Une vie (presque) normale dans une station de ski européenne… en Russie

Cette image vous évoque le "monde d'avant" ? Elle date pourtant de quelques jours à peine dans la station russe de Rosa Khutor, près de la Mer Noire
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Cette image vous évoque le "monde d'avant" ? Elle date pourtant de quelques jours à peine dans la station russe de Rosa Khutor, près de la Mer Noire - © B.S. - RTBF

Cela en fera sans doute rêver pas mal en ce moment et même… des non-skieurs !

A l’heure où les remontées mécaniques sont fermées dans les montagnes en France, où l’Italie attend encore l’ouverture de ses stations, où le ski se passe sans restos ni bars dans les stations suisses et autrichiennes et sous fortes contraintes sanitaires dans certains resorts d’Espagne ou encore de Bulgarie, la station de ski de Rosa Khutor, près de la Mer Noire en Russie, a des airs de "monde d’avant".

Quelques mesures quand même, mais qui ne se remarquent pas toujours

Alex, jeune Russe qui est allé skier là-bas ces derniers jours, nous le confirme. "J’y vais depuis plusieurs années et, franchement, je n’ai pas remarqué qu’il y avait la moindre mesure particulière par rapport au Covid", dit-il. "Mais bon, c’est vrai que la plupart des gens skient de toute façon avec un bandana ou un masque pour la chaleur sur le visage, donc ils ont la bouche et le nez couverts. Mais en ce qui concerne les remontées mécaniques, cela me semblait rempli au même niveau que les autres années".

Pourtant, "il y a bien quelques mesures de protection appliquées sur place", explique Arkadiy Markov, l’un des responsables de la station. "Mais vu que les voyages sont très compliqués en provenance de l’étranger, on a moins de skieurs par jour que les autres années. Par exemple, dans certaines télécabines où il y a huit places, on demande à embarquer quatre personnes maximum. Ce qui dilue les files possibles et réduit les besoins d’interventions de nos équipes pour faire respecter les règles. On demande aussi à ce qu’on porte un masque dans ces cabines, mais comme presque tous les skieurs l’ont déjà pour se protéger du froid, cela ne voit pas trop. Donc, oui, les visiteurs ont l’impression que la situation est presque normale, comme lors des périodes hors Covid".

C’est vrai qu’une fois que les personnes sont assises pour manger ou pour boire un verre, elles retirent le masque et la vie semble normale

A Rosa Khutor, comme dans le reste de la région de Sotchi, le port du masque n’est pas obligatoire à l’extérieur. Y compris sur les terrasses des bars et restaurants sur les pistes. Des restaurants et bars qui sont bel et bien tous ouverts. "Comme l’ensemble des hôtels et hébergements de la station et leurs spas et autres piscines, s’ils en ont. Il y a tout de même la règle de garder 1,5 m de distance entre les personnes lorsqu’on est à l’intérieur, notamment dans les bars et restaurants. Et on demande d’éviter d’être trop nombreux à une même table", détaille Arkadiy Markov. "Il faut aussi porter le masque à l’intérieur, notamment des restaurants et des bars, mais c’est vrai qu’une fois que les personnes sont assises pour manger ou pour boire un verre, elles retirent le masque et la vie semble normale".

Du coup, sur les réseaux sociaux, on voit aussi des vidéos postées par des visiteurs qui se réjouissent que dans la région "tout est ouvert, sans obligation de masque" et qui saluent cette "liberté".

Les vaccins arrivent, là aussi

"En fait, il y a une apparence de vie normale dans la station. C’est aussi ce que nous disent certains visiteurs qui débarquent de Moscou ou d’autres grandes villes russes", explique M. Markov. "Mais dans la plupart des hôtels et dans certains restaurants, il y a eu des aménagements. Comme l’installation des lampes à ultraviolets qui réduisent la propagation du virus. Cela ne se remarque pas forcément directement. Et puis, il y a surtout le comportement de chacun. On ne peut pas contrôler tout le monde à tout moment sur les pistes ou aux remontées mécaniques. Certains se lâchent donc sans doute un peu".

En fait, il y a aussi de gros enjeux financiers. La station de Rosa Khutor a été créée à partir de rien ou presque en vue de l’organisation des Jeux olympiques d’hiver en 2014 à Sotchi. Coût global de cette olympiade (la plus chère de l’histoire) : au moins 37 milliards d’euros (certains évoquent même les 50 milliards), avec des aménagements réalisés dans des conditions pas toujours très claires.

Et sur cette somme, plus de 2 milliards ont servi à construire la seule station de Rosa Khutor, station qui a été financée par des investisseurs privés, proches du chef de l’état Vladimir Poutine et qui fête cette année ses 10 ans d’ouverture.

Dans ces conditions, devoir rester pistes closes pour la saison d’hiver aurait été une catastrophe économique, que ses responsables et les autorités locales peuvent difficilement se permettre. "Mais la situation sanitaire ici autorise aussi cette ouverture", tempère le responsable relations internationales de Rosa Khutor. "Le nombre de malades du Covid est en baisse constante ici depuis début novembre. La campagne de vaccination a également commencé. Environ 10% de la population de la région a déjà été vaccinée. Pour nous, les travailleurs de la station, les vaccinations ont démarré il y a deux semaines. Moi, je ne l’ai pas encore reçue, mais il est vrai que nous sommes tout de même 3.500 au total. Et, bien sûr, si on devait avoir un cluster de contaminations sur place, il faudra se résoudre à fermer".

Le jardin de ski de Poutine

En tout cas, pour l’instant, toutes les stations de ski sont ouvertes dans la région de Sotchi. Y compris une autre, appartenant au géant gazier Gazprom et qui serait, paraît-il, la préférée de Vladimir Poutine pour skier. A ce propos, un chauffeur de taxi local nous expliquait en anecdote que, lorsque le président russe vient skier sur place, le domaine est carrément privatisé presque pour lui seul, entouré de ses gardes du corps. Ce qui, on s'en doute, réduit alors considérablement les risques de propagation des virus. 

Si ces sensations de "monde d’avant" presque sans Covid vous tentent, sachez tout de même que ce sera très difficile d'y avoir accès. Non seulement, tout voyage à l’étranger non indispensable est désormais interdit depuis la Belgique. Mais, en plus, pour se rendre en Russie, il faut recevoir un visa des autorités russes. Visa qui est visiblement un peu plus compliqué à obtenir ces derniers temps avec la crise sanitaire.

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