Amnesty international: "Si Depardieu soutient Poutine, il ne risque rien"

 Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International Belgique a tenté d'analyser le buzz de cette semaine que l'on doit une fois de plus à "Gerard"
Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International Belgique a tenté d'analyser le buzz de cette semaine que l'on doit une fois de plus à "Gerard" - © RTBF

La lettre de Gérard Depardieu à Vladimir Poutine a soulevé l'indignation aussi bien en France qu'en Russie. Durant le JT de 13 heures ce samedi sur la RTBF, Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty International Belgique a tenté d'analyser le buzz de cette semaine que l'on doit une fois de plus à "Gérard".

Ce qui a provoqué la levée de bouclier tient en une phrase du comédien français: "Il sait (François Hollande) que j’aime beaucoup votre président Vladimir Poutine, et c’est réciproque. Je lui ai dit que la Russie était une grande démocratie et que ce n’était pas un pays où un Premier ministre traitait un citoyen de minable".

Une démocratie "purement formelle"

Pour Philippe Hensmans, la Russie est une grande démocratie au niveau de la taille (560 fois la Belgique), "mais c’est une démocratie tout à fait formelle. il y a eu des élections en 2012 qui ont élu à nouveau Vladimir Poutine qui a ainsi réussi à revenir au pouvoir par la bande."  Mais pour le président d’Amnesty, une démocratie, cela se mesure. "Une série de modes de fonctionnement doivent être analysés. Beaucoup d’observateurs disent que c’est une démocratie strictement formelle où tout le pouvoir est aujourd’hui aux mains de l’administration."

Le qualificatif "minable" dont a été affublé l’acteur français a aussi entretenu la polémique, mais pour Philippe Hensmans, ce n’est qu’un épiphénomène. "Le premier ministre Dmitri Medvedev ne traiterait pas un citoyen de minable, peut-être, mais c’est le président qui gère tout ce qui se passe. Du moins quand c’est Poutine qui est au Pouvoir."

Une opposition muselée

Mais au-delà des mots et des invectives se pose la question du statut de l’opposition dans la Russie de Poutine. Et là, le patron d’Anmesty devient plus critique encore: "Si Gérard Depardieu appuie en permanence Vladimir Poutine, il ne risque rien. Ceux qui prennent des risques, en revanche, ce sont ceux qui font l’analyse du pouvoir et le critiquent. Ce sont ceux qui voient qu'il se passe dans les prisons, en Tchétchénie et dans les différentes républiques du Caucase. 340 journalistes sont morts depuis 1999. Tant que l’on soutient le pouvoir, si on fait partie de l’élite, on ne risque pas grand-chose. Mais quiconque commence à critiquer le régime, risque de se trouver dans une situation délicate. On l’a vu avec les Pussy Riot".

Et paradoxalement, dans la Russie de Poutine, faire taire l’opposition ne réclame pas de mesures de censure. "L’opposition existe, mais obtient très peu de voix aux élections. La population a apprécié les mesures qu’il a prises. C’est paradoxal, mais c’est souvent ce qui arrive avec les gens qui ont un pouvoir fort: ils mettent en place une série de propositions de loi qui vont renforcer le pouvoir et ne doivent donc pas faire pression sur l’opposition. Une illustration de ce processus est la condamnation de deux des trois Pussy Riots à deux ans de colonies pénitentiaires, simplement pour avoir exprimé leurs opinions de manière un peu choquantes pour certains ".

Le printemps arabe a fait peur à Poutine

Pratiquement interdite de manifester, l’opposition plus classique, telle que celle pratiquée par Kasparof n’est pas mieux traitée. "Des mesures ont été prises pour empêcher les grandes manifestations. Je pense que le printemps arabe a fait peur à Vladimir Poutine et qu’il a pris des mesures pour empêcher qu’une bonne partie de l’opposition ne puisse s’exprimer en rue de façon visible."

Réagissant à la phrase d’un responsable russe qui disait à propos de Depardieu "Voilà un ivrogne de plus", Philippe Hensmans réagit en déclarant "Ce n’est pas si drôle. Lorsque l’on voit les liens qu’il a avec Kadirov qui est l’actuel président de la Tchétchénie et qui a fait assassiner ses opposants à l’étranger, c’est tragique. On n’a pas besoin de gens qui viennent apporter leur soutien à ce genre de dictateur".

 

RTBF

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK