14-18 et la bande dessinée : quelques albums à (re)découvrir !

guerriers de l'enfer
5 images
guerriers de l'enfer - © éditions des éléphants

Il y a 101 ans que s’achevait la première guerre mondiale, celle qu’on a appelée la der des der… L’occasion de se pencher sur l’image de ce conflit dans la bande dessinée…

Bien des auteurs de bd se sont en effet enfouis dans cette période de l’histoire européenne. Il y a par exemple Leroux et Corbeyran qui ont signé une série chez Delcourt sobrement intitulée " 14-18 ". Une série réussie qui met en scène des soldats issus d’un même village. Romanesque, jalousie, amour, mort, vie quotidienne en sont les ingrédients, pour plusieurs albums qui se lisent comme se regarde une bonne série télé.

Il y a aussi la série passionnante de Hardoc au dessin et de Hautière au scénario, " La guerre des lulus ", nous montrant des enfants perdus dans l’horreur de cette guerre qui a fait, rappelons-le, dix millions de morts et huit millions d’invalides ! Le regard porté par les auteurs est à taille d’enfance, d’adolescence, d’une jeunesse qui mûrit et vieillit bien plus vite qu’elle ne devrait. Sans manichéisme, cette série, ouverte à tous les publics, à commencer par celui de la jeunesse, nous montre une guerre en toile de fond d’une aventure simplement humaine.

Et puis, on ne peut pas parler de la première guerre mondiale sans parler de Jacques Tardi, un des dessinateurs les plus importants de l’histoire de la bande dessinée. Pendant des années, d’album en album, il a réussi à nous faire le portrait à taille humaine de cette guerre qui a déshumanisé l’occident, il a réussi aussi à ce que plus personne, ou presque, dans la bd, ne se contente de récits d’aventure et de héros bcbg dans l’image qu’on donne de 14-18. Tardi, c’est l’auteur d’Adèle Blancsec, de Putain de guerre, de la véritable histoire du soldat inconnu, de trou d’obus, entre autres. Tous des chefs d’œuvre d’intelligence, d’émotion, d’histoire…

Et aujourd’hui, un livre vient de sortir, aux éditions des éléphants. Dans ce livre, " Guerriers de l’enfer ", les auteurs, J. Patrick Lewis et Gary Kelley, nous  montrent un aspect peu connu de cette guerre : la présence de militaires noirs américains en France.

Ce livre mélange deux axes narratifs. Il y a le dessin de Kelley, des traits sombres, des couleurs réalisées aux crayons de couleur. Un dessin qui prend tantôt la forme de l’illustration et tantôt la forme bd traditionnelle.

Le deuxième axe, c’est celui du texte. Lewis est poète et écrivain pour enfants. Cet album est écrit simplement, sans fioritures, d’une manière proche des livres de ce qu’on appelle la littérature jeunesse.

Les auteurs nous y parlent des horreurs de la guerre, mais de manière détournée.

Ce qu’ils font, c’est nous raconter une partie de la vie d’un des grands créateurs de jazz du début du vingtième siècle, James Reese Europe. On l’appelait, à l’époque, le roi du jazz…

Ce n’est qu’en 1917 que les Etats-Unis se sont engagés dans la guerre. Et c’est sur les accents du jazz band de Reese Europe que les Noirs américains se sont engagés, en masse. Ils furent ainsi quelque 350.000 à venir survivre en France !

Parmi eux, ce livre suit donc ce musicien étonnant, au fil de petits chapitres qui résument à la fois son existence et celle de ses compagnons d ‘armes. Avec cette phrase, qu’on pourrait sans doute mettre en exergue de ce livre : " A la guerre, des hommes meurent héroïquement, aux Etats-Unis, des lâches attachent une corde à un arbre et tuent l’espoir ".

Il n’y a pas, comme chez Tardi, une mise en évidence de l’horreur. Il y a plus simplement un portrait d’homme, entre avril 1917 et mai 1919, le parcours d’un musicien de génie qui a laissé au moins un titre dans l’histoire de la musique du vingtième siècle : " On patrol in no man’s land ". Un morceau de Jazz qu’on a pu qualifier de spasmodique, et qui restituait musicalement le bruit des bombardements dans les tranchées. Une musique qui a été remise récemment à l’honneur dans la série télé " Frères d’armes " de Sylvain Labrosse.

Ces soldats noirs s’appelaient eux-mêmes les hommes de bronze… Et dans le 15ème régiment de la garde nationale de New York, ce régiment qu’on voit dans ce livre, sur les 2000 soldats, seuls 500 revinrent vivant dans leur pays !

" Guerriers de l’enfer ", c’est une histoire simple qui parle de mort, de guerre, de racisme, de connerie humaine… Et de musique, aussi, cette musique qui, si elle n’adoucit jamais vraiment les mœurs, permet cependant toujours de réveiller quelques espérances…

Jacques Schraûwen

Guerriers de l’enfer (dessin : Gary Kelley – texte : J. Patrick Lewis – éditeur : les éditions des éléphants – 31 pages – parution : octobre 2019)

14-18 (une série parue chez Delcourt)

La guerre des Lulus (une série parue chez Casterman)

Et tous les livres de TARDI !...

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK