Après la "charge mentale", Emma réagit en BD à la "liberté d'importuner", une position très "mondaine"

Elle avait fait le buzz il y a quelques mois avec sa BD publiée sur Facebook illustrant "la charge mentale" qui repose généralement sur les femmes. Cette fois, c'est une forme de réponse à la tribune du Monde qui défend "la liberté d'importuner" que publie la dessinatrice Emma sur Facebook. 

Cette tribune, vivement critiquée par les mouvements féministes, est signée par une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, ou Catherine Millet, qui proclament que "la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste" et soutiennent les hommes "sanctionnés dans l'exercice de leur métier, contraints à la démission, alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses 'intimes' lors d'un dîner professionnel ou d'avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque ".

Avec des mots clairs et des dessins tout simples, Emma illustre les réactions à la vague de dénonciations du harcèlement dans une mini BD intitulée "Un rôle à remplir". "Beaucoup d'hommes sont tombés des nues. Dans mon entourage, ils ont commencé à écouter nos récits et nos idées pour que ça change" écrit-elle. "Mais ça n'a pas été comme ça partout. Assez vite, une forme de "résistance" s'est mise en place. Des hommes, tristement soutenus par quelques femmes, ont commencé à se plaindre".

"Il est au passage intéressant de constater que les femmes qui défendent ce droit à harceler sont très aisées, et ce sont les hommes de leur classe qu'elles soutiennent. Oui au harcèlement, s'il est mondain. Et pour la solidarité avec les autres femmes, on repassera".

Et l'auteure d'illustrer que la drague est évidemment toujours possible: "Il suffit de demander et respecter son avis".

Son message, au final, c'est que "contrairement au harcèlement, un rapport de séduction, ça se construit à deux. Et c'est bien le refus de cela qui se cache derrière les lamentations de ces messieurs: que les femmes revendiquent le droit de pouvoir décliner des avances, ils n'aiment pas ça, mais alors pas du tout".

"Personnellement, dit le dernier dessin, j'ai beaucoup de mal à comprendre comment on peut avoir envie d'assouvir ses désirs au détriment de l'intégrité d'autrui". "Mais apparemment, ça ne dérange pas tout le monde" conclut Emma en référence à la "liberté d'importuner".

La BD avait après quelques heures ce mercredi déjà plus de 5.000 "likes" et avait été partagée 3200 fois.

L'auteure, une ingénieur "féministe du quotidien"

Diplômée d'une école d'ingénieur, évoluant dans un milieu professionnel "profondément masculin", Emma se dit une "féministe du quotidien". Elle a commencé à poster ses dessins sur un blog en 2016 pendant la contestation de la loi Travail.

Depuis le buzz de ses dessins sur la charge mentale (210.000 partages, des milliers de commentaires saluant son propos, et des traductions en anglais, allemand, italien ou japonais), elle a commencé à dessiner à temps plein, même si pour elle qui n'a jamais pris de cours, le dessin n'est qu'"un vecteur": "Je ne me considère pas comme une dessinatrice", dit-elle: "Ce que j'aime, c'est faire réfléchir sur notre société, dénoncer les injustices, et bousculer".

Un deuxième tome  de "Un autre regard" est sorti en novembre 2017, reprenant notamment les dessins de "la charge mentale". Et aujourd'hui, Emma aimerait désormais écrire des livres jeunesse. Pas pour raconter des histoires de princesses, plutôt celles de "personnages atypiques et d'héroïnes pas forcément blanches, minces ou hétérosexuelles, pour que les enfants qui ne sont pas dans la norme puissent s'identifier".

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