500 000 clics sur des articles créés par des robots: les journalistes doivent-ils craindre l'intelligence artificielle?

850 articles du Wahington Post créés par des robots: les journalistes doivent-ils craindre l'intelligence artificielle?
850 articles du Wahington Post créés par des robots: les journalistes doivent-ils craindre l'intelligence artificielle? - © Tous droits réservés

C'est le site Numerama qui faisait cette semaine le point sur un an d'expérience d'articles composés en recourant au service d'une intelligence artificielle au Wahington Post, sur base d'un article de Digiday.com

"Baptisé Heliograf, ce croisement entre un robot et un journaliste a signé plus de 800 textes, en couvrant des actualités politiques et sportives" souligne le site, qui précise qu'au départ, le média américain a développé ce programme "pour épauler son équipe rédactionnelle pendant les Jeux olympiques d’été de 2016, organisés à Rio: Heliograf a alors rédigé près de 300 articles — relativement courts — sur l’actualité de la compétition".
 

Et comme l'essai s'est avéré plutôt concluant, le Wahington Post a alors étendu l'expérience à d'autres domaines, sportifs, mais aussi politiques. Sur un an, le Washington Post a ainsi produit près de 850 articles utilisant Heliograf, dont 500 articles sur les élections qui ont généré plus de 500 000 clics. Ce qui sur l'ensemble des pages vues sur le site n'est pas énorme, mais sans le robot, ces articles n'auraient pas été rédigés car le journal n'y aurait pas dédié du personnel.

Le Wahington Post a ainsi produit plus de six fois plus d'articles en 2016 que pour les élections de 2012.

The Washington Post's robot reporter has published 850 articles in the past year - Digiday

It's been a year since The Washington Post started using its homegrown artificial intelligence technology, Heliograf, to spit out around 300 short reports and alerts on the Rio Olympics.

36 000 articles du Monde qui n'auraient pas été rédigés sans robot

Plus près de nous en France, le Monde utilise le même procédé depuis les élections départementales de 2015 pour produire rapidement des articles sur les résultats locaux.  Ainsi, près de 36 000 petits articles donnant les résultats de chaque canton ont été écrits par un robot, suivis de la signature: "Ces textes ont été écrits en collaboration avec Data2Content, une marque de la société Syllabs".

Et puis, il y a ce célèbre exemple du tremblement de terre de Los Angeles, pour lequel le tout premier article a été publié par le Los Angeles Times, via un "robot", le 17 mars 2014.

Quakebot, le robot-journaliste qui rédige plus vite que son ombre

Le LA Times révolutionne un peu plus le secteur des médias grâce à un robot-journaliste. Lundi dernier, un tremblement de terre d'une magnitude de 4.7 sur l'échelle de Richter a secoué la Californie. Le phénomène en lui-même n'a fait que peu de bruit, les dégâts ayant été relativement limités.

Comment les robots fonctionnent-ils vraiment?

Faut-il dès lors craindre que ces robots remplacent un jour les journalistes? 

Pas vraiment. Au contraire, ces robots pourraient constituer une aide précieuse pour les journalistes, et leur faire gagner du temps. 

Ainsi, en ce qui concerne les élections américaines, les articles confiés à Heliograf portaient sur des localités que le média n’aurait sans doute pas demandé à ses équipes de journalistes de couvrir en l’absence de cet outil. 

Plutôt que de "robots", il faudrait d'ailleurs parler de "programme" car ces intelligences artificielles ne sont bien sûr pas capables aujourd'hui de rédiger des articles sur base de leurs propres investigations. Les articles concernés sont en fait des "textes à trous", avec des variables, et les programmes viennent remplacer ces variables par celles tranmises dans des flux de données collectées par d'autres programmes. 

Pour un article sur les élections, on aura ainsi un texte du type: "Localité: le "Parti" remporte les élections avec X % des voix", où le programme se contente de traduire les données Localité, parti et X selon les flux reçus. 

Idem pour le football où grâce à des "boucles" informatiques, le type de titre peut varier en fonction du résultat reçu: victoire de l'équipe à domicile, à l'extérieur ou partage, pour donner des petits articles du type "Equipe A bat Equipe B par X à Y: Nom de Joueur a marqué le but".

De nouvelles perspectives

Jeremy Gibert, directeur des initiatives stratégiques du Washington Post, espère cependant donner un rôle plus important à cet outil à l'avenir: Heliograf pourrait également être utilisé pour mettre à jour automatiquement certains articles par exemple, mais aussi repérer des tendances étonnantes dans les résultats électoraux... ou financiers: "Heliograf pourrait aider les journalistes à trouver des histoires intéressantes", a-t-il déclaré. Le robot pourrait également fournir un service aux lecteurs, en les prévenant d'événements météorologiques particuliers en temps réel, par exemple.

On imagine que ces robots pourraient produire automatiquement des articles à partir de bases statistiques, qu'elles soient financières ("c'est la société Lambda qui a perdu le plus dans son secteur avec - X%, sa Xième baisse consécutive"), criminelles (les "infractions de tel type" ont augmenté de X % en un an...) ou sociologiques.

Par contre, assurent tous les spécialistes, ils sont toujours très loin de pouvoir remplacer un jour les journalistes de terrain...

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