La Belgique perd un bout de territoire au profit des Pays-Bas

C'est la réserve naturelle de Eijsder Beemden qui sera cédée aux Pays-Bas, en échange d'un petit bout de terre néerlanadais, afin de faire correspondre la frontière aux cours de La Meuse
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C'est la réserve naturelle de Eijsder Beemden qui sera cédée aux Pays-Bas, en échange d'un petit bout de terre néerlanadais, afin de faire correspondre la frontière aux cours de La Meuse - © Flickr - Patrick Ahles

La frontière entre les Pays-Bas et la Belgique va bouger. Deux territoires situés en bordure de La Meuse, près de Visé, vont être échangés. Les quatorze hectares de la presqu'île belge d'Eijsder Beemden seront cédés à nos voisins hollandais, qui en contrepartie nous donnent quatre hectares. La Belgique perdra donc un petit bout de pays de dix hectares.

A l'origine de cet échange de territoires, un aspect purement pratique. Sans aucune habitation, Eijsder Beemden est devenu un point de ralliement des fumeurs de joints et autre dealers de drogue, profitant du statut de "no man's land" de la presqu'île pour agir en toute impunité. En effet, cette réserve naturelle n'est accessible par voie terrestre qu'en passant par les Pays-Bas, ou par voie aquatique, en traversant la Meuse en bateau. Dans le cas d'une intervention policière, il faut donc soit demander l'autorisation aux Pays-Bas de passer par leur territoire, soit intervenir en bateau, ce qui est assez difficile.

Si la frontière belgo-hollandaise est si sinueuse à cet endroit, c'est parce que le cours de la Meuse a été modifié depuis 1843, année de délimitation des frontières belges, afin de rendre le fleuve plus rectiligne. Ces donations de parcelles de terres permettent donc à la frontière de coller à nouveau au plus près au cours de la Meuse. Les parlements des deux pays doivent encore approuver le texte courant de cette année, afin de rendre officiel de changement de frontière.

Les frontières belges ont déjà bougé par le passé

Depuis l'indépendance de la Belgique en 1831, les frontières se sont plusieurs fois déplacées. Entre 1831 et 1839, le Luxembourg oriental (futur Grand Duché) et le Limbourg néerlandais étaient belges. Ces frontières étaient définies dans le Traité des XVIII articles, signées par la Belgique et les "grandes puissances" de l'époque (France, Royaume-Uni, Prusse, Russie).

Mais les Pays-Bas de Guillaume Ier d'Orange ne ratifieront jamais le texte, et le transformeront en Traité des XXIV articles en 1839, où la Belgique perdra ces deux provinces. Le Luxembourg devient indépendant, le Limbourg perd une partie de son territoire au profit des Pays-Bas.

En 1920, la région que l'on nomme actuellement les Cantons de l'Est sont annexés à la Belgique, suite au Traité de Versailles de l'après Première Guerre mondiale. Les Cantons furent temporairement récupérés par l'Allemagne d'Hitler, lors du IIIème Reich, puis redevinrent belges en 1945.

Petites absurdités frontalières

La Belgique a son lot de petites anecdotes frontalières, avec ses petits bouts de territoires éparpillés qui créent parfois de vives tensions politico-communautaires. Bruxelles est l'enclave belge par excellence, mais la Flandre a son "exclave" (territoire non connecté à la partie principale) à la frontière franco-wallonne (les Fourons) et inversement à la frontière hollando-flamande (Comines-Warneton).

Ces absurdités frontalières frisent parfois le ridicule avec par exemple, la commune de Baerle-Duc (Baarle-Hertog en néerlandais). Située en grande partie à l'intérieur des terres néerlandaises, ce village est géographiquement (très) fragmenté. Résultat, il est constitué de multiples exclaves.

La commune de Baerle-Duc

En 2008, une affaire de meurtre dans une maison à cheval sur la frontière belgo-néerlandaise avait posé de nombreux casse-têtes à la police et aux services judiciaires des deux pays. Le parquet de Turnhout, en Belgique, s'était d'abord chargé de l'affaire, avant de la laisser aux Pays-Bas, le cadavre ayant été retrouvé sur le territoire néerlandais.

La fouille de la maison a été fastidieuse, la police néerlandaise devant systématiquement demander l'autorisation d'enquêter sur le territoire belge à leurs confrères, afin de ne commettre aucun vice de procédure. Il est d'ailleurs apparu que le meurtre avait été commis en territoire belge, et le cadavre déplacé aux Pays-Bas. Un vrai casse-tête judiciaire donc.

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