Affaire Xavier Dupont de Ligonnès: autopsie d'un foirage

Affaire Xavier Dupont de Ligonnès: autopsie d'un foirage
Affaire Xavier Dupont de Ligonnès: autopsie d'un foirage - © RTBF

Après avoir fait la Une de quasi tous les médias, l'annonce de l'arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès fait aujourd'hui l'objet d'un grand mea culpa médiatique. Comment cette information erronée a-t-elle pu être ainsi relayée? Mais surtout quelle leçon en tirer? C'est Ce Qui Fait Débat (CQFD) ce soir. Pour en parler, autour d'Arnaud Ruyssen, trois invités : Florence Le Cam, enseignante et chercheure en journalisme à l’ULB, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information et des sports de la RTBF et Denis Bosquet, avocat au barreau de Bruxelles, spécialisé en droit pénal.

Aucun membre de notre rédaction n'a commis d'erreur

"Nous avons un contrat en bonne et due forme avec l'AFP à qui nous faisons confiance, explique Jean-Pierre Jacqmin, "il est stipulé dans les actes de notre contrat qu'ils doivent nous livrer de l'information fiable et vérifiée (...) Je ne peux pas dire qu'un membre de notre rédaction ait commis une erreur, mais au bout du compte, une erreur a été commise, donc nous devons nous réinterroger sur la manière dont on donne l'information", convient-il.

Le directeur de l'information et des sports de la RTBF confie avoir été en contact avec les responsables de l'Agence France Presse: "et ils m'ont clairement dit avoir eu quatre sources d'information confirmant qu'il s'agissait bien de Xavier Dupont de Ligonnès. Ils étaient affirmatifs, et donc nous l'avons été aussi. Ces quatre sources policières françaises sont des sources en lesquelles ils ont confiance. Le doute est venu de l'appel à la prudence du procureur, qui a été relayé dans l'article, mais sans en changer le titre affirmant l'arrestation".

La critique des médias est-elle fondée?

"Le rapport entre presse et justice est très compliqué, commente Florence Le Cam, "on est là au cœur de la complexité de la production de l'information, c'est un système qui ne concerne pas que les journalistes (...) Cette erreur dite des médias permet une critique très acerbe du travail journalistique, mais une critique qui montre aussi l'attachement que l'on a à la qualité de l'information".

"On a très vite fait le procès de la presse, mais en amont de l'information diffusée erronément, il y a une information erronée donnée à la presse", réagit Denis Bosquet qui explique: "ici la presse a relayé un dysfonctionnement qui pour moi est policier et/ou judiciaire, et qui prend une résonance absolument terrible à travers la nouvelle caisse de résonance précisément que sont les médias et les réseaux sociaux (...) On est au centre d'un débat essentiel qui est le respect de la présomption d’innocence, du secret de l'information judiciaire et du secret de l'instruction".

Pour l'avocat, l'information n'aurait dû sortir qu'à partir du moment où tout le monde était certain qu'elle était exacte. "Il fallait, dit-il, attendre la comparaison ADN, la seule qui permettait de définitivement savoir si on avait arrêté ou pas la bonne personne", en précisant que les personnes ainsi stigmatisées peuvent être blessée et stigmatisée très profondément et durablement. 

Cela étant, Jean-Pierre Jacqmin insiste sur l'importance du lanceur d'alerte, y compris auprès des enquêtes, "ils sont nécessaires à la démocratie et au journalisme. Ici, on aurait peut-être dû se contenter de dire "un homme soupçonné d'être Xavier Dupont de Ligonnès a été arrêté"", reconnaît-il. 

L'"hyper-concurrence" dans et entre les médias

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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