750 femmes du secteur théâtral belge dénoncent la mainmise masculine sur le milieu

750 femmes de tout le secteur théâtral belge se mobilisent car elles en ont assez de voir que les trois quarts du budget alloué à la scène atterrissent systématiquement dans les mains des hommes. Elles en ont marre de la mainmise des hommes sur le milieu du théâtre.
"Les trois quarts des budgets alloués sont aux mains des hommes, la quasi-totalité des postes de direction sont aux mains des hommes, les instances d’avis et les commissions sont aux mains des hommes, et donc la visibilité des femmes, l’action des femmes et la création des femmes sont entravées" confirme la metteuse en scène belge Myriam Saduis. 

Ce qui a fait l’effet d’une bombe, c’est la nomination d’un nouveau directeur aux Tanneurs. "Ca a été l’événement déclencheur. Sur 22 candidatures, il y avait 13 femmes, dans la short list, il y a trois femmes et un homme, et c’est l’homme qui est choisi". 

"Le problème n’est pas du tout Alexandre Caputo, précise Myriam Saduis. Le problème est un système, dont cet événement montre la puissance. Alexandre Caputo a présenté un projet, il a été choisi, la question n’est pas là. On lui souhaite d’ailleurs toutes bon vent. La question est : comment se fait-il que sur une majorité de candidatures féminines — et on ne peut pas croire quand même que toutes les femmes qui ont présenté des projets ont présenté des projets nuls, ça semblerait fou de penser ça — il y ait un système qui fait qu’au final ce soit quand même systématiquement un homme qui soit coopté sur un projet, alors qu’il y a des tas d’autres candidatures intéressantes et féminines à ce poste ? Par ailleurs, les Tanneurs c’était aussi emblématique, puisqu’il y a quelques mois son directeur a été évincé pour des faits de harcèlement graves et répétés, qui ont été en plus couverts par un CA un peu complaisant"

Ces femmes du secteur théâtral en appellent donc à Alda Greoli, la ministre de la Culture: "Ce mouvement est parti d’une discussion entre quelques femmes. Il a été initié par Isabelle Bats, qui est autrice et performeuse, qui a écrit un texte, qui l’a partagé avec quelques personnes et on s’est rendu compte en quelques heures, en contactant chacune nos contacts, en disant " qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui se passe encore ? ", ça a fait une traînée de poudre, c’est-à-dire que cet événement a été un immense déclencheur. Et donc, en quelques heures on s’est retrouvé à monter un groupe Facebook secret, à se retrouver à 750 femmes et à faire une première réunion où nous étions entre 70 et 80 femmes". 

Il y a encore un plafond de verre dans le milieu du théâtre en Belgique, mais aussi dans le monde entier, estime Myriam Saduis: "Il vient du fait que la société fonctionne toujours de façon extrêmement patriarcale, que le mouvement des femmes est un mouvement qui remonte aux années 60, ça n’est pas si vieux, que toute la société a toujours été organisée autour des hommes, et particulièrement autour de l’homme blanc occidental. Donc, il y a une forme d’impérialisme sur toutes les minorités et les femmes en font partie, bien qu’elles soient majoritaires". 

 
 

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