64-page – Une revue belge consacrée aux jeunes talents de la BD

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64-page - © Mathilde Brosset / Remedium

La bande dessinée est un art vivant. En une époque où n’existent plus les magazines dans lesquels les jeunes dessinateurs pouvaient faire leurs armes, voici une revue qui leur ouvre résolument ses pages.

Cette revue s’appelle 64-page. Et, jusqu’à ce jour, elle comptait logiquement 64 pages, et sortait tous les trimestres. Elle a été créée aussi, m’a-t-on dit, dans un bistrot de la rue du Page, à Bruxelles, d’où le " page " sans s !... Mais, pandémie aidant et suppression de festivals, de foire du livre, de fête de la bande dessinée, l’équipe éditoriale nous a concocté un numéro de 88 pages, spécial western !

On se trouve en présence d’un thème revisité, en quelque sorte, par des jeunes auteurs qui ne se privent ni d’imagination, ni de rupture également avec l’imagerie populaire que le western revêt dans le monde du neuvième art. Ne vous attendez donc pas à un panégyrique de Giraud, Rouge, Hermann… Même si, dans l’un ou l’autre article, ces grands du passé ne sont pas oubliés. Il y a par exemple un article qui nous présente la sélection de 14 livres et films à placer dans la médiathèque idéale du cow-boy lecteur. On y retrouve, en vrac, entre autres, Jijé, Morris, Tranchand… et Sergio Leone, et Fred Zinnemann pour le cinéma, très souvent source d’inspiration pour la littérature comme pour la bd.

Il y a donc des articles de fond mais c’est la bd qui reste l’essentiel du contenu de cette revue, avec, dans ce numéro-ci, quelque 22 dessinatrices et dessinateurs qui ont joué le jeu du défi :  créer en maximum quatre pages une œuvre personnelle inspirée de près ou de loin, par les codes du western.

La qualité, c’est toujours une notion très relative, très subjective surtout dans l’œil du lecteur. Mais ce large panel a justement l’avantage de ne bloquer personne, puisque je dirais qu’il y en a pour tous les goûts.

Il est d’ailleurs à souligner que trois des auteurs publiés par 64-page ont reçu récemment un prix : celui de la Fédération Wallonie Bruxelles pour la première œuvre en BD a été remis à Aurélie Wilmet, Lison Ferné a gagné, elle, le prix Artemesia Ecologie, et Eléonore Scardoni a été mise en avant par la fondation Victor Rossel.

Cela dit, sans être une revue de bande dessinée expérimentale, il faut quand même dire que, pour des lecteurs amoureux de la bd à l’ancienne, l’étonnement va être au rendez-vous !

Quant à moi, je peux dire que certains des auteurs qui ont frotté leur talent au mythe du western me plaisent énormément… Remedium, d’abord, à qui on doit par ailleurs une bd sur les enseignants, à ne rater sous aucun prétexte : " Cas d’école "… J’ai été séduit aussi par Celia Ducaju et son histoire muette. Ben Jottard, quant à lui, avec une belle maîtrise technique, pratique un humour qui n’a pas peur des jeux de mots…

En fait, je dirais que tous les genres de la bd que j’appellerais parallèle sont représentés dans ce numéro spécial western. Certains auteurs sont encore très malhabiles dans le trait, certains autres pensent que briser les codes suffit à faire un récit et se plantent… Mais il y a aussi de belles prouesses, tant graphiques que narratives, et même, de ci de là, des hommages aux grands anciens.

Ce qui me plaît, voyez-vous, dans cette revue, c’est qu’elle ne cherche pas à imposer quoi que ce soit comme style, comme genre. Le ton y est libre, tout simplement, de cette liberté essentielle à la création. Cette revue, et celles, rares, qui lui ressemblent en refusant d’être doctrinaires, c’est la preuve, s’il en fallait encore, que la bande dessinée est un art vivant, toujours en évolution, et que c’est parmi les jeunes auteurs qu’on peut trouver, d’ores et déjà, quelques pépites…

 

Jacques Schraûwen

Jacques Schraûwen

64-PAGE, spécial western

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