Abonnements, DLC, pay-to-win... le jeu vidéo est-il aujourd'hui plus cher qu'il y a 15 ans?

Le jeu vidéo figure toujours en bonne place dans la hotte de Saint-Nicolas ou au pied du sapin de Noël. Mais entre l'achat de consoles, de jeux, d'abonnements pour jouer en ligne, d'extensions, de bonus... le jeu vidéo n'est-il pas devenu un cadeau empoisonné ? En résumé, le gaming n'est-il pas aujourd'hui beaucoup plus coûteux qu'il y a 15 ans ? La réponse à cette question est nuancée. La plupart des spécialistes que nous avons rencontrés nous assurent que le jeu vidéo n'est pas devenu plus cher. Par contre, les tentations, les occasions de dépenser de l'argent sont beaucoup plus nombreuses. 

Prenons l'exemple des abonnements, indispensables pour jouer en ligne sur console. Ils sont tous payants depuis que, au mois de septembre dernier, Nintendo a emboîté le pas à Microsoft et à Sony. 

"De nos jours, c'est très rare de trouver une personne qui n'a pas un abonnement pour jouer en ligne, explique Johnny Reina, gérant du Player, une boutique-café spécialisée dans le jeu vidéo à Liège. Si vous ne payez pas l'abonnement, vous ne pourrez pas jouer en ligne avec vos amis. Tous les contenus en ligne sur les jeux, même solo, vous n'y aurez pas droit. Ça veut dire que, sur certains jeux, vous allez avoir la moitié du jeu qui ne servira à rien, clairement. C'est une façon de revendre quelque chose en plus. On vend la console, le jeu, et on vend un abonnement en plus."  

Red Dead Redemption 2 ne fait pas exception à la règle. Sorti à la fin du mois d'octobre, ce jeu d'aventures fait un carton : 17 millions d'exemplaires vendus en deux semaines.  

L'un de ces exemplaires tourne sur la console de Florian Castelli. Le jeune homme est ce qu'on appelle un "gamer", un amateur de jeux vidéo. Il nous accueille dans sa chambre, manette à la main, en pleine partie. 

>> À lire aussi : Entre coup marketing et enjeu industriel, Red Dead Redemption 2 attise les passions des gamers

"Pour l'instant, je ne paie plus d'abonnement pour jouer en ligne. Mais avec la sortie de 'Read Dead Redemption 2' et sa version multijoueurs qui sera bientôt disponible, je compte me réabonner pour pouvoir y jouer avec des copains qui l'ont aussi acheté sur console. C'est plus fun à plusieurs ; en fait, le jeu prend une autre dimension en multijoueurs." 

Pas plus cher, mais davantage de possibilités d'achats 

Pourtant, Florian n'a pas l'impression que le jeu vidéo est un loisir plus cher aujourd'hui qu'il y a 15 ans. "Pour le mois de novembre, j'ai dépensé entre 160 et 170 euros dans l'achat de jeux. Mais la fin de l'année est une période pendant laquelle je consacre un plus gros budget au jeu vidéo parce qu'il y a souvent beaucoup de sorties intéressantes.

Même son de cloche dans les quelques magasins spécialisés dont nous avons poussé la porte. Chez Smartoys, à Liège, le vendeur Hani El Boud pense même qu'on peut profiter des jeux vidéo en payant moins que par le passé : "Il y une grosse concurrence. Ça favorise, par exemple, le marché de l'occasion. On remarque aussi qu'il y a beaucoup de promotions qui sont faites sur les jeux. Cela dit, la durée de vie d'un jeu à fortement baissé. On n'a pas tendance à garder le jeu pendant deux ou trois ans. Au bout de deux, trois mois, on achète le nouveau qui sort.

"Je ne pense pas que ce soit plus cher, confirme Jérôme Levieux, vendeur chez StarGames, une boutique spécialisée, à Namur. Mais il y a plus de possibilités d'achats qu'avant. Ils font beaucoup de choses qui ne sont pas nécessaires, mais qui donnent envie.

DLC, free-to-play, pay-to-win...

L'industrie du jeu vidéo développe en effet d'autres formules commerciales qui sont autant d'occasions de faire chauffer sa carte de crédit... ou celle de ses parents. Certains éditeurs proposent, par exemple, des DLC (Downloadable Contents), c'est-à-dire des extensions au jeu de base. Des extensions qu'il faut payer à la pièce ou via un Season pass, une formule d'abonnement qui donne droit à un nombre déterminé d'extensions. Ces DLC permettent d'étendre l'aventure ou de débloquer des bonus de jeu. 

Fortnite est gratuit, sauf si on veut être mieux habillé que les autres

Autre tendance : le free-to-play. Le célèbre Fortnite en est un bel exemple. "Fortnite est un événement majeur dans l'actualité de 2018, explique Grégory Carette, référent jeux vidéo et Esport à la RTBF. Fortnite est gratuit, sauf si on veut être mieux habillés que les autres ou avoir de plus belles danses. Evidemment, tout cela est payant.

Le pay-to-win, littéralement "payer pour gagner", est également une offre qui peut se révéler très coûteuse. "On va choisir d'acheter des objets, des éléments qui vont nous permettre d'être plus forts dans le jeu.

Grégory Carette pointe enfin le phénomène du jeu-service : "C'est un jeu qui a été développé pour être joué pendant un certain nombre d'années. On sait qu'il va falloir passer régulièrement à la caisse pour continuer l'aventure. Mais ça reste quand même quelque chose d'intéressant, pour l'éditeur et pour le joueur.

Le Liège Game Lab, une équipe unique en FWB 

Cette multiplication des offres commerciales autour du jeu vidéo, on l'observe de très près dans une petite équipe, installée à deux pas de l'Université de Liège. Unique en Fédération Wallonie-Bruxelles, le Liège Game Lab a vu le jour il y a un an, autour de chercheurs qui étudient le jeu vidéo comme objet culturel. 

Björn-Olav Dozo est le coordinateur du Liège Game Lab (ULiège). Comme beaucoup d'autres observateurs, il pense que le jeu vidéo n'est pas plus cher aujourd'hui qu'il y a 15 ans : "Dans certains cas, les abonnements ont remplacé l'achat régulier de jeux. Parce que, avec ces abonnements à des consoles, viennent aussi quelques jeux mis à disposition pendant un mois et qui sont régulièrement renouvelés. Donc, on peut dire qu'il y a moyen de jouer pour une somme fixe, par mois, là où auparavant, il fallait acheter physiquement et concrètement un nouveau jeu quand on voulait l'essayer."

Quant à la multiplication des formules commerciales proposées par l'industrie du jeu vidéo, Björn-Olav Dozo a son analyse : "L’objectif, c’est vraiment de fidéliser les joueurs, d’éviter l’incertitude et de ne pas découvrir qu’un jeu dans lequel on a énormément investi pendant trois ans va faire un four et ne va pas du tout rencontrer son public. En fait, il y a possibilité de consolider la base d’intérêt des joueurs sur la longueur et donc, de ne pas tout miser sur la production d’un seul jeu. On propose une gamme de services liés à quelques jeux qui auront un certain succès.

Et ça marche. Aujourd'hui, l'industrie du jeu vidéo pèse plus de 100 milliards d'euros par an, très loin devant l'industrie du cinéma... 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK