A France Inter, on règle ses comptes en direct

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Le torchon brûlait depuis quelque temps entre l'humoriste Stéphane Guillon, titulaire d'une tranche d'humour dans la matinale de la radio de service public française, et ses patrons, Jean-Luc Hees et l'ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Philippe Val. Ce mercredi, c'était le bouquet final.

"On en profite à fond, c'est la dernière!" lance Stéphane Guillon à 7h55 ce mercredi matin. "Tout doit disparaître avec le grand lifting de la rentrée: émissions emblématiques à la trappe, journalistes sur la touche, rédacteurs en chef remplacés, mais surtout liquidation totale des humoristes", poursuit-il avant de pasticher le slogan de la station: "France Inter, écoutez l'indifférence"...

Il a encore souhaité que Jean-Luc Hees et Philippe Val quittent Radio France après la prochaine élection présidentielle, suggérant ainsi que leurs décisions sont directement dictées par l'Elysée. Et alors, "nous, nous, nous écouterons ensemble, à nouveau, la différence", a-t-il ajouté, manifestement soutenu par la rédaction de France Inter. Une rédaction qui s'est d'ailleurs opposée à la direction de France Inter pour la nouvelle grille des programmes.

 

 

La veille déjà, l'humoriste avait directement pris à partie ses employeurs, stigmatisant les propos de Philippe Val selon lesquels une tranche d'info matinale n'était pas le lieu pour faire de l'humour et regrettant d'avoir appris sa mise à la porte dans le magazine "Télé Loisirs".

Outre Stéphane Guillon, un autre humoriste, Didier Porte, passe également à la trappe. Récemment, ce dernier avait été au centre d'une polémique pour avoir grossièrement insulté le président de la République. Peut-être Jean-Luc Hees et Philippe Val ont-ils trouvé dans ce dérapage le prétexte parfait pour liquider les tranches d'humour décapant.

Pas de pression politique, dit Jean-Luc Hees

Stéphane Guillon s'était fait une spécialité de brocarder durement les politiques français. Nicolas Sarkozy et Eric Besson en avaient notamment fait les frais à droite, mais aussi le socialiste Dominique Strauss-Kahn, qui avait très peu goûté d'être dépeint en satyre.Est-ce cette liberté de ton, volontiers provocatrice, qui a gêné, à quelques mois du début d'une campagne électorale présidentielle ?

"L'humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans. Je prends cette décision non pas sur une quelconque pression politique mais en m'appuyant sur des valeurs minimales d'éducation et de service public", s'est justifié dans un entretien au Monde le PDG de France Inter Jean-Luc Hees, pour qui l'humour de Stéphane Guillon et de Didier Porte relevait de la "misère intellectuelle".

"Quel patron d'une grande entreprise accepterait de se faire insulter par un de ses salariés sans le sanctionner. J'ai un certain sens de l'honneur et je ne peux accepter que l'on me crache dessus en direct",dit encore Jean-Luc Hees, qui, au passage, défend l'action de Philippe Val. Il reconnaît certes des "maladresses" et explique que le directeur est désormais davantage "accompagné" de la directrice-adjointe, Laurence Bloch.

La décision d'écarter définitivement de l'antenne des humoristes, qui peuvent désormais passer pour des victimes de la censure et le politiquement correct, ne va sans doute pas contribuer à résoudre le malaise qui règne dans les médias français, allergiques aux manoeuvres et aux tentatives de mise au pas. Des tentatives derrière lesquelles certains aperçoivent volontiers l'ombre du président Nicolas Sarkozy.

Thomas Nagant

 

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