La plongée sous-marine pour PMR: une expérience de liberté

Chaque mois des plongeurs PMR s'entraînent en piscine ou en carrière.
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Chaque mois des plongeurs PMR s'entraînent en piscine ou en carrière. - © Plongée Adaptée Namur

Ce dimanche, des plongeurs se relaient à Floreffe pour assurer 12 heures de présence subaquatique au profit de Cap 48. Parmi eux, des personnes à mobilité réduite (PMR). En effet, même s'il a fallu plus de 20 ans pour y parvenir, aujourd’hui des plongeurs PMR effectuent chaque mois des sorties en eaux libres et des entraînements en piscine. Et cela avec la reconnaissance des autorités nationales et internationales de la plongée et le soutien du corps médical.

Tout est parti de Namur dans les années 80 avec la volonté d’un jeune professeur d’éducation physique sensibilisé au handicap, rejoint par un groupe de passionnés de plongée issus de l’École de Plongée de Namur. L’idée a essaimé : aujourd’hui plusieurs clubs de plongée adaptée sont actifs sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Pour comprendre l’exploit qu’ont réalisé Jean-Luc Pierrard (le fondateur de ce mouvement dans la partie francophone du pays) et les clubs de plongée adaptée dans leur ensemble, il faut savoir que le milieu de la plongée sous-marine est un univers très réglementé. La raison en est la dangerosité potentielle de cette activité. Pour limiter les risques et réprimer les comportements de casse-cou, les fédérations belges et internationales soumettent les pratiquants à des règlementations, à des conditions médicales, à des cursus d’apprentissage stricts, à une hiérarchie de brevets, etc. Avec pour avantage qu’un brevet LIFRAS (la Ligue Francophone de Recherches et d’Activités Subaquatiques, affiliée à la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques – CMAS) est reconnu "sur les sept mers" et est le sésame pour accéder à tous les sites de plongée du monde. Mais avec l’inconvénient que si l’on décide un jour de plonger avec une personne déficiente mentalement, dépourvue de bras ou tétraplégique, on enfreint d’un coup plusieurs dizaines de points du pointilleux règlement de la LIFRAS… Du moins autrefois, car les choses ont évolué.

Une lente mise en place

Tout commence en 1981. À la fin de ses études de professeur d’éducation physique, Jean-Luc Pierrard est sensibilisé aux problématiques du handicap à l’occasion d’un stage : "Peu après, avec mon épouse Martine, nous nous sommes investis dans un club de natation pour PMR situé à Namur. Une dizaine d’années plus tard, j’ai eu l’idée d’apporter dans ce club un matériel de base d’initiation à la plongée sous-marine que j’utilisais dans mon école avec mes élèves de l’enseignement secondaire. Parallèlement, je me suis formé comme plongeur selon le cursus classique jusqu’au niveau 4 étoiles CMAS. Plus tard encore, vers 2001, j’ai suivi une formation de moniteur de plongée adaptée à la Fédération Française Handisport, car il n’existait encore rien en Belgique. À la même époque, nous avons fondé le club 'Plongée adaptée Namur', relevant de la FEMA (Fédération Multisports Adaptés). Nous étions considérés avec beaucoup de scepticisme par la LIFRAS. Mais elle a évolué peu à peu, jusqu’à créer en 2010 une commission plongée adaptée en son sein. La Fédération a mis au point un système de brevets adaptés pour les plongeurs PMR, basés sur d’autres critères (par exemple il n’y a pas de limitation médicale a priori). Ces brevets leur ont permis de s’affilier à la LIFRAS – ce qui leur donne accès aussi aux brevets internationaux CMAS. Aujourd’hui nos plongeurs ont la double affiliation FEMA/LIFRAS."

Une décision médicale partagée

Jean-Luc Pierrard explique que le certificat médical d’accès à la plongée adaptée n’exclut aucune pathologie d’office : "Nous avons plongé avec des personnes aveugles ou tétraplégiques. Autoriser la plongée est une décision prise par le médecin traitant de la personne, éventuellement conseillé par un médecin hyperbare (spécialiste qui aborde les problématiques des patients mis sous une pression supérieure à la pression atmosphérique) de la LIFRAS, et le moniteur de plongée adaptée du club. Depuis 1990, nous n’avons eu aucun autre problème de plongée que des incidents classiques d’essoufflement, de 'tasse avalée', ou de diabète un peu compliqué à équilibrer. Rien de grave. Quand nous plongeons en eau libre, un médecin-plongeur est toujours présent, même si ce n’est pas obligatoire. Au début, les moniteurs des autres clubs nous prenaient pour de dangereux irresponsables… La seule difficulté réelle pour les PMR est de pouvoir faire confiance totalement à une personne qu’elles ne connaissent pas toujours, car on n’a pas forcément chaque fois le même accompagnant. Ce dernier doit savoir déceler un signe de détresse ou d’inconfort, or communiquer sous l’eau n’est pas facile. Mais plonger apporte de formidables sensations de légèreté et de liberté, ainsi que d’aisance respiratoire car l’air arrive en légère surpression dans les poumons. Tous expriment la même sensation agréable. Venir au club a rendu à certaines PMR une vie sociale, voire amoureuse ! ", ajoute Jean-Luc Pierrard. "C’est aussi une des rares activités sportives que l’on peut pratiquer sans séparer les générations, que l’on soit porteur d’un handicap ou non. Et d’un point de vue social, une fois sous l’eau, nous sommes aussi beaucoup plus égaux."

Attiré par la plongée adaptée ? Par quoi commencer ?

Visitez la page de la Commission "Plongée adaptée" de la Lifras.

Sarah, paraplégique : sa première plongée

"Le moniteur m'a expliqué le fonctionnement du matériel et le déroulement de la séance, s’est informé de mes contraintes particulières et de mes questions. Ensuite, j’ai testé la respiration au détendeur hors de l’eau. Puis, rapidement, j’ai enfilé un masque et me suis mise à l’eau avec la bouteille suspendue dans mon dos. Malgré son poids, une fois dans l’eau, la poussée d’Archimède fait en sorte qu’on ne la sent plus du tout. C’est à ce moment que j’ai pris mes premières bouffées d’air sous l’eau. Et même si j’étais déjà très calme, la relaxation totale fut quasi instantanée et j’ai eu un sentiment de bien-être intense. Ici, nul besoin de matériel lourd et encombrant pour se déplacer puisque l’eau est là pour vous porter."

Le "monde du silence", le bien nommé

Dans l’eau, même si l’on entend bien, il est impossible de parler. "Nous sommes donc tous logés à la même enseigne en matière de communication verbale, c’est pour cela qu’il existe un code de communication par signes. Pour certains autres handicaps, tout est une question d’adaptation : un code tactile a été élaboré pour les personnes déficientes visuelles. Il est à présent standardisé au niveau du pays. Pour la plongeuse du club de Namur qui est dépourvue de bras, tout passe par des signes de tête convenus avec les accompagnants pour attirer leur attention, puis par le regard. Cela demande une grande confiance et connivence entre plongeurs."

Une sensation de liberté

"Se mouvoir en toute liberté avec une sensation d’être à l’abri des agressions extérieures", voilà l’impression que retient Sarah de sa première incursion dans ce milieu pourtant vécu comme angoissant par les personnes craignant l’eau.
Son conseil pour conclure : "Les difficultés – ainsi que le plaisir – à évoluer sous l’eau sont fort semblables pour tous. Que l’on soit porteur ou non d’une déficience, âgé ou non, nous sommes tous dépendants d’un même équipement et soumis aux même contraintes d’un milieu étranger. De nombreuses différences sont donc estompées en plongée, d’autant plus que l’on évolue dans un environnement quasiment sans gravité, ce qui réduit certains handicaps."

Les adaptations sont finalement d’abord comportementales (oser plonger, oser accueillir une PMR, oser braver les tabous réglementaires), procédurales (veiller à adapter les règles de sécurité, de communication…) et quelquefois techniques. "Ces obstacles franchis, la plongée est une activité accessible que je recommanderais pour trois raisons : le bien-être physique, l’estime de soi et la socialisation qu’elle apporte."

Patrick Bartholomé

 

Un baptême de plongée adaptée en France

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