Affaire Marvel Fitness : qu'est-ce que le cyberharcèlement "de meute" et comment le reconnaître ?

L’affaire fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, un youtubeur a été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme, pour "cyberharcèlement de meute" sur 9 personnes.

Le harcèlement moral en ligne, ou cyberharcèlement, est reconnu par la loi française depuis 2014. Il s’agit d’une circonstance aggravante d’une situation de harcèlement "classique". Mais depuis 2018, un nouveau concept fait son apparition : les "raids numériques".

Un raid numérique est une communauté d’individus qui s’acharne sur une seule personne. Auparavant, 500 messages d’humiliation dirigés contre la même personne devaient être pris individuellement. Ils n’avaient donc qu’une portée limitée d’un point de vue juridique. Mais désormais, ces 500 auteurs sont pris dans leur ensemble. Ils sont tous considérés comme responsables de harcèlement à l’encontre de leur victime et s’exposent à des poursuites judiciaires. Il est en outre inutile que cette "meute virtuelle" se soit concertée au préalable pour que la loi s’applique.

Application d'un texte de 2018

C’est Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les hommes et les femmes de 2017 à 2020, qui est à l’initiative de cet article. "Quand vous avez participé à des phénomènes de cyberharcèlement, vous pouvez être condamné. Même si vous n’avez envoyé que quelques mails, quelques tweets, ou quelques statuts Facebook, explique-t-elle sur le plateau de l’émission Touche pas à mon poste en 2018. Quand 10, 20 ou 100 personnes se mettent contre une personne et la harcèlent, on considère que vous pourrez aussi être condamnéVous avez participé à un phénomène de meute", avance-t-elle.

C’est grâce à cette définition du concept de "meute virtuelle" que le youtubeur français Marvel Fitness a été jugé responsable des dizaines de milliers de messages de haine, d'appels au suicide, ou encore de menaces de mort envoyés par sa communauté aux neuf plaignants du procès. Habannou, 31 ans, a été condamné à deux ans de prison dont un an ferme. Son avocat a déjà annoncé vouloir interjeter appel de la décision du tribunal de Versailles.


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Et en Belgique ?

La notion de cyberharcèlement est également reconnue chez nous. Toutefois, les concepts de "meute" ou de "raids numériques" ne figurent encore nulle part.

Une telle adaptation des textes juridiques est absolument indispensable selon Me Laure-Alice Bouvier. Elle est l’avocate d’Aline, youtubeuse belge parmi les plaignants. "On ne pourra jamais éradiquer la haine en ligne, mais il est important qu’il y ait des lois qui existent pour montrer à ceux qui pensent qu’internet est une zone de non-droit qu’on ne peut pas tout dire : harceler et humilier publiquement quelqu’un, ce n’est pas de la liberté d’expression, rappelle-t-elle. On est aussi en face d’un nouveau monde. Les réseaux sociaux nous touchent tous, on ne peut pas les ignorer. Même si vous vous en coupez, vos proches vont voir l’humiliation que vous subissez et vous en parler."

Laure-Alice Bouvier reste persuadée que les réseaux sociaux font inévitablement partie de nos vies, qu’on le veuille ou non. L’avocate du Barreau de Paris salue néanmoins ce premier jugement qu’elle qualifie d’historique. "Il donne de l’espoir aux victimes présentes, passées et à venir", estime-t-elle, saluant le "courage incroyable" de sa cliente.

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