2015 sera-t-elle l'année du paiement mobile en Belgique?

En Belgique le paiement mobile a été freiné par l'incapacité des banques, des opérateurs et des constructeurs à s'entendre sur un système commun.
En Belgique le paiement mobile a été freiné par l'incapacité des banques, des opérateurs et des constructeurs à s'entendre sur un système commun. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le 9 septembre Apple annonçait un futur système de paiement par smartphone sur le territoire des Etats-Unis. Est-ce bien neuf et où en est la Belgique dans ce domaine?

Le principe n’est pas neuf, loin de là. En son temps, Microsoft a voulu créer un portefeuille électronique, Google a lancé le Google Wallet et il existe, chez nous, de nombreuses expériences de paiement mobile entre individus ou pour acheter des tickets de train ou de parking. Mais rien n’est standardisé et il n’existe toujours pas d’écosystème unique qui permettrait d’utiliser son smartphones comme moyen de paiement universel.

Les atouts et les faiblesses du système " Apple Pay "

Parmi les atouts d’Apple Pay figure l’accord de Apple avec les trois leaders de la carte de crédit (Visa, MasterCard, American express). Une condition d’implantation idéale aux Etats-Unis où les trois systèmes financiers représentent 80% des transactions.

Ensuite son système de sécurité. Sur le papier, le mécanisme de protection semble parfait puisque les données de la carte ne sont pas transmises vers le terminal de paiement. Le téléphone se limite à envoyer un "token", (un jeton) qui n’autorise qu’une transaction unique. Contrairement à un code bancaire, ce jeton n’est donc pas réutilisable pour un autre achat. Ensuite la technologie utilisée est la NFC (Near Field Communication) déjà très répandue dans les caisses de paiements des magasins américains. Le handicap d’Apple Pay est que cela ne fonctionne que sur les iPhone 5 et 6. D’autre part, En Europe, la NFC est moins présente et Apple devrait obtenir des accords avec les nombreuses banques.

Plus singulièrement, en Belgique le paiement mobile a été freiné par l'incapacité des banques, des opérateurs et des constructeurs à s'entendre sur un système commun. Chacun voulait engranger son pourcentage lors de chaque transaction. Et donc il n’y a toujours pas de solution de paiement mobile universelle, interopérable entre les différents organismes financiers. La preuve, sans doute, que les enjeux sont moins technologiques que commerciaux.

Les nouveaux développements de paiement mobile en Belgique

Tout récemment, le groupe Colruyt a lancé une appli de paiement par smartphone qui sera, progressivement utilisable dans tous ses magasins. La procédure est simple: le client télécharge l’appli et y associe une domiciliation. Arrivé à la caisse, le client scanne un code QR /NFC avant de confirmer le montant de la transaction par l’introduction d’un code pin. Au Luxembourg se développe aussi FlashIZ basé sur des codes QR.

Mais ce sont toujours des systèmes propriétaires et pas une solution "open loop", identique pour tous les consommateurs et tous les commerçants.

Et c’est là qu’intervient l’expérience Sixdots, qui réunit les trois opérateurs télécom belges ainsi que toutes les banques (dont plusieurs sont actionnaires du projet). C’est certainement l’initiative belge la plus importante. Sixdots, dont le nom rappelle son code à 6 chiffres, est une appli dans laquelle peuvent être numérisées des cartes de paiement, mais aussi des coupons et de cartes de fidélité. Pour l’instant, l’appli fonctionne en mode pilote et permet d’acheter dans les seuls magasins en ligne. Mais à court terme, les achats mobiles seront aussi possibles dans les points de vente physiques. La NFC, ibeacon (Bluetooth) ou toute autre technologie sans contact sera alors supportée. Le lancement officiel aura lieu avant ou après Noël.

2015, l’année du portefeuille mobile

D’abord annoncée pour 2012 puis 2013, l’année du "mobile wallet" est maintenant reportée à 2015. Mais deux arguments militent en faveur de sa réussite prochaine. D’abord, il existe de plus en plus de terminaux de paiement équipés de NFC. D’ici deux ou trois ans, la majorité des magasins devraient donc pouvoir accepter les applis de paiement mobiles. L’annonce faite par Apple il y a moins d’une semaine va certainement accélérer les choses au niveau mondial. Les smartphones sont, également de plus en plus souvent compatible NFC.

Ensuite on assiste à des changements importants au niveau des systèmes d’exploitation mobile. Android 4.4 intègre la fonction HTE (Host card Emulation) qui permet d’émuler une carte de paiement de manière sécurisée sans passer par la carte SIM. Google dit que toute appli pourrait potentiellement émuler une carte de paiement.

Et enfin, Proton va disparaître cette année. Ce sera l’occasion -peut-être- de passer à autre chose, même si Bancontact a réduit ses tarifs auprès des commerçants pour les petits montants.

Et il reste, qu’une carte à puce est toujours mieux sécurisée qu’un téléphone dont le système d’exploitation reste une cible de choix pour les pirates.

Jean-Claude Verset

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