La mouche des urinoirs, source d'économies en frais d'entretien

La présence de l'insecte en trompe-l'oeil réduit les frais d'entretien des urinoirs publics.
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La présence de l'insecte en trompe-l'oeil réduit les frais d'entretien des urinoirs publics. - © FL'r/Sustainable sanitation

Il s'agit d'une fausse mouche, peinte à même la porcelaine de certains urinoirs installés dans les lieux publics. Sa présence n'est ni décorative ni humoristique, mais découle d'une découverte récente dans le domaine des sciences du comportement : le phénomène de nudging.

"To nudge" peut se traduire par "pousser du coude". C'est le terme imagé choisi par des chercheurs pour désigner un ensemble de pratiques destinées à modifier notre environnement pour influencer notre comportement en se basant sur des phénomènes de prise de décision présents chez tous les humains. Et le plus étonnant c'est que nous croyons tous que nos décisions sont rationnelles alors qu'elles sont largement influencées par ce qu'on appelle des "biais cognitifs". Exemples :

- le déplaisir ressenti à la perte de quelque chose est plus puissant que le plaisir ressenti lors du gain de la même chose.

Il est plus efficace en termes de changement de comportement, de dire aux consommateurs : "Si vous ne diminuez pas votre thermostat de 1°C, vous allez perdre 300 € par an" que de leur dire "Si vous diminuez votre thermostat de 1°C, vous allez gagner 300 € par an".

- Les individus sont plus enclins à développer un comportement déjà adopté par l'ensemble de la communauté à laquelle ils appartiennent.

Exemple : si un hôtelier indique, dans la salle de bain des chambres, que 75% des personnes ayant occupé cette chambre (une valeur fausse, délibérément exagérée) ont réutilisé leur serviette au lieu de la changer tous les jours, 44% des clients conservent effectivement leurs serviettes, contre 35% si la statistique n’était pas mentionnée.
Au Royaume-Uni, un organisme de dons d'organes a ajouté sur son site "Chaque jour, des milliers de gens qui voient cette page décident de s’enregistrer"... et a récolté 96 000 enregistrements supplémentaires en un an.

- Nous sommes rétifs à réviser nos choix - d'où la fréquence des abonnements par reconduction tacite (depuis quand reportez-vous le moment de vous rendre sur le comparateur pour changer de fournisseur d'énergie ?...)

- L'effet ludique : les escaliers musicaux entraînent une majorité de passants à les choisir au lieu de l'escalator ; la "plus profonde poubelle du monde" récolte des quantités astronomiques de déchets à cause du bruit qu'ils y font en tombant.

- Nous sommes excessivement optimistes ce qui nous entraîne à prendre trop de risques, notamment au volant, mais aussi avec la cigarette et toutes les autres nuisances pour la santé.

Ces biais cognitifs sont utilisés pour la bonne cause afin de nous inciter à des comportements plus civiques, plus économes en énergie ou bénéfiques pour la santé, ou pour tout autre motif, par exemple constituer une épargne-pension : la mouche peinte des urinoirs incite les utilisateurs à la viser pendant qu'ils...officient, ce qui réduit de 80% les éclaboussures et débordements volontaires ou non ; de même que la bulle à verre-jeu d'arcade ou encore, dans les restaurants d'entreprises, les fruits frais à portée de main seront préférés aux desserts sucrés placés plus loin, selon la loi du moindre effort. Les exemples sont innombrables.

Les gouvernements s'y intéressent également

La théorie du nudging est décrite dans le livre "Nudge - La méthode douce pour inspirer la bonne décision" de Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein. L'idée est de défendre un "paternalisme libertaire" qui influence les décisions des gens dans la bonne direction mais laisse le choix final aux personnes. L'administration Obama s'est entourée d'une équipe spécialisée en nudging afin de faire adhérer les citoyens plus efficacement à ses décisions. Récemment à Liège un séminaire organisé par la faculté de droit de l'ULg étudiait la question de savoir comment mieux concevoir les lois européennes grâce au nudging.

Reste à savoir si c'est toujours pour la bonne cause qu'on nous "pousse du coude"...

Patrick Bartholomé

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