Apple met des journalistes sur une liste noire

Apple n’apprécierait pas que l’on critique ses dirigeants
Apple n’apprécierait pas que l’on critique ses dirigeants - © GLENN CHAPMAN - IMAGEGLOBE

Le magazine américain Cult of Mac révèle l’existence de Blacklists dans lesquelles Apple inscrit les noms des journalistes jugés peu utiles à la marque. Et selon des rédacteurs belges spécialisés dans les tests de matériel informatique, c’est toute la presse de notre pays qui figurerait sur une telle liste.

Dans son article, Mike Elgan explique comment sont ostracisés les journalistes qui ne se montrent pas assez loyaux à l’égard de la marque. Avec pour punitions, une réduction du flux d’information, l’absence de produits de test et d’invitations aux événements marquants. Et selon l’une des "victimes" de cette pratique, il serait ensuite pratiquement impossible de se faire effacer de la liste.

La longue histoire des listes noires

La mode des listes d’exclusion remonte aux années 30 et 40, rapporte l’auteur de l’article. Lors de la chasse aux communistes et aux "Content creators". La formule fut affinée en 1947, lorsque certains travailleurs d’Hollywood refusèrent de témoigner devant des groupes d’enquête du Congrès américain. En cette époque de maccarthysme, dix d’entre eux furent placés sur une liste noire des réalisateurs et acteurs interdits de travail dans le temple du cinéma américain. Dix ans plus tard, la liste s’était enrichie de centaines de noms. L’idée a fait des petits et notamment en Chine où le parti communiste disposerait aujourd'hui de la liste noire des journalistes la plus étoffée au monde. Pour les journalistes étrangers, cela se traduit simplement par des refus d’octroi de visa d'entrée. Faut-il y voir une volonté de transparence, la liste noire chinoise est publiée et sert d’outil d’intimidation pour ceux dont les noms sont jetés à la vindicte populaire.

Pour Mike Elgan, qui se dit lui-même "blacklisté" par Apple, là s’arrête pourtant la comparaison "car la force d’un constructeur pour faire taire la presse est bien moindre que celle des Etats dictatoriaux." Il croit cependant utile que le public soit conscient des rouages de l’information.

Les sujets qui fâchent

Pour figurer sur la liste noire, il faut évoquer Apple par rapport aux droits de l’homme et à l’environnement ou critiquer les patrons et la culture du constructeur. Ou encore évoquer avec trop de certitudes des rumeurs et spéculations à propos de la marque californienne. En revanche, dire du mal des produits n’aurait pas d’influence sur la qualification du journaliste.

Ciblage des journalistes IT

Apple serait plus particulièrement attentifs à ce que disent les journalistes technologiques pour leur capacité à influencer les médias généralistes. "Si vous pouvez récompenser la presse pro Apple et au contraire punir les ‘mauvais médias’, vous influencez directement le contenu des titres généralistes. " D’autres techniques, plus fines seraient également utilisées selon ce journaliste. Ainsi, pour punir The New York Times qui avait évoqué les conditions de travail dans les usines qui produisent les produits Apple, le constructeur a fourni de nombreux scoops et des interviews exclusives à son concurrent The Wall Street Journal.

La Belgique blacklistée?

En Belgique, la situation est différente. Personne n’a eu vent d’une liste noire de la presse belge, mais la politique de communication de Apple semble délibérément réduite dans notre pays. "Depuis août 2012 et la sortie de l’iPhone 5, il est devenu impossible de tester du matériel Apple " nous confie un journaliste spécialisé dans l’IT. Un sentiment confirmé par un autre journaliste, un Belge lui aussi, et selon lequel les Pays-Bas (où se trouve la filiale BeNeLux) semblent "privilégier les journalistes hollandais". Un constat qu'il a pu tirer en travaillant à la fois pour la presse belge et hollandaise. Deux pays au moins semblent frappés par cette exclusion des tests de matériel: la Belgique… et la Nouvelle-Zélande. A Londres, où est gérée la communication, il a été dit à ce journaliste que "La Belgique ne fait pas partie des pays prioritaires." Depuis août 2012 en tout cas, pour tester un nouveau produit Apple, les journalistes belges doivent l’acheter.

Jean-Claude Verset

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