Médias britanniques: réaction en chaîne après l'affaire "News of the World" ?

La fin de News of the World
La fin de News of the World - © EPA

Depuis une semaine, l’affaire des écoutes illégales du tabloïd du groupe Murdoch ébranle toute la Grande-Bretagne. Dans l’avenir, quelles seront les répercussions concrètes de ce scandale sur la société britannique ?

Sur la presse, un impact à court terme

La presse britannique ne ressortira évidemment pas indemne de cette affaire. Mais pour Jean-Claude Sergeant, spécialiste des médias britanniques à la Sorbonne, "l’impact ne se fera sentir qu’à court terme. Sur l’échelle de confiance de la population, les journalistes sont au plus bas et ne peuvent plus vraiment dégringoler".

En tout cas, cela n’arrangera pas les difficiles relations entre la presse papier et le public. "Les tirages sont en berne, explique Jean-Claude Sergeant. Il y a encore quelques années, les tirages du News of the World étaient presque deux fois plus importants qu’aujourd’hui".

L’universitaire va même plus loin, affirmant que cette affaire "pourrait précipiter le déclin de la presse papier payante au profit des gratuits". Le Sun, un des principaux tabloïds du pays, aurait déjà décidé de sortir une édition dominicale pour combler le vide laissé par le News of the World.

Aussi, l’actuel système d’autorégulation de la presse, la Press Complaints Commission, devrait être remplacé, du fait des nombreuses critiques à son égard.

Deux autres journaux du groupe News Corp. de Rupert Murdoch, le Sunday Times et le Sun, se voient également accusés de pratiques illégales. Y a-t-il un risque de voir tomber d’autres journaux ? "Certainement, explique Jean-Claude Sergeant. A la limite, le journalisme contemporain de masse ne peut pas ne pas avoir recours à ces facilités technologiques".

"Il y a un vrai ménage à faire dans la police"

Avec cette affaire, la réputation de la police britannique en prend un coup. Certains policiers sont accusés d’avoir touché de l’argent en échange d’informations aux journalistes. 

Parmi eux, des agents chargés de la sécurité de la famille royale. "Cela n’a rien de nouveau, rappelle le spécialiste des médias. Au XIXe siècle, les policiers étaient déjà les principales sources des journalistes. Aujourd’hui, on les paye de plus en plus cher. Il y a un vrai ménage à faire dans la police".

"Murdoch s’est grillé"

Au Royaume-Uni, le poids politique de Rupert Murdoch est considérable. Il possède deux des journaux les plus influents : le Sun et le Times. D’abord, il est peu probable que le gouvernement accorde au mania australien le rachat complet du bouquet satellite BskyB, dont il ne détient que 40% pour l’instant.

"Murdoch s’est grillé, lâche Jean-Claude Sergeant. Ce n’est plus un personnage de confiance. Son pouvoir politique va diminuer, c’est certain".

Cameron embarrassé, la coalition parti pour rester

Le Premier Ministre, David Cameron, est "embarrassé". Il est proche de plusieurs protagonistes dans cette affaire : Andy Coulson, rédacteur en chef de News of the World au moment des écoutes, était jusqu’à janvier son directeur de la communication. Il est également un ami de Rebekah Brooks, directrice exécutive de News International, la branche britannique de l’empire Murdoch.

"Ce scandale vient confirmer la nature incestueuse des rapports entre médias et politique", souligne encore Jean-Claude Sergeant.

L’affaire élargit aussi les divisions entre les conservateurs de David Cameron et les libéraux-démocrates de Nick Clegg. Malgré tout, "la coalition en place est parti pour rester jusqu’aux prochaines élections".

J. Antoine

Et aussi