A 30 ans, le World Wide Web "amène des problèmes mais surtout des opportunités"

Créé il y a déjà 30 ans, le World Wide Web est devenu aujourd'hui un "moyen majeur de communication" explique Arnaud Spirlet, directeur général de Cisco, une société spécialisée en télécommunications, interrogé sur La Première. "Depuis la création du World Wide Web, il y a eu plusieurs phases. La première phase, c'était vraiment une phase de communication : des emails et des sites Web. Et puis très vite en deuxième phase, on a vu le commerce en ligne se développer et on a vu des sites marchands se développer. Et puis en troisième phase, celle dans laquelle on est vraiment maintenant, on a une communication immersive : les réseaux sociaux, la vidéo est arrivée, parce qu'évidemment la technologie évolue aussi. Avant, c'était très difficile de passer une vidéo d'un ordinateur à l'autre pour des raisons de bande passante et de vitesse. Aujourd'hui, c'est très facile de télécharger une vidéo, et donc on est passé du blog au vlog. On est passé d'une page statique à une page dynamique. Twitter a explosé, Facebook a explosé. Et puis on arrive maintenant dans la quatrième phase dont tout le monde parle : la digitalisation. C'est-à-dire que ça rentre encore plus dans la vie tout le monde. On parle d'hyper connexion, les gens ont plusieurs téléphones, des tablettes et ainsi de suite. Donc cette communication amène des problèmes mais surtout des opportunités".

Aujourd'hui le World Wide Web présente "des dangers", poursuit-il : "On parle de hacking, de sécurité Internet, on parle de trolls, on parle de harcèlement. Il y a effectivement un côté plus noir, plus 'dark Web' comme, on le dit. Maintenant, je pense que c'est une question de régulation d'un côté. Et puis c'est une question d'utilisation de chaque personne, comme la communication telle qu'elle existait avant. Simplement ici, c'est hyper-connecté et c'est globalisé. Ça veut dire que donc forcément les dangers sont plus grands".

Deux écoles

Les grandes sociétés de télécommunication tentent de résoudre ce genre de problème explique Arnaud Spirlet: "Nous amenons une sécurité informatique. On peut protéger un ordinateur, on peut protéger un réseau et ainsi de suite, mais on ne régule pas le contenu. La régulation du contenu c'est plus le rôle des États, le rôle des régulateurs, je pense. Il y a deux écoles : celle où il y a vraiment une liberté totale sur le Web, qui est quand même fort revendiquée. Et puis il y a un mouvement qui a démarré aux États-Unis où on essaye de restreindre et de contrôler. Malheureusement, j'ai l'impression que souvent, quand on restreint et qu'on contrôle, c'est souvent à des fins commerciales. Donc il faut savoir exactement ce qu'on fait. Et garantir la liberté et l'accès de tous à cette communication. Concernant l'Afrique et les pays plus défavorisés, je pense qu'il ne faut pas oublier que les espoirs qu'on a dans la communication c'est aussi un meilleur accès à l'éducation pour tout le monde, une autre façon d'apprendre, le fait de pouvoir apprendre de façon régulière, l'accès à l'information des soins de santé, le 'patient électronique' comme on vient de le faire en Belgique il n'y a pas tellement longtemps. Donc il faut contrebalancer les points qui sont peut-être plus négatifs, faire des avancées qui font quand même progresser la société et l'être humain en général".

Selon une étude sur l'impact du Web sur les 30 dernières années, il semblerait qu'un Belge sur trois ne peut plus se passer du Web : "Il ne faut pas oublier aussi qu'il y a beaucoup de gens qui sont nés après la création du Web, qui sont une génération YouTube, une génération vidéo. Il y a des enfants et des jeunes qui ne regardent plus la télé, qui ne sont que sur Internet ou qui ne sont que sur YouTube. Mais par-devers ça, est-ce qu'on peut postuler sans avoir une adresse email ? Est-ce qu'on peut aujourd'hui avoir ses chèques repas sans avoir une carte électronique ? Il y a pas mal d'applications aujourd'hui qui font que l'on est presque obligé d'être connecté. Donc on peut ne pas s'en passer, ça me paraît très compliqué aujourd'hui. Mais je pense qu’aujourd'hui, c'est un chemin presque obligatoire".

"Il y a un accompagnement à faire"

"Aujourd'hui, pour une personne âgée qui doit faire son home banking par exemple, c'est plus compliqué que quand elle allait au guichet de la banque. C'est sûr qu'il y a un accompagnement à faire" dit-il aussi.

Parmi les avantages que procurera le Web à l'avenir, "il y a des choses qui sont sûres. On est sûr que le Web va améliorer l'enseignement, par exemple : l'enseignement à distance, l'information, l'accès aux contenus, le fait de pouvoir s'inscrire dans des universités qui sont à l'autre bout du monde pour avoir des contenus vraiment intéressants et ainsi de suite. On espère que l'amélioration des soins de santé sera là", par exemple grâce à des consultations en ligne. "Cela se fait déjà dans pas mal de pays. Par exemple, dans le nord de la Suède quand c'est l'hiver, on ne sait pas se déplacer. Et donc une grosse partie des consultations généralistes en ligne se font avec de la vidéo. On montre au médecin ce qui se passe et il ne donne pas un diagnostic légal mais donne un avis déjà. Et ça permet de déjà pouvoir avancer et de faire les premiers soins. Dans certains pays comme en France par exemple, quand on a une situation d'urgence, le temps que le spécialiste arrive, on démarre une vidéo. Le spécialiste donne les premières informations le temps qu'il arrive. Donc on a clairement une avancée de ce côté-là".

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