Qu'est devenue la baleine boréale aperçue début avril en mer du Nord?

Dans la séquence "les curieux du matin" sur Matin Première ce vendredi, Sophie Brems répondait à cette question "Quelles nouvelles de la baleine boréale aperçue récemment en mer du Nord?"

"On ne l’a plus observée depuis. Selon les spécialistes, elle aurait vraisemblablement réussi à quitter les fameux bancs de sable qui se trouvent le long de nos côtes et serait repartie en haute mer.

C’est ce qui se produit parfois, des cachalots, des baleines à bosse viennent traîner un peu devant les plages et puis repartent.

Ces grands cétacés peuvent être repérés depuis la plage (c’est ce qu’il s’est passé pour la baleine boréale), depuis les bateaux qui sillonnent la mer du Nord, mais aussi depuis les airs puisque la Belgique dispose d’un avion spécifique, un avion de surveillance de la pollution et des mammifères marins. Mais donc plus de traces, à l’heure actuelle, de la baleine boréale."

Entre 5000 et 10000 marsouins dans nos eaux

Par contre, on y observe de plus en plus... de marsouins: "il y a 25 ans, quand on observait un marsouin, c’était l’effervescence dans la communauté scientifique, mais aujourd’hui, entre 5000 et 10 000 individus circulent de façon permanente dans nos eaux territoriales".

Thierry Jauniaux, vétérinaire à l’ULG, spécialiste des cétacés, explique pourquoi ils sont venus s’installer jusqu’en mer du Nord, dans la Manche, eux qui avaient l’habitude de vivre en Norvège ou au Danemark: "Ce qui s’est passé, c’est que les proies favorites des marsouins se sont déplacées de l’Écosse, ou ont même disparu de l’Écosse, et donc le marsouin a dû suivre ses proies ou se rabattre sur d’autres proies qui n’étaient pas présentes en Écosse. Et pour ce faire, il est descendu vers la partie la plus au sud de la mer du Nord".

Or, pour le marsouin, c’est une activité primordiale, manger: "Le marsouin, c’est le plus petit cétacé de la mer du Nord et en raison de sa taille, il doit manger en permanence. S’il ne mange pas, il va véritablement mourir d’inanition et de froid. Donc il doit manger tout le temps. Sa principale activité quotidienne, c’est la recherche de nourriture. S’il n’a pas de nourriture, il va aller voir ailleurs parce que comme il est de petite taille et qu’il vit dans un milieu relativement froid, il va perdre énormément d’énergie et qu’est-ce qui se passe ? Il va commencer à chasser pour compenser cette déperdition, s’il ne trouve pas de proie, il va commencer à maigrir et donc la déperdition d’énergie va encore être plus importante, donc on rentre vite dans un cercle vicieux. On dit que si un marsouin ne mange pas pendant 3 jours, il meurt de faim."

"Moins de nourriture disponible a donc poussé le marsouin à venir plutôt circuler dans nos eaux territoriales, explique Sophie Brems. Moins de nourriture disponible, c’est dû à la surpêche, à la plus grande variété de poissons que l’on pêche et que l’on mange, aux phénomènes globaux, comme le réchauffement de l’eau, puisque des proies se sont aussi déplacées, elles ne trouvaient plus les organismes pour se nourrir. C’est finalement toute la chaîne qui était touchée".

140 marsouins échoués par an, plus ceux pris par les filets de pêche

La mer du Nord n'est par contre pas l'endroit idéal pour eux "parce que c’est un endroit où il y a beaucoup d’activité et donc le nombre d’échouages est important. En 1990, on en comptait 1 ou 2 par an, d’échouages de marsouins. Maintenant, on atteint facilement les 140 individus. En cause, la prédation, les nouvelles maladies...et  les filets de pêche, qui capturent 40% d'entre eux". La baleine boréale avait d'ailleurs été gênée par un filet. 

Et puis il y a les "courants de surface dans le sud de la mer du Nord qui font qu’un animal qui meurt en mer ne va pas directement s’échouer, mais va dériver, poussé par ces courants et ces courants vont converger véritablement sur la côte belge et le nord de la France, explique Thierry Jauniaux. C’est pour ça que c’est un véritable hot spot. Donc on a, pour résumer, des modifications des causes de mortalité et aussi des phénomènes de courantologie qui vont véritablement pousser les marsouins sur nos côtes. Et donc les marsouins qui s’échouent chez nous ne sont pas d’office des marsouins qui sont morts en face de notre côte. Parfois, ils vont faire 50, 60, voire 100 kilomètres".

Si vous apercevez un marsouin ou un cétacé sur la plage, à la côte, il faut immédiatement prévenir eles autorités, surtout ne pas le toucher en pensant pouvoir sauver Willy

"La côte belge recueille en quelque sorte les marsouins qui sont décédés un petit peu partout, conclut Sophie Brems. Alors de nombreux échouages, d’autant qu’ils se produisent souvent maintenant, au mois d’avril. Et donc, si vous apercevez un marsouin ou un cétacé sur la plage, à la côte, il faut immédiatement prévenir les autorités, surtout ne pas le toucher ou caresser l’animal en pensant pouvoir sauver Willy. Cela reste quand même un animal sauvage et surtout il peut être porteur de bactéries qui peuvent être transmissibles à l’homme".

De superbes images de la baleine boréale en mer du Nord

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