Madison a ainsi créé des milliers de faux profils féminins.

Cette accusation n’est pas toute à fait neuve. Il y a quelques années, une ancienne employée avait attaqué l’entreprise en justice affirmant qu’elle avait été recrutée pour créer, en quelques jours, un millier de faux profils féminins. Cette situation l’avait mise dans un état psychologique méritant, selon elle, des dommages et intérêts. La procédure s’était soldée par un accord financier.

Finalement, écrit Gizmodo, sur Ashley Madison "les hommes payaient surtout pour un fantasme".

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