Android dans le collimateur de l'Europe: un logiciel libre trop attaché à Google

Pour l'Europe et certains constructeurs, le nougat d'Android pourrait avoir du mal à passer.
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Pour l'Europe et certains constructeurs, le nougat d'Android pourrait avoir du mal à passer. - © JEFF PACHOUD - AFP

La Commission européenne enquête sur une possible position dominante d’Android, le système d’exploitation pour mobile de Google. Une force qui ne permettrait pas à d’éventuels concurrents de développer un OS mobile alternatif.

Une crainte légitime à l’égard de ce logiciel qui détient plus de 80% des parts du marché dans son créneau. Pourtant, le scénario n’est pas du tout comparable à celui de Windows en 2009.

L’Europe enquête sur ce qui pourrait –éventuellement- constituer une position oligopolistique d’Android. Aux yeux de la Commission, (et de la commissaire Margrethe Vestage), Google prive peut-être les consommateurs d'un choix plus large d'applications mobiles. Google rejette évidemment cette accusation, en assurant, au contraire, qu’Android aurait élargi la concurrence. Et comme cela se fait de plus en plus, dans le monde IT, cette argumentation est apparue dans un blog. Celui de Kent Walker, vice-président de Microsoft.

Le duel a donc commencé entre Google et l’Europe. Et cette dernière a le choix des armes.

Rien à voir avec "l’affaire Windows" en 2009

La première originalité d’Android est qu’il n’est pas la propriété d’une marque, comme c’est le cas pour les logiciels Windows ou iOS.  Android est une application "open source", un logiciel libre. Ce qui signifie que quiconque peut accéder à son code source, le télécharger, le copier, et l’utiliser gratuitement.

Android repose sur une base Linux sur laquelle s’ajoute un couche spécifique Android sous licence Apache (elle aussi open source). Viennent s’ajouter d’éventuelles surcouches graphiques des constructeurs de smartphones.

Selon le professeur Robert Viseur (ingénieur civil spécialisé dans les systèmes open source), le problème vient moins du logiciel que de sa "gouvernance". A savoir: qui prend les décisions sur les modifications à apporter à Android, qui fixe les objectifs de développement et qui détermine l’accès réel au code source. Et là, c’est clairement Google qui dirige la baraque.

Android, c'est du nougat 

Et plus encore depuis la sortie, (en août dernier) de la version "Nougat" d’Android. Désormais, les constructeurs de smartphones et les opérateurs télécoms ne peuvent plus toucher à certaines fonctions, comme la gestion de la batterie ou le multi-fenêtrage. Et il n'ont pas nécessairement accès aux derniers développements du code source. Google se justifie en arguant qu’Android doit rester un standard identique pour tous, sous peine de risquer de disparaître.

La disparition d’Android : danger réel ou coup de bluff ?

Android courrait le risque de "fragmentation", c’est-à-dire de multiplication des variantes d’Android. On a connu ce phénomène dans les années les années 80 avec Unix, un autre système d’exploitation ouvert pour ordinateurs départementaux. Mais, à l’époque, chaque marque (IBM, Siemens, Digital, etc) a développé sa propre version de Unix, créant un univers largement incompatible.

C’est pour lutter contre cette possible fragmentation qu’Android "Nougat" interdit aux fabricants de faire tout ce qu’ils veulent.

Pour le professeur Robert Viseur, il existe deux menaces. La première vient de Chine où des constructeurs veulent disposer de leur propre version Android. Le plus bel exemple est celui de Xiaomi. Et l’on sait le rôle prioritaire que prend le marché asiatique du smartphone. 20% des licences Android seraient des versions indépendantes. Exactement comme les suites bureautiques Open Office et Libre office qui ont suivi des chemins différents.

La seconde menace vient de Samsung qui dispose de son propre projet de système d’exploitation Tizen. Si Google se montre trop "tyrannique", Samsung, pourrait rapidement sortir une solution alternative. Samsung qui en veut d’autant plus à Google que ce dernier commercialise ses propres smartphones en concurrence avec les constructeurs de téléphones.

Les arguments de la commission européenne contre Google

Si le statut de logiciel open source peut protéger l’OS Android en tant que tel, l’Europe pourrait s’en prendre au monopole du magasin d’applications GooglePlay d’Android qui empêche l’arrivée de magasins alternatifs. Dans ce cas, l’Europe pourrait imposer à Google d’offrir un choix de magasins d’applications. Un peu comme cela avait été fait avec Windows 7, obligé de proposer plusieurs navigateurs Internet plutôt que le seul Internet Explorer de Microsoft.

La Commission critique aussi Google qui, sur Android, impose certaines de ses applications phares, comme l’outil de recherche Google Search, Gmail ou Google Maps, entre autres.

Pourrait-on vendre des smartphones sans systèmes d’exploitation ?

En théorie, aucun fabricant n'est obligé de préinstaller Android. Et les internautes peuvent supprimer les applis imposées par l’OS.  Mais tout cela reste très théorique… Avec 80% du marché pour Android, tout laisse penser que les jeux sont faits. Apple détient 15% du marché, mais des acteurs comme BlackBerry ou Windows Mobile sont devenus marginaux. Et Firefox a disparu.

"Pour permettre l’émergence d’un nouvel OS mobile, il faudrait une véritable innovation technologique qui changerait la manière dont on utilise un smartphone", pronostique Robert Viseur. Et cela ne s’est plus produit depuis 2007 avec l’arrivée de l’iPhone et d’Android.

Chacun aura compris que l’enjeu est principalement économique : en moyenne un internaute mobile télécharge 50 applis durant la vie de son smartphone.

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