Piratages, lynchages, élections, rumeurs: WhatsApp en cinq polémiques majeures

Dans certains pays, comme l'Inde, WhatsApp a eu une responsabilité indirecte sur des événements dramatiques.
Dans certains pays, comme l'Inde, WhatsApp a eu une responsabilité indirecte sur des événements dramatiques. - © INDRANIL MUKHERJEE - AFP

WhatsApp fait marche arrière. Ce vendredi, la société a indiqué repousser de trois mois le changement de ses conditions d’utilisation. En cause, la polémique après l’annonce du changement de ces conditions à partir du 8 février. Pour de nombreux utilisateurs dans le monde, c’est la crainte de voir le service de messagerie mobile partager des données confidentielles avec sa maison mère, Facebook.

WhatsApp, ce sont une application née en 2009 et qui compte aujourd’hui deux milliards d’utilisateurs dans le monde. C’est aussi un rachat par la société de Mark Zuckerberg en 2014 à hauteur de 16 milliards de dollars. Mais c’est avant tout une messagerie instantanée chiffrée qui permet de passer outre le SMS traditionnel. Ce sont aussi des polémiques, parfois gérées par les autorités publiques. Retour en arrière sur les plus parlantes.

  • Janvier 2017 : les messages chiffrés peuvent être déchiffrés

C’est Le Guardian qui l’affirme le 13 janvier 2017 : "Les messages cryptés peuvent être lus par une tierce partie". Selon le quotidien britannique, "WhatsApp, propriété de Facebook, […] n’a pas fait connaître largement qu’il existe un aspect de WhatsApp qui entraîne le rechiffrement et le renvoi automatique de certains messages, sans donner au préalable à l’expéditeur la possibilité de vérifier le destinataire."

En clair, un message qui n’a pu être réceptionné par un destinataire et qui sera rechiffré lors du renvoi, peut être intercepté par la société. Intercepté voire transmis à une autorité en cas de demande. Voire, aussi, susceptible d’être piraté. Ce sont les hypothèses du Guardian et d’un expert Tobias Boelter, un chercheur en cryptographie et sécurité de l’université de Californie à Berkley.

Cette "faille technique" est assumée. Mais WhatsApp s’est défendue de vouloir l’exploiter. Si des centaines de millions de personnes utilisent WhatsApp chaque jour, c’est parce que WhatsApp est "aujourd’hui parce qu’il est simple, rapide, fiable et sécurisé. Chez WhatsApp, nous avons toujours pensé que les conversations des gens devaient être sécurisées et privées." Et d’ajouter : "WhatsApp ne donne pas aux gouvernements une "porte dérobée" dans ses systèmes et lutterait contre toute demande gouvernementale de créer une porte dérobée."

  • Décembre 2017 : la France met WhatsApp en demeure

En décembre 2017, en France, la Cnil, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, décide de mettre en demeure la messagerie électronique WhatsApp de se conformer à la loi sur la transmission des données de ses utilisateurs à sa maison-mère Facebook. Ce que reproche la Commission à la société, c’est d’avoir modifié ses conditions générales d’utilisation, reprenant la possibilité de transférer les données auprès de ses utilisateurs (numéros de téléphone, habitudes d’utilisation…) à Facebook, cela sans leur consentement.

La Cnil a donné un délai d’un mois à WhatsApp pour se conformer à la loi dite Informatique et Libertés. En d’autres termes, il faut demander l’accord de l’utilisateur et lui permettre de continuer à bénéficier du service, même s’il s’oppose à la transmission de ses données.

  • Juillet 2018 : rumeurs et lynchages en Inde

Jusqu’à quel point WhatsApp est responsable du lynchage à mort de trois hommes en Inde ? Les faits se déroulent en juillet 2018, dans l’état de Tripura. De fausses informations sont partagées via la messagerie. Elles font état d'enlèvements et violences sur des enfants. La rumeur va cibler plusieurs personnes et conduire des foules en colère à les lyncher et les tuer. Les autorités indiennes doivent réagir immédiatement : elles coupent l’accès à Internet pendant 48 heures au grand dam des 200 millions d’utilisateurs indiens.

Une enquête révélera qu’une vingtaine de lynchages publics ont été orchestrés dans ce pays sur base des légendes urbaines, relayées via Whatsapp de manière exponentielle, sans recoupement.

La société s’est déclarée "horrifiée" après ces événements et a évoqué un "défi qui oblige le gouvernement, la société civile et les entreprises technologiques à travailler ensemble". Rapidement, et sous la pression des autorités indiennes qui ont qualifié Whatsapp de "spectateur muet", l’entreprise a mis en place une limitation du nombre de partages et de participants à un groupe. Elle publiera également des pleines pages dans les journaux invitant la population à combattre avec elle les rumeurs.

  • Octobre 2018 : la victoire de Bolsonaro à la présidentielle brésilienne

Le populiste Jair Bolsonaro doit-il sa victoire à la présidentielle au Brésil à ses discours simplistes, à l’attaque au couteau qu’il a subi en campagne ou à la messagerie WhatsApp ? Le documentaire "La fabrique du mensonge" l’explique très bien : le candidat, aidé de ses fils, a utilisé massivement la messagerie WhatsApp pour répandre de fausses informations notamment pour discréditer ses adversaires. L’une de ces informations porte sur un présumé programme de promotion de l’homosexualité dans les écoles, au travers du personnage de bande dessinée Titeuf.

Selon Ana Cristina Suzina, docteure en sciences politiques et sociales de l’UCLouvain, la particularité brésilienne réside dans l’utilisation de WhatsApp, canal de transmission d’information le plus largement plébiscité dans ce pays d’Amérique latine. Hors de contrôle, ce réseau social a rendu les choses plus complexes.

"On a pu constater", dit la chercheuse, "qu’une grande quantité de mauvaises informations ont circulé par ces réseaux. On peut vraiment voir qu’il y a la question des inégalités socio-économiques qui joue aussi un rôle très important, parce qu’on doit savoir qu’au Brésil il y a la possibilité d’avoir accès à WhatsApp par différents types de paquets offerts par les entreprises de télécommunication même sans avoir accès à Internet. On a donc vu des chiffres de personnes qui se sont informées sur les questions politiques par le réseau WhatsApp, mais qui n’ont pas l’habitude de chercher des informations dans la presse ou dans d’autres sources d’informations qui pourraient donner plus d’informations."

WhatsApp qui participe à la diffusion de fake news et influence les campagnes électorales : ce n’est pas la première fois que cette accusation est portée à l’encontre de la société. Celle-ci a annoncé l’an dernier la mise en place de nouvelles fonctionnalités permettant de mieux lutter, selon elle, contre les rumeurs et fausses nouvelles.

  • Mai 2019 : le logiciel espion Pegasus

En mai 2019, WhatsApp reconnaît avoir été infecté par un logiciel espion donnant accès au contenu des smartphones. Cette faille de sécurité aurait permis à des pirates d’insérer un logiciel malveillant sur des téléphones, simplement en appelant les usagers de l’application. La faille est découverte début mai mais ce n’est que le 15 que la société invite ses utilisateurs à télécharger la dernière version de l’application et les dernières mises à jour.

Entretemps, il semble que les pirates auraient eu accès à des messages, photos et contacts mais aussi activé le micro et la caméra pour écouter ou visualiser l’environnement des propriétaires des appareils Apple ou Android (Google) ciblés, sans qu’ils s’en rendent compte. Cet acte de piratage aurait principalement visé des militants des droits de l’homme.

Le logiciel espion se nomme Pegasus, mis au point par une société israélienne bien connue des services de renseignement de différents pays, NSO Group. NSO Group technologies a toujours démenti toute relation avec les pirates.

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