Un "mystérieux monolithe de métal" dans le désert de l'Utah : quand est-il apparu ? Et qui a bien pu l'installer là ?

L’image a fait le tour des médias du monde entier ce mardi 24 novembre : un mystérieux objet métallique d’environ trois mètres de haut abandonné dans le désert de l’ouest américain. De quoi faire travailler l’imagination des amateurs de phénomènes extraterrestres.

Le bloc triangulaire étincelant posé sur le sol rougeâtre du sud de l’Etat de l’Utah a été découvert le 18 novembre dernier par des responsables locaux ébahis qui survolaient la zone pour compter les spécimens de mouflons.

Après avoir atterri, ces employés du département de la sécurité publique de l’Utah ont pu examiner le "monolithe de métal", ne découvrant "aucune indication claire de qui aurait pu le placer là".

"Il est interdit d’installer sans autorisation des structures ou des œuvres d’art sur des terres gérées par le gouvernement fédéral, peu importe la planète d’où vous venez", a rappelé lundi l’agence dans un communiqué malicieux

Le secret n’a pas été gardé bien longtemps et le lieu est maintenant bien identifié sur Google EarthUn utilisateur de Reddit explique comment il a trouvé l’endroit après quelques essais et erreurs. "Ça a été installé après août 2015, écrit-il ajoutant qu’il est "bon pour trouver des trucs". Cet internaute raconte qu’il a observé le type de pierres, la couleur et la topographie du lieu. Il a ensuite croisé ces informations avec le parcours de l’hélicoptère à l’origine de la découverte.

"Ça m’a pris environ 30 minutes en cherchant au hasard un terrain similaire situé à la confluence de la Green River et de Colorado River. A partir de là, j’ai mis 15 minutes pour déterminer le canyon exact. Je sais, je suis bizarre", ironise-t-il. Il n’en fallait pas plus pour que s’organisent les premières expéditions sur place, comme on peut le voir sur Instagram.

Selon les images de l’Instagrammeur heavydsparks, le monolithe est bien ancré dans le sol, avec un joint de silicone. Le tout déposé sur un sol soigneusement découpé à la scie circulaire.

(L'article continue sous le post Instagram)

La date approximative de l’apparition de l’objet peut être déterminée en comparant des images satellites. Un outil comme Google Earth stocke ce genre d’images sur plusieurs années. Nous avons fait le test pour l'endroit en question. Le 18 août 2015, il n’y a rien. Le 21 octobre 2016, le monolithe et son ombre sont clairement visibles. Entre ces deux dates, le terrain semble avoir été nettoyé de sa végétation.

Il est possible d'aller plus loin avec un autre outil. C'est ce qu'a fait la journaliste néerlandaise, spécialisée dans l'Open Source Intelligence (OSINT), une méthode d'enquête qui exploite les sources disponibles en ligne bien utiles notamment dans le cadre d'enquêtes journalistiques. En fouillant dans les collections de Maxar, une société qui commercialise des images satellite, elle a pu déterminer que le monolithe était apparu entre juillet et octobre 2016.

John McCracken ? Richard Serra ? 

Mais qui a bien pu placer là cet étrange objet ? Sans fermer la porte aux hypothèses surnaturelles, ce type d'oeuvre a un nom : le "land art" (ou "earth art", ou encore "environmental art" ou "earthowrk"), un mouvement artistique apparu dans les années 60 et 70 qui se sert d'éléments naturels ou de certains lieux emblématiques dans le cadre d'expériences artistiques.

"J'imagine que les gens qui ont installé le monolithe ont posté quelque chose sur Twitter, Instagram ou YouTube à propos de leur travail [en 2016]. Mais je n'ai encore rien trouvé à ce sujet", complète Nouska du Saar sur Twitter.

Dans une dépêche du 25 novembre, l'Agence France-Presse évoque une piste, celle de John McCracken, sculpteur américain ayant résidé dans l'Etat voisin du Nouveau-Mexique et décédé en 2011. L'objet qui nous intéresse présente des similitudes avec certaines de ses oeuvres.

"Bien qu'il ne s'agisse pas d'une oeuvre de l'artiste américain décédé John McCracken, nous y voyons l'hommage d'un confrère artiste", a réagi auprès de l'AFP un porte-parole du représentant légal de l'artiste, David Zwirner. 

Ce dernier est revenu sur sa déclaration, suggérant qu'il était possible que le mystérieux monolithe soit l'oeuvre de John McCracken. "La galerie est divisée sur le sujet", a-t-il affirmé, se disant lui-même finalement "persuadé" que le monolithe était bien de la main de l'artiste décédé en 2011 et qu'il n'aurait pas été découvert pendant près de dix ans. 

Sauf que cette hypothèse est mise à mal par les images satellites... A moins qu'un tiers se soit chargé de placer là l'oeuvre de John McCracken après son décès.

Un autre artiste, vivant celui-là, s'est lui aussi fait remarquer ces dernières années dans ce domaine, c'est Richard Serra. En 2014, il place dans le désert du Qatar des plaques d'acier hautes d'une quinzaine de mètres et épaisses de 10 cm. Cette oeuvre, intitulée "East-West/West-East", a été pensée pour rouiller avec le temps.

Richard Serra's East-West/West-East

Autre piste, celle de Petecia Le Fawnhawk, basée au Nouveau-Mexique. En février 2016, elle poste sur Instagram une photo accompagnée de ce commentaire : "Quelque part, quelque chose d'incroyable attend d'être révélé."

Contactée par le site spécialisé Artnet News, elle répond cependant qu'elle "a eu l'idée de mettre un monument secret dans le désert", mais qu'elle ne "peut pas revendiquer celui-là".

Artnet News cite aussi le nom de Max Siedentopf, célèbre pour avoir placé un lecteur mp3 dans le désert en Namibie. L'appareil jouait en boucle "Africa", le tube du groupe de rock californien Toto sorti en 1981. L'intéressé n'avais pas encore réagi à ces suppositions ce mercredi 25 novembre.

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